Les statuts du GIEC vont-ils être modifiés ?

Les statuts du GIEC vont-ils être modifiés ?
Le GIEC a dû reconnaître en début d'année que l'estimation parue dans son dernier rapport d'évaluation selon laquelle les glaciers de l'Himalaya pourraient disparaître « en 2035, voire avant », était inexacte. Cette erreur a grandement contribué à renforcer la méfiance envers l'institution onusienne, qui selon un rapport de l'InterAcademy Council (IAC) publié avant-hier aurait tout intérêt à être réformé en profondeur

C’est en tout cas ce que préconisent les membres de l’InterAcademy, invités à se prononcer sur le fonctionnement du Groupe et qui ont manifestement mesuré l’impact des polémiques de l’an passé et du premier trimestre 2010 sur sa crédibilité auprès d’une partie de la population.

La réforme en profondeur qu’elles appellent désormais de leurs voeux était ouvertement souhaitée dès février par certains climatologues portes-paroles de la frange désorientée de l’opinion. Ces derniers n’avaient jusque là guère matière à espérer la validation totale de leurs réclamations, même si les annonces d’une surveillance accrue fin février et celle quatre mois plus tard d’un renforcement des effectifs en vue de la publication du cinquième rapport d’évaluation, prévue pour 2013 ou 2014, pouvaient être perçues comme des signes annonciateurs d’un bouleversement du fonctionnement interne de l’institution onusienne.

A contrario le courriel envoyé par son président controversé Rajendra Pachauri aux chercheurs, dans lequel il a tiré à boulets rouge écarlate sur les journalistes et a appelé ses troupes à leur répondre parcimonieusement et en des termes méticuleusement choisis, pouvait préfigurer une opacité persistante.

« Renforcer les procédures »

Celle-ci, et nul à l’exception peut-être de certains experts ne s’en plaindra, paraît toutefois avoir du plomb dans l’aile depuis lundi et la publication d’un rapport onusien de l’InterAcademy Council (IAC) (NDLR : Constitué de quinze académies nationales des Sciences) prônant une réforme en profondeur pour éviter les erreurs commises dans le rapport de 2007 – et par extension se prémunir contre quelques défiances potentiellement dévastatrices.

Rappelons en effet que le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) a dû en début d’année reconnaître que son estimation selon laquelle les glaciers de l’Himalaya risqueraient de disparaître « en 2035, voire avant », était très exagérément pessimiste. Les climatologues avaient commis une autre erreur au moins aussi grossière – et admise peu après – en alléguant que 55 % de la superficie des Pays-Bas se trouvaient sous le niveau de la mer, au lieu des 26 % annoncés de concert par le gouvernement néerlandais et l’Agence néerlandaise d’évaluation de l’environnement (PBL).

Un meilleur recoupement des informations et une « expertisation » de leur collecte, c’est-à-dire que les travaux dans une zone spécifique seraient par exemple confiés à des spécialistes qui l’aurait déjà visitée et noué les contacts idoines au préalable, sont désormais à l’ordre du jour. Reste que si les auteurs de l’étude ont appelé ce GIEC si longtemps porté au pinacle à « réformer fondamentalement sa structure de direction et renforcer ses procédures pour faire face à des évaluations climatiques de plus en plus complexes », ils n’ont toutefois pas remis en cause ses conclusions. Ainsi, sans surprise, le dérèglement climatique demeure-t-il aux yeux des Nations Unies essentiellement d’origine anthropique.

De même la méthode choisie par l’équipe dirigeante, « dans l’ensemble couronnée de succès », n’a pas été désavouée.

Pachauri sur la sellette ?

Incapable d’avoir restauré pleinement la confiance en l’institution dont il a la charge, M. Pachauri – qui avec le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avait demandé la supervision du Conseil interacadémique de la structure du GIEC – pourrait quant à lui finir par l’être.

La faute à une personnalité déroutante qui en indispose plus d’un et à des soupçons de conflits d’intérêts qui pourraient revenir dans le jeu médiatique (surtout vu l’idée qu’il se fait de la presse en général), et parce que sa gestion de la « crise » n’a pas fait l’unanimité au sein du microcosme scientifique. Le patron a beau s’être dit avant-hier prêt à accepter des recommandations qui permettraient « d’accroître la transparence, la précision et la valeur des résultats du GIEC, et de minimiser ses erreurs », il n’est pas interdit de croire que la majorité de ceux qui statueront sur son cas voudront du sang neuf.

« Travailler sous l’oeil attentif du public comme le fait le GIEC requiert une direction forte, la participation ininterrompue et enthousiaste des meilleurs scientifiques, une capacité d’adaptation et un engagement à la transparence », a par ailleurs estimé Harold Shapiro, professeur d’économie à l’Université Princeton (New Jersey) et président de l’IAC. Or le « chef Indien » n’est peut-être pas à même de les incarner, et l’obtention du prix Nobel de la Paix en 2007 pourrait in fine ne pas lui suffire pour se maintenir.

Fondé à se sentir implicitement visé par M. Shapiro, l’intéressé a déclaré lundi que « (la question de son avenir) devra être débattue par tous les gouvernements du monde » lors de la trente-deuxième session du Groupe, laquelle se tiendra à Pusan (Corée du Sud) en octobre et pourrait être celle du changement directionnel et institutionnel.

D’autant que le rapport du Conseil interacadémique, en plus de réclamer sans ambages que les probabilités qualitatives soient « employées pour exprimer la probabilité d’un résultat précis seulement lorsqu’il y a des preuves suffisantes », a recommandé un renouvellement plus fréquent des postes de direction du GIEC.

Bien qu’à la tête du navire depuis 2002, reconduit il y a deux ans et disposé selon ses propres termes à doter l’institution d’une « véritable structure de gestion », M. Pachauri a par conséquent du souci à se faire.

Crédit photo : Wikimedia Commons - Malikbek
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