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La CITES s’oppose à l’interdiction du commerce du thon rouge

La CITES s'oppose à l'interdiction du commerce du thon rouge
Très apprécié des Japonais, qui consomment à eux seuls près de 80 % des pêches mondiales, le thon rouge a vu ses exportations maintenues au grand dam des associations écologistes

Alors que les Nations Unies ont officiellement consacré 2010 « Année de la biodiversité » et que la pêche intensive continue de faire diminuer les stocks de thons rouges, force est de constater que la majorité des pays membres de la CITES ont encore le compas dans l’œil.

Ils étaient nombreux à penser que la réunion de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction) à Doha (Qatar), qui s’est tenue du 13 au 25 mars et restera dans l’histoire comme le Waterloo de la biodiversité, allait déboucher sur une inscription du thon rouge à l’annexe I (NDLR : Celle dans laquelle figurent les espèces considérées comme menacées de disparition imminente).

Une Triple Entente au service de l’intérêt commercial

Il y avait il est vrai matière à penser que cette espèce, sous le feu des projecteurs depuis plusieurs mois en raison des menaces qui planent actuellement sur sa survie dans l’Atlantique Est et en Méditerranée, ferait l’objet d’une protection législative renforcée.

La détermination des Japonais, lesquels consomment à eux seuls environ 80 % des prises mondiales de ce poisson qui entre notamment dans la préparation de certains sushis, des Chinois et à un degré moindre des Tunisiens, qui ont estimé que cette question était du ressort de l’ICCAT (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique), en a toutefois décidé autrement.

Cette étonnante Triple Entente a en effet mis sur les rangs ses meilleurs lobbyistes pour faire capoter les desiderata de l’Union Européenne (UE), des États-Unis et de la majorité de l’opinion publique internationale.

Leurs arguments, qu’il n’est pas interdit de croire sonnants et trébuchants, ont convaincu les pays en développement (PED), arbitres d’un combat qui a finalement basculé en faveur des partisans du statu quo. Les Vingt-Sept ont néanmoins aussi leur part de responsabilité dans cet échec, eux qui ont peiné à accorder leurs violons sur cet épineux dossier, tiraillés qu’ils étaient entre les pressions des milieux écologistes et celles des pêcheurs et industriels du secteur.

Rejet massif

La proposition de Monaco d’inscrire immédiatement le thon rouge à l’Annexe I a été rejetée le 18 mars dernier par soixante-huit pays. Seules vingt nations ont voté pour et trente se sont abstenues. Celle de l’Union Européenne (UE), qui prônait un délai d’inscription, n’a pas davantage convaincu puisque soixante-douze pays s’y sont opposés, quarante-trois l’ont approuvée et vingt-quatre se sont abstenus.

Contrairement à ce que réclamaient les associations écologistes dans leur ensemble, les exportations de thons rouges d’Atlantique et de Méditerranée ne sont donc pas suspendues pour le moment.

« Cela signifie que les importations de thons rouges vont continuer pour  l’instant, et je pense que c’est bien que son prix n’augmente pas davantage », s’est réjoui le Premier ministre japonais, Yukio Hatoyama. « Je regrette un débat avorté et de n’avoir pas pu répondre à certaines contre-vérités énoncées », a pour sa part déclaré le chef de la délégation de la Principauté, Patrick Van Klaveren, faisant notamment allusion à l’attitude des Libyens, qui ont obtenu de passer au scrutin avant que les tenants d’une nouvelle législation n’aient eu le temps de justifier leur point de vue. « C’est très décevant et très irresponsable », a renchéri Sue Lieberman, directrice des politiques internationales du PEW Environment group de Washington.

Les « Monégasques » ont néanmoins encore des raisons d’espérer. L’ICCAT a en effet ramené en novembre dernier les quotas à treize mille cinq cents tonnes cette année, contre vingt-deux mille l’an passé. Plus largement, « le laxisme qui prévalait n’a plus cours », « des efforts politiques et financiers importants ont été faits en faveur de la recherche et des contrôles », dixit Alain Fonteneau, chercheur à l’Institut de Recherche et de Développement (IRD). Les bonnes dispositions actuelles de la Commission doivent toutefois être relativisées dans la mesure où il existerait selon certaines associations d’importantes disparités entre les quotas et les prises effectives.

Évoqué par la secrétaire d’État à l’Écologie Chantal Jouanno, « le signal d’alerte donné au consommateur » en a enfin fait réfléchir plus d’un. Des restaurateurs et plusieurs grandes surfaces ont ainsi décidé de proscrire le thon rouge de leur carte et des rayons, preuve que la tendance peut être à la consommation durable et responsable, tout du moins en France.

Reste maintenant aux pays pêcheurs à respecter les nouveaux quotas fixés par l’ICCAT, ce qui serait dans l’intérêt de tout le monde.

Flickr - Nizam Uddin
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