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Yahoo ! Que ton nom soit sculpté

Yahoo ! Que ton nom soit sculpté
Créateur du mouvement cybertrash, Rémy Tassou conçoit toutes ses sculptures à partir de D3E. Une manière de réhabiliter les anciennes technologies et un joli geste pour l'environnement

Il a des airs de Michel Foucault mais c’est sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) qu’il a choisi de philosopher. Invité par la direction d’Ecologic lors de la présentation officielle de la « déchetterie virtuelle » de l’éco-organisme la semaine dernière à Paris, Rémy Tassou n’est pas un sculpteur comme les autres. C’est même un cas exceptionnel, une trajectoire tout sauf tracée qui échappe aux lois de la rationalité professionnelle.

Conciliant la froideur de l’électronique, le charme du vintage et la noblesse du développement durable, ses oeuvres uniques sont autant d’hommages à des appareils promis dès leur naissance à la désuétude, broyés qu’ils sont par la société de consommation et le progrès. À ces jadis bijoux de technologie devenus has been et finalement rebuts quand leurs ex-détenteurs ont investi pour plus rapide, plus efficace, plus petit, bref mieux. Des sculptures qui respirent le travail méthodique et l’inventivité, « faites à base de composants récupérés sur des machines hors service, irréparables, dépassées ou simplement démodées », résume l’artiste, initiateur du mouvement cybertrash.

Un vrai personnage de cinquante-cinq ans que, dès le premier abord, on préjuge haut en couleur, loin des clichés habituels de l’artiste un brin perché et qui à peine la discussion entamée va vous faire perdre le fil. Rémy Tassou est diplômé de l’ESC d’Angers (Maine-et-Loire). Cadre ? Consultant ? Il devient inclassable quand il décide de monter un magasin de meubles… aux Émirats Arabes Unis. Forcément enrichissante, l’expérience n’obéit cependant pas à un grand dessein.

Parce qu’il faut bien nourrir la petite famille, le futur cybertrasher s’installe ensuite à Paris, où il devient commercial pour le groupe Reuters. Dès lors, à trente ans et alors que le Minitel devient la panacée dans l’Hexagone, il « découvre » l’électronique et s’éprend de ces composants qu’il commence à collectionner tandis que le grand public ne mesure pas leur utilité. « À cette époque, je pratique la sculpture le soir et le week-end. Je mets les composants dans des bouteilles sur des étagères. Lorsque je suis invité à un dîner, j’apporte à mes amis une bouteille de micro-processeurs en signalant qu’elle a probablement une puissance de calcul supérieure à n’importe quel ordinateur », éclaire Rémy Tassou. L’histoire ne dit pas comment la démarche a été accueillie mais lui l’insaisissable commence à saisir dans quel univers il va basculer.

En 1996, il devient sculpteur professionnel et choisit ainsi de vivre d’une passion fort peu commune mais qui, à son contact ou en regardant l’une de ses sept cents pièces, éveille naturellement l’intérêt. Rémy Tassou veut faire de l’électronique un art, immortaliser les objets les plus mortels, livrer sa perception d’un monde « supposé immatériel et qui ne cesse de multiplier des matériaux dont l’emploi est rendu éphémère par le rapide renouvellement des techniques ». Avec lui, le temps s’arrête. Avec lui on se souvient de son premier ordinateur, de ce téléphone portable d’un autre âge du point de vue technologique. La nostalgie rôde, le passé du futur revit, le rétro s’offre une bouffée d’oxygène, étouffé qu’il est par « l’arrivée en force des nanotechnologies, qui provoquent inexorablement l’invisibilité à moyen terme de l’électronique ».

« En revalorisant l’image du DEEE, je me pose en incitateur au tri sélectif »

Rémy Tassou n’est pas un ingrat et le devoir de mémoire technologique est devenu pour lui, bien plus qu’un vulgaire gagne-pain, une évidence. Pour honorer ces stars sans âme devenues parias, il prospecte dans les déchetteries et scrute attentivement les trottoirs.  Vieux téléviseurs, magnétoscopes, ordinateurs : tout est bon à prendre. Ses proches sont aussi « dans le coup », mettant pour lui de côté les appareillages dont ils aspirent à se débarrasser. De même, le sculpteur « (a) des liens avec des opérateurs industriels de traitement des D3E ».

Recycleur zélé et pro jusqu’au bout des ongles, il dit aussi « acheter sur les vide-greniers, en particulier pour les appareils photos ».Une fois la matière collectée, tout devient affaire de patience et de doigté. Il a fallu par exemples trois cents téléphones portables pour concevoir RUOK? mais, tel le luthier avec ses violons, et parce qu’il n’a rien d’un imposteur ou d’un fumiste, Rémy Tassou ne compte pas le temps passé sur chaque pièce. « Elles ont toutes un nom qui fait référence à l’univers de la cybernétique », rapporte-t-il. Yahoo !, sa célébration à lui du lancement en 2001 du portail Internet homonyme, n’échappe pas à cette règle intangible.

Azuréen jusqu’au début de l’année, il a installé il y a quelques mois son atelier – où « il y a en permanence plusieurs pièces en fabrication - dans l’ancienne imprimerie de son père, à Nantes (Loire-Atlantique). Tous les artistes ne peuvent pas en dire autant mais il écoule ses productions « sans trop de difficulté ». Quoique peu connu du grand public et peu présent dans les expositions, et même si la plupart ont été acquises par des collectionneurs français, allemands, belges et suisses, certaines ont trouvé preneur à Toronto (Canada), Los Angeles, New York (États-Unis), Moscou (Russie) et même Singapour.

Ces acheteurs ont-ils tous perçu la dimension verte de l’oeuvre au moment de sortir le carnet de chèques ? L’artiste, lui, n’ignore pas que les D3E, si difficiles à retraiter, posent un sérieux problème écologique. C’est pourquoi Rémy Tassou préfère « les rassembler plutôt que de s’en débarrasser négligemment, afin qu’ils ne se retrouvent pas dans les incinérateurs avec les conséquences environnementales que l’on connaît ». « En revalorisant l’image des DEEE, je me pose en incitateur du tri sélectif », estime-t-il lucidement. La démarche n’est en effet pas que singulière, elle enjolive et réhabilite ces vieux pots qui finissent par ne plus faire les meilleures soupes et polluent durablement.

On les oublie vite. Non sans brio, Rémy Tassou est là pour nous rappeler leur existence.

Crédits photos : Tassou
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  • lilou

    Interessant :)

  • visiteur

    Génial !