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Pendant que les écologistes applaudissent et continuent de réclamer un abandon progressif de l’énergie nucléaire, perspective à laquelle Nicolas Sarkozy demeure catégoriquement opposé, Areva dénonce une reculade « très hypocrite ».
Les responsables d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) et notamment leur secrétaire nationale Cécile Duflot ne tarissent pas d’éloges sur la décision de la chancelière Angela Merkel de sortir définitivement l’Allemagne de l’énergie nucléaire en 2022. La feuille de route a été arrêtée ce week-end, preuve que Berlin n’a pas fléchi malgré les pressions des industriels et les menaces de poursuites brandies par les compagnies nationales d’électricité (NDLR : l’entreprise RWE a d’ailleurs déjà porté plainte à la suite de la fermeture de l’un des réacteurs qu’elle exploite).
Les écologistes voient dans cet historique revirement gouvernemental – la durée de vie des centrales du pays avait été prolongée à l’automne dernier, alors même que l’opinion publique allemande, particulièrement chatouilleuse sur toutes les questions d’ordre nucléaire, y était en majorité hostile – une formidable occasion à saisir, d’autant que le conseil fédéral suisse vient à son tour de se prononcer pour un démantèlement piano des centrales. L’Élysée s’est toutefois montrée intraitable et ils n’ont de facto aucune raison de s’attendre à ce que la France marche sur les traces de ses voisins. D’abord parce que près des quatre cinquièmes de l’électricité hexagonale provient de l’énergie nucléaire, une proportion sans équivalent dans le reste du monde, ensuite parce que des intérêts financiers colossaux et la compétitivité de plusieurs fleurons nationaux sont en jeu.
« Après avoir raté le train des énergies renouvelables et des milliers d’emplois qu’elles créent, la France rate le train du démantèlement dont l’Allemagne va devenir experte », a déploré Eva Joly dans un communiqué sans équivoque. François Fillon, lui, s’est encore une fois montré sourd aux injonctions de Greenpeace et consorts : « cette décision, nous la respectons mais elle ne nous conduit pas à changer de politique », a-t-il ainsi déclaré lors d’un déplacement à Strasbourg (Bas-Rhin), théâtre le mois dernier d’une importante manifestation d’« anti-atomes » français et allemands à laquelle Nicolas Hulot a participé, revendiquant lui aussi, entre autres, la fermeture immédiate de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), doyenne du parc atomique français.
Et d’invoquer, outre les tarifs avantageux de l’électricité dans nos frontières, la lutte contre le dérèglement climatique, défi auquel participent activement les centrales nucléaires : « il n’y a aujourd’hui aucune solution qui permette de respecter les engagements européens sans un recours important à cette industrie ».

« L’Allemagne va augmenter ses émissions de CO2 »
Ce faisant, le Premier ministre a repris l’un des arguments d’Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, leader mondial du secteur, qui s’est par ailleurs émue du fait que Mme Merkel n’ait pas souhaité consulter ses concitoyens. « (Elle) ne nous explique pas par quoi elle va remplacer les 22 % d’électricité du pays fabriqués à partir de son parc électronucléaire », a renchéri le porte-parole du groupe Jacques-Emmanuel Saulnier, interrogé par nos confrères de 20 Minutes et pour qui « on peut supposer que l’Allemagne va faire plus de renouvelables mais surtout augmenter sa production électrique à base de charbon, donc augmenter ses émissions de CO2 ». « Elle va aussi importer plus d’électricité depuis les pays voisins. Ce sera très hypocrite de sa part », a-t-il ajouté pour compléter une diatribe il est vrai loin d’être dénuée de sens.
Les responsables d’Areva tablent donc sur une contribution accrue des centrales au charbon, dont la participation au dérèglement climatique est indiscutable, son porte-parole partant du principe que tant que l’on ne saura pas stocker efficacement l’électricité aucun pays de l’Union Européenne (UE) ne sera à même de fonctionner uniquement à partir des technologies vertes.
Quand bien même elle a également été dictée par des considérations politiques, avec une percée des Grünen que la chancelière n’aura cependant pas réussi à contenir, en particulier dans le land du Bade-Wurtemberg, la volte-face allemande n’en est pas moins une décision à la très forte portée symbolique. Celle-ci n’a pas échappé à la présidente du MEDEF Laurence Parisot, qui a elle aussi émis des réserves, insistant sur l’accroissement de la contribution électrique française que devrait impliquer une telle refonte énergétique : « est-ce que l’Allemagne fait ce choix tout en sachant qu’elle va continuer à importer du nucléaire en France, ce que l’on appelle la théorie du passager clandestin, ou y’a-t-il derrière cela un gigantesque plan d’innovation technologique ? », s’est-elle interrogée.
La réponse appartient aux autorités allemandes, sachant que le parc éolien onshore est quasiment saturé mais aussi que le tout premier parc éolien offshore à usage commercial d’Allemagne a été inauguré début mai en mer Baltique. L’effort vert sera quoi qu’il en soit conditionné par la conjoncture économique et les possibilités d’expansion territoriale des énergies propres.
Le solaire et l’éolien feront sans doute l’objet d’un soutien budgétaire appuyé dans les mois et les années à venir. Quant aux centrales à charbon, il y a hélas tout lieu de croire qu’elles ont encore de beaux jours devant elles.
Aucun pays dont l’électricité provient pour près du quart de l’énergie nucléaire ne peut prétendre à tourner le dos à l’atome sans contrepartie environnementale. À la coalition gouvernementale de faire le nécessaire pour qu’elle soit la moins élevée possible.

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