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Réchauffement climatique : l’Australie bec dans l’eau

Réchauffement climatique : l'Australie bec dans l'eau
Déjà régulièrement confrontée à des tempêtes, Sydney, le cœur économique de l'Australie, pourrait à moyen terme pâtir de la hausse du niveau des océans

Les Maldiviens ne sont pas les seuls à être (très) préoccupés. Une autre île, non moins appréciée des touristes mais beaucoup plus vaste celle-ci, pourrait en effet incessamment payer au prix fort l’un des grands corollaires du réchauffement climatique.

En octobre dernier, le chef du gouvernement des Maldives a pris une initiative à la fois spectaculaire et insolite en organisant un conseil des ministres sous-marin. Elle était accessoirement historique, parce que de mémoire d’homme, on n’avait encore jamais vu ça. Alors que l’ouverture du sommet de Copenhague approchait à grands pas et que parallèlement la perspective d’un accord digne de ce nom s’éloignait, l’objectif des autorités insulaires était de faire réagir des dirigeants jusqu’ici peu réceptifs à leurs supplications.

L’Eden terrestre dont elles ont la charge est plus que jamais menacé d’immersion, et on ne jurerait pas que, dans un futur proche, Kevin Rudd ne se résolve à son tour à donner un coup d’épée sous l’eau.

Il y a déjà urgence

C’est que le Premier ministre australien, comme la presse et des millions de ses compatriotes, a de quoi s’inquiéter lui aussi des conséquences dramatiques que pourrait revêtir le réchauffement climatique dans le paradis des surfeurs.

Érosion oblige, les assureurs de la banlieue de Sydney commencent à y réfléchir à deux fois. Ils ne seront sans doute bientôt plus les seuls, car les conclusions scientifiques alarmistes se succèdent. Toutes font état d’une montée des eaux qui sera irrésistible et dévastatrice s’il s’avérait, dans les faits, que les émissions de gaz à effet de serre (GES) devaient tarder à être drastiquement réduites.

Dans la mesure où plus de 80 % de la population, c’est-à-dire dix-sept millions de personnes, vit sur les côtes, des changements profonds dans la vie de ces habitants jusque là enviés partout dans le monde ne sont pas à exclure, de même que des destructions et des reconstructions massives synonymes de gouffre économique. À moyen terme, même s’il n’est pas question que l’Australie finisse par ne plus être une communauté côtière, il faut s’attendre à ce que nombre de ses ressortissants soient amenées, de gré ou de force, à migrer à l’intérieur des terres. Beaucoup plus grave, un désastre écologique comme le pays n’en a encore jamais connu est à redouter.

Les maisons de bord de mer qui ont largement contribué à son rayonnement touristique ont proliféré ces trois dernières décennies, mais sans que ce développement ait été régulé par les pouvoirs publics, lesquels n’avaient pas prévu les périls actuels et ont considéré en priorité la manne financière qu’il pouvait leur procurer.

De nombreuses habitations individuelles et collectives ont été construites très près de l’océan Pacifique (NDLR : quelque 711 000 sont situées, au plus, à trois kilomètres des côtes), ce qui, indépendamment de la hausse des températures, a provoqué un afflux d’eau de mer. « Il existe déjà des problèmes : les grands immeubles à côté des plages ne permettent pas aux dunes de se restaurer naturellement après les tempêtes », déplore ainsi Rodger Tomlinson, spécialiste de la conservation du littoral à l’université Griffith. « Un mètre de montée du niveau de la mer, c’est dix à vingt mètres de retrait pour la ligne côtière », évalue pour sa part Andy Short, professeur à l’université de Sydney. D’après un rapport publié fin novembre par le ministère du Changement climatique, dont la création récente atteste de l’inquiétude que suscite maintenant le phénomène à l’autre bout de la planète, il est à craindre que la ville la plus peuplée du pays pâtisse d’une élévation du niveau de l’océan Pacifique. Une éventualité qui n’est certes pas pour tout de suite mais qui a provoqué un certain émoi, les Aussies étant jusqu’ici très majoritaires à penser que les plages auraient l’apanage du malheur.

« Il faut commencer à s’y préparer »

Partant de l’hypothèse d’une montée des eaux de 1,1 mètre d’ici à 2 100, l’étude estime que 250 000 logements pourraient être régulièrement immergés à l’aube du XXIIe siècle. Soixante-quinze hôpitaux et de nombreuses écoles se trouvent par ailleurs à moins de deux cents mètres des côtes. Elles seraient de facto également menacées. Autre répercussion majeure : une salinisation des terres jusque dans les estuaires et les zones de basse altitude qui, si elle venait à se produire, altérerait la qualité de l’eau. « Cela ne va pas arriver demain, mais il faut commencer à s’y préparer », a prévenu Bruce Thom, qui a dirigé ladite étude.

Les îles du détroit de Torrès, au nord-est du pays, feraient quant à elles partie de ces atolls du Pacifique susceptibles d’être totalement inondés à brève échéance. Déjà en partie recouvertes par les grandes marées au mois de janvier, elles ne survivraient pas à une récurrence des cyclones, même si, rappelons-le, les spécialistes n’ont (encore ?) établi aucune corrélation entre le changement climatique et une fréquence accrue des épisodes météorologiques extrêmes.

Enfin, ça sent désormais le soufre à Byron Bay, l’une des stations balnéaires les plus courues d’Océanie, où les résidents pensaient se prémunir en construisant des murs autour de leur maison. Sauf qu’ « avec l’érosion il n’y aura plus cette plage économiquement et socialement essentielle », anticipe le maire, bien décidé à prévenir toute dérive bétonnière.

Bien que responsable de moins de 2 % des émissions de GES dans le monde, l’Australie risque fort d’être le pays développé qui subira le plus les conséquences du réchauffement climatique. Il a fallu attendre décembre 2007, l’arrivée au pouvoir des Travaillistes et dans la foulée la ratification du protocole de Kyoto pour qu’elle prenne la mesure du problème. La plus grande île du monde est déterminée à limiter l’impact de la montée des eaux annoncée sur ses côtes. Le ministre du Changement climatique Penny Wong a en effet réclamé un plan d’urgence et, depuis quelques semaines, outre la diminution de 25 % des émissions de GES d’ici 2020, il est question de digues, d’un programme national pour le littoral, d’une révision des plans d’urbanisme et d’un « retrait programmé » des populations.

Autant de mesures qui, aux dires de certains experts, seront de toute façon insuffisantes pour éviter les bouleversements précités. Comme si, là-bas et ailleurs, il apparaissait aujourd’hui qu’il aurait fallu se pencher bien plus tôt sur le sujet.

Crédit photo : Flickr - mamamusings
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