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Kiss landing pour les opposants à l’extension de l’aéroport d’Heathrow

Kiss landing pour les opposants à l'extension de l'aéroport d'Heathrow
Le nouveau gouvernement britannique n'a pas tardé à enterrer le projet du précédent de construire une troisième piste sur la plate-forme d'Heathrow. Si les associations et les riverains se frottent les mains, le problème de l'asphyxie du plus grand aéroport du pays, lui, reste entier

Les turbulences auront duré près de huit ans. Huit années d’une lutte finalement victorieuse des organisations de défense de l’environnement et des habitants pour que le projet de construction d’une troisième piste sur l’aéroport londonien d’Heathrow (NDLR : le premier d’Europe et le troisième mondial en terme de passagers) soit abandonné.

Le nouveau gouvernement britannique, qui décidément frappe très fort en matière de politique environnementale, ainsi qu’en avait déjà témoigné la semaine passée sa souscription immédiate à la campagne citoyenne 10 : 10, a tranché en leur faveur. « C’est fantastique. Cette décision montre [...] que la responsabilité de l’aviation dans les émissions de gaz à effet de serre (GES) commence à être sérieusement prise en compte », s’est félicitée Anna Jones, chargée de campagne pour Greenpeace.

Les riverains respirent

Le soulagement est également palpable du côté des résidents locaux, lesquels redoutaient de voir leur maison rasée pour désengorger la principale plate-forme aéroportuaire de  Grande-Bretagne. « Nos vies étaient en suspens. On ne rénovait plus nos maisons, d’autres ne pouvaient plus vendre parce qu’on ne savait pas ce qui se passerait. Aujourd’hui la vie peut reprendre », a témoigné Linda McCutcheon, domiciliée à Sipson, village qui aurait coulé des jours beaucoup moins paisibles si la construction de ce troisième axe polémique de deux mille deux cents mètres de long, laquelle était prévue pour 2020, avait été décidée par les autorités.

Ses partisans – qui ont longtemps tenu la corde, jusqu’à l’injonction au gouvernement de Robert Carnwath, juge à la Haute Cour de Londres, d’ « inclure l’impact en termes de réchauffement climatique » dans son projet » – avaient néanmoins des arguments séduisants à faire valoir. Tous étaient couchés sur papier dans le Livre blanc rédigé en 2003 par Alistair Darling, alors secrétaire d’État aux Transports. Heathrow est en effet au bord de la saturation et une nouvelle piste aurait sensiblement rempli le portefeuille étatique puisque, d’après les estimations gouvernementales, elle lui aurait permis de dégager un bénéfice net de cinq milliards cinq cents millions de livres (six milliards quatre cent millions d’euros) entre 2020 et 2080 (NDLR : En plus de générer la création de plusieurs milliers d’emplois).

Mobilisation payante

Tout en lui réitérant son soutien (après consultation publique et une suspension d’un mois en décembre 2008), les autorités ont cependant admis l’an passé que ce projet allait se traduire sur un surplus de trois millions cinq cent mille tonnes de CO2 dans l’atmosphère chaque année. Un authentique « crime contre l’environnement » aux yeux des associations, qui l’estimaient incompatible avec l’objectif britannique de réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2050 et qui ont poussé très fort pour tenter de faire triompher leurs vues.

En 2007, le Groupe d’action climatique britannique a par exemple planté un camp aux abords de l’aéroport. En janvier 2009, Greenpeace et des personnalités comme l’actrice Emma Thompson se sont quant à eux cotisés pour acheter un petit terrain aux abords de la future piste… avant de lancer un appel aux internautes du monde entier pour qu’ils deviennent gratuitement « propriétaires-bénéficiaires » dans le but de compliquer la procédure d’expropriation.

La solidarité citoyenne est certainement allée au-delà de leurs espérances dans la mesure où quelque quatre-vingt onze mille personnes surnommées les « airplotters » y ont répondu. L’ONG, qui prône une refonte complète de la politique aérienne britannique, en fonction des connaissances d’aujourd’hui sur le dérèglement climatique, était enfin prête à enfoncer le clou en procédant à la construction d’une « forteresse végétale » pour faire plier les promoteurs du projet.

Saturation ?

Si elle n’aura donc pas eu besoin de l’édifier, la question du désengorgement d’Heathrow n’est pas pour autant résolue. Dans la mesure où le trafic aérien ne cesse d’augmenter et où il n’est pas prévu de construire un cinquième aéroport dans la banlieue de la capitale britannique (NDLR : Outre Heathrow, la desserte aérienne est aussi assurée par les aéroports de Gatwick, de Stansted et de la City, ce dernier non loin du nouveau quartier d’affaires de Canary Wharf) il faudra bien, à terme, trouver une solution pour soulager la plate-forme londonienne. Alors que les libéraux-démocrates et les conservateurs se sont également entendus pour ne pas étendre les aéroports de Gatwick et Stansted, Heathrow devrait en effet être le théâtre de sept cent mille mouvements aériens d’ici à la prochaine décennie, soit environ deux cent mille de plus qu’aujourd’hui.

L’abandon de la troisième piste sera enfin assorti d’une augmentation des temps d’attentes au décollage et à l’atterrissage, avec des répercussions certes moindres mais inévitables pour l’environnement.

Il a aussi longtemps été question d’un troisième axe à Roissy, une ambition au moins provisoirement mise sous l’éteignoir par la fronde des riverains. Leur désapprobation, comme celle de leurs voisins d’outre-Manche, est ô combien compréhensible. Ils auraient toutefois bien tort de croire résolu le problème central des pollutions sonore et de l’atmosphère.

Crédit photo : wikimedia Commons - Panhard
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