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Trans-Alaska, l’oléoduc de la peur

Trans-Alaska, l'oléoduc de la peur
Les employés du site ne cachent pas leurs inquiétudes sur l'état de l'oléoduc Trans-Alaska, confronté à des incidents majeurs depuis 2006 et qui a fait l'objet d'une enquête du FBI, de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) et des autorités de l'État d'Alaska l'an passé

Alors que BP continue de s’embourber dans la marée noire du Golfe du Mexique, dont la gestion au quotidien ne sera désormais plus assurée par le turbulent Tony Hayward, faut-il redouter un autre Deep Water Horizon dans les eaux alaskiennes ?

Une chose apparaît aujourd’hui certaine : les installations de la multinationale britannique ne présentent pas toutes les garanties en matière de sécurité, comme en a témoigné la fermeture provisoire le mois dernier de l’oléoduc Trans-Alaska après la fuite d’un réservoir d’une capacité totale supérieure à cent mille barils. L’équivalent d’un millier de barils de pétrole brut se sont dispersés à la suite d’une coupure de courant qui a ensuite entraîné l’ouverture des valves.

Des incidents réguliers

Largement occulté par l’arrivée des premières galettes d’hydrocarbures sur les côtes de Louisiane, cet incident s’est produit à environ cent cinquante kilomètres au sud de Fairbanks et a nécessité une évacuation du site, a indiqué Alyeska Pipeline Service, opérateur de l’oléoduc et propriété à 47 % de BP. Il est d’autant plus inquiétant que cette installation qui relie Prudhoe Bay au port pétrolier de Valdez achemine en moyenne quelque six cent soixante-sept mille barils de pétrole par jour et a déjà été confrontée à de grave dysfonctionnements en 2006 ainsi qu’à une fuite en novembre dernier.

La situation serait aujourd’hui pire que celle originelle de la plateforme Deep Water Horizon. Soudeur et membre d’un syndicat de travailleurs de l’acier, Marc Kovac a ainsi évoqué « des centaines de kilomètres de tuyaux pourris, prêts à casser et qui doivent être remplacés » et l’absence de plan pour faire face à une éventuelle catastrophe. Des employés ont par ailleurs dressé une longue liste de mesures de sécurité qui pour l’heure n’auraient pas été validée par les responsables du site, même si Steve Rinehart, porte-parole de BP en Alaska, a assuré que leurs avertissements étaient « pris au sérieux ». Ces derniers seraient par ailleurs de fervents adeptes de l’« operate-to-failure », credo qui ne fait aucun cas des obligations environnementales puisqu’il consiste à ne pas intervenir tant que les conséquences d’un incident sont jugées négligeables ou que la direction considère disposer d’un délai suffisant pour effectuer des réparations.

Réduction des dépenses de sécurité

Plusieurs salariés ont également précisé qu’ils travaillaient au mépris des propres conventions collectives de BP. D’après l’un de nos confrères du site d’investigation américain Truthout, l’un d’entre eux aurait même travaillé entre seize et dix-huit heures quotidiennes trente-six jours de rang l’an passé. L’irresponsabilité écologique a enfin été poussée jusqu’à réduire de 30 % les dépenses de sécurité sur le site cette année.

Une diminution d’autant plus malvenue que les très basses températures ont considérablement fragilisé les conduits et que la fuite de l’an passé, découverte par un employé lors d’une inspection de routine, a fait l’objet d’une enquête du FBI, de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) et des autorités de l’État d’Alaska, lesquels ont réclamé à BP un réexamen de ses procédures de sécurité. Contrairement à sa promesse, le groupe pétrolier ne s’est semble-t-il toujours pas exécuté.

Des documents internes datés de 2001 suggéraient des points à améliorer. Neuf ans après, Truthout affirme que les systèmes de détection du feu et du gaz n’ont toujours pas été révisés. Les témoignages sont accablants et donnent de l’oléoduc Trans-Alaska l’image d’une pétaudière qui porte en elle les germes d’un autre désastre écologique majeur.

BP peut encore infléchir le cours des événements que redoutent ses propres salariés. Le groupe pétrolier en a le devoir et il ne fait aucun doute que personne ne lui pardonnerait d’avoir une nouvelle fois dérogé à ses responsabilités.

Crédit photo : Wikimedia commons – Ryan McFarland
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