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À rebours des conclusions de l’Autorité australienne de gestion de la pêche (AFMA), pour qui les captures de ce bateau-usine de neuf mille cinq cents tonnes ont un impact écologique trop relatif pour qu’il soit interdit de pêche, le ministre de l’Environnement Tony Burke s’est prononcé pour un empêchement provisoire de l’Abel Tasman.
« Il y a des risques que je ne suis pas prêt à prendre », a-t-il commenté, cité par nos confrères de l’AFP. Une position saluée par l’association de protection de l’environnement Greenpeace, qui a ce navire dans le collimateur depuis de longues semaines. Des militants avaient notamment échoué à le prendre d’assaut fin août tandis qu’il naviguait vers Port Lincoln (Australie), où il a fait l’objet de travaux de maintenance. Deux mois plus tôt, une autre équipe de l’ONG était en revanche parvenue à stopper le FV Margiris – il vient tout juste de changer de nom et de passer sous pavillon australien – alors que l’équipage cherchait à quitter le port d’Ijmuiden (Pays-Bas).
Pourquoi un tel acharnement ? Selon Greenpeace, ce vaisseau est en partie responsable de la surpêche dans les eaux territoriales européennes, de l’Afrique de l’Ouest et du Pacifique Sud. Après avoir sollicité l’avis de spécialistes, M. Burke, lui, a donc estimé que toutes les conditions n’étaient pas réunies, loin de là , pour lui donner le feu vert.
Le temps de faire toute la lumière sur les dommages causés à la biodiversité
Réceptif aux allégations de l’association, il « a cherché les moyens d’empêcher (l’Abel Tasman) de lancer une campagne de pêche au large de la Tasmanie, mais en l’état la législation ne le lui permet pas », rapporte l’AFP. Le ministre a en conséquence présenté hier un projet de loi au Parlement, rappelant judicieusement qu’« on n’a jamais vu de bateau de pêche de cette capacité en Australie » et considérant que « la Loi sur la Protection de l’Environnement et la Conservation de la Biodiversité doit être révisée pour en tenir compte ».
Visant à tenir le bateau à distance respectable des eaux territoriales australiennes au moins le temps que les experts jaugent l’impact de ses activités sur l’écosystème marin, déjà très fragilisé dans cette partie du globe, il devrait être adopté sans difficultés. Il s’agira en particulier de corroborer ou d’infirmer la thèse de Greenpeace selon laquelle dauphins, phoques et autres lions de mer peuvent se retrouver pris accidentellement dans ses filets.
Quel que sera le verdict final, la décision de M. Burke a le double mérite du courage et du bon sens. Greenpeace ne s’y est pas trompée, voyant en elle un message fort aux « flottes de super chalutiers » qui « accentue la pression sur l’Union Européenne (UE) pour qu’elle (leur) retire ses subventions ».
Il n’est cependant pas du tout certain que Canberra et Bruxelles suivront bientôt la même ligne. Les vives oppositions que soulève la réforme de la Politique commune de la pêche (PCP) présagent en tout cas, au mieux, d’avancées à petits pas.

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