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Pollution : le « Dakar » veut redorer son blason

Pollution : le « Dakar » veut redorer son blason
Contrairement aux idées reçues, le "Dakar" génère sensiblement moins de gaz à effet de serre (GES) que des manifestations a priori plus propres comme la Coupe du Monde de football et Roland Garros

Pour compenser les émissions de gaz à effet de serre (GES), les organisateurs du rallye ont décidé de participer au financement d’un projet de lutte contre le déboisement.

« Cinq cents connards sur la ligne de départ, cinq cents blaireaux sur leur moto », fustigeait Renaud en 1991 au sujet du « Dakar ». Les raisons de ce mépris appuyé exprimé sans détour ? Au même titre que la très grande majorité des opposants au rallye, au sujet duquel on peut affirmer sans risque de se tromper qu’il est la grande manifestation sportive la plus controversée au monde, le chanteur n’appréciait – et n’apprécie sans doute toujours pas – le passage à grande vitesse de camions, de motos et de voitures dans des contrées jugées « sacrées » et dans des villages.

La ferveur populaire conjuguée à une élasticité certaine sur le plan sécuritaire, particulièrement lors des premières éditions, ont fait de nombreuses victimes presque chaque année sur le continent noir parmi les spectateurs. Depuis sa création en 1979, trente-trois concurrents, sept journalistes ont aussi payé de leur vie leur passion pour cette course. Sans parler du co-fondateur Thierry Sabine et de Daniel Balavoine, tués dans un accident d’hélicoptère resté dans toutes les mémoires le 14 janvier 1986.

Plus propre que Roland Garros et la Coupe du Monde de football

Transféré en 2009 en Amérique du Sud pour des raisons d’ordre géopolitique, le rallye est  par ailleurs fréquemment perçu comme un scandale écologique par ses détracteurs. Les organisateurs ont fini par en prendre conscience et publient un bilan carbone de l’événement validé par l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) depuis 2007. On a ainsi su que l’édition 2010 a engendré quarante-deux mille huit cents tonnes équivalent CO2. « La plus grosse part de l’augmentation est liée à la partie « public », c’est-à-dire les déplacements des nombreux spectateurs sud-américains », qui ont représenté 48 % des rejets l’an passé, précise la direction sur le site Internet du rallye.

Dans son livre paru il y a quelques jours À sept ans, il voulait traverser le désert…, Etienne Smulevici, soixante-trois ans et vingt-neuf « Dakar » au compteur, écrit quant à lui qu’« à titre de comparaison [...] la Coupe du Monde de rugby 2007 est à cinq cent soixante-dix mille tonnes et le tournoi de Roland Garros à cent cinquante-cinq mille huit cent soixante tonnes de CO2 ». Les organisateurs, eux, évoquent la Coupe du Monde de football 2010, « qui a totalisé deux millions sept cent mille tonnes équivalent CO2 ». Et d’ajouter : « les émissions générées par une seule journée en Afrique du Sud représentent 1,4 fois l’intégralité des émissions lors de l’édition 2010 du Dakar ».

Ça n’empêche : le millésime 2011, qui a débuté samedi et prendra fin le 16 janvier prochain, mobilise tout de même deux mille cinq cents personnes, cinq cent cinquante participants, cent quatre-vingt-trois motos, cent quarante-six voitures, soixante-huit camions et trente-trois quads. Et si les sites sensibles sont « épargnés », le fait est qu’en ces temps où le respect de l’environnement est devenu l’affaire de tous la direction se devait d’aller plus loin.

Cent cinq mille euros pour l’Amazonie péruvienne

Pour la première fois cette année, les rejets carbone seront donc compensés, en l’occurrence via une enveloppe de cent cinq mille euros à destination du projet Madre de Dios, qui vise à ralentir le rythme effréné de la déforestation dans l’Amazonie péruvienne, gravement menacée par la construction d’un axe transocéanique.

« Ce projet piloté par l’ONG Greenoxx est axé sur la protection de la biodiversité et implique directement les communautés locales. C’est par leur intermédiaire que sont notamment menées des actions de contrôle de la déforestation illégale et de développement de sources de revenus alternatives garantissant la gestion durable des forêts [...] En l’absence de ce projet, ce sont cent dix-neuf mille cinq cent trente-neuf hectares de forêt qui seraient détruits au cours des dix prochaines années », décrypte la direction, qui a en outre beaucoup progressé ces dernières années dans le domaine de la gestion des déchets.

Le travail de collecte commence maintenant à l’heure où les concurrents reprennent la piste, et « le Dakar s’est engagé à rassembler chaque jour l’ensemble des déchets, qui seront évacués par les municipalités vers les décharges qui permettent d’assurer leur traitement dans les meilleures conditions ». « Pour les déchets considérés comme nocifs (huile de vidange, batteries etc.), des entreprises spécialisées ont été sollicitées », ajoutent les organisateurs. Des efforts salués par les autorités concernées. À noter également la contribution « verte » de Sodexo, qui a conçu des assiettes à partir de résidus de canne à sucre pour les membres de la caravane, lesquels en utiliseraient plus de cent mille tout au long du parcours (soit près d’une tonne de plastique), et celle de l’Association chilienne des énergies renouvelables (ACERA). Cette dernière s’est engagée à fournir seize panneaux solaires pour l’alimentation électrique du dôme du Chili, un pavillon destiné à la promotion du tourisme national qui suit la caravane du Dakar.

Toutes ces mesures ne suffiront sans doute pas à faire disparaître les idées reçues mais démontrent que même le « Dakar » n’échappe plus aujourd’hui à la vague « verte ». Et comme la Formule 1 a elle aussi commencé à s’y mettre, en attendant une petite révolution en 2013, il faut bien reconnaître que la course automobile n’est plus tout à fait la brebis galeuse qu’elle était en matière environnementale. Le tout sans perte de vitesse…

Credit photo : Wikimedia Commons - Dakar123 / flickr - Omer Simkha / 22BB
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