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Stopper la déforestation oui, mais à condition que l’abandon de cette pratique éco-destructrice se fasse dans les règles de l’art. Les pays riches parviennent chaque année à collecter des sommes faramineuses pour aider les Etats ravagés par le déboisement à y mettre un terme, mais encore faut-il que cet argent soit effectivement destiné à la protection des forêts. Si tous les experts s’accordent à dire que la déforestation représente près de 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), les mesures adoptées pour la limiter ne font néanmoins pas l’unanimité.
Comme c’est souvent le cas dès qu’il s’agit de catastrophes humanitaires, il est difficile de savoir où va l’argent collecté et s’il est utilisé à bon escient. En ce qui concerne la déforestation le mécanisme REDD (Réduction des émissions dues au déboisement et de la dégradation forestière) a été mis en place pour inciter les Etats à préserver leurs forêts tropicales. Rappelons que le principe consiste à récompenser un pays qui aurait empêché ou tout du moins réduit la déforestation en lui allouant une somme d’argent proportionnelle aux quantités de dioxyde de carbone (CO2) qui auraient pu être émises. La Norvège a ainsi attribué 30 millions de dollars (environ 21,6 millions d’euros) à l’Indonésie dans le cadre de ce projet dont le coût global actuel s’élève  à plus de 70 millions d’euros.
Ce sont en moyenne 35 milliards de dollars (environ 25,2 milliards d’euros) que les pays développés ont réussi à mobiliser chaque année depuis le début du XXIe siècle pour lutter contre la déforestation. Plus de 140 projets de ce type ont par ailleurs été recensés à travers le monde. Un chiffre encourageant et qui donne à penser que le système se met en place.

« La meilleure chose qui pouvait arriver »
Le président de la République de Guyana Bharrat Jagdeo, élu « Champion de la Terre 2010 » dans le cadre du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), s’est félicité des répercussions du système REDD sur l’économie de son pays, estimant que « c’est sans doute la meilleurs chose qui pouvait arriver à des pays qui souffrent de la déforestation ». Guyana a en outre paraphé un accord avec la Norvège, lequel s’élève à un montant total de 250 millions de dollars (180 millions d’euros), mais n’a pas encore perçu un centime. Difficile dans ces conditions de persuader les mineurs responsables de la déforestation du bien-fondé de leur mise au chômage forcé, d’autant que la forêt ne constitue pas « seulement » une richesse naturelle : son bois représente aussi une ressource économique de premier ordre. Aussi le directeur de la réserve guyanaise d’Iwokrama Dane Gobin n’hésite-t-il pas recourir à la menace. « Soit vous nous payez pour qu’on préserve la biodiversité, soit nous vendons la forêt à des compagnies forestières malaysiennes », a-t-il averti.
S’il ne faut pas noircir le tableau, il reste tout de même certains points à clarifier. La transparence des procédures est par exemple un impératif aussi bien pour les pays riches que pour les pays en développement (PED). Si les premiers doutent parfois des prétendues bonnes intentions des bénéficiaires, les seconds sont fondés à demander plus de visibilité sur l’avenir. Comment être sûr que l’argent ne tombera pas entre de mauvaises mains ? Comment savoir si le pays bienfaiteur tiendra ses engagements à long terme ?
Des sommes colossales sont en jeu. Or les Etats concernés par l’aide internationale sont souvent connus pour être minés par la corruption, d’où la nécessité de mettre en place une réglementation stricte, bien que ce dernier point fasse lui aussi débat. Garantir le respect de cette réglementation est en tout cas l’un des enjeux majeurs du processus REDD.

Identifier les risques pour augmenter les chances de réussite
Militant au sein de l’organisation Global Witness, Matia Fosci considère quant à lui que « le réel danger est que l’argent des REDD soit confisqué par les élites et ne profite en rien aux populations indigènes, jusque là tributaires des revenus engendrés par l’exploitation forestière ». Ces populations ne doivent en effet pas être les laissés-pour-compte du dispositif REDD, l’exploitation de la forêt étant leur gagne-pain. De fait il est nécessaire de compenser le manque à gagner qu’un encadrement très renforcé représente pour eux.
Les autochtones sont en outre les mieux placés pour contrôler l’exploitation des ressources sylvestres. La surveillance des forêts est en effet problématique, à plus forte raison lorsque les surfaces à couvrir sont très importantes. Au Guyana ce sont pas moins de 13 millions d’hectares qu’il faut contrôler. Pour ce faire l’Etat a dépensé plus d’un million d’euros obtenus dans le cadre du REDD pour accroître la surveillance de la forêt.
Pour que les populations concernées collaborent, il convient aussi de leur expliquer en quoi consiste le REDD. En Papouasie Nouvelle-Guinée, certains ont ainsi cru qu’il fallait enfermer le CO2 dans des bouteilles pour pouvoir le vendre (!). En Equateur, des habitants se sont ligués contre ce système qu’ils accusent de les avoir dépossédés de leurs ressources.
Il est enfin capital, en attendant que le REDD fasse ses preuves, d’adresser les causes de la déforestation afin de traiter le problème à la source.
Pour l’heure certains craignent que le mécanisme, tout comme le système de la compensation carbone, ne soit pas assez contraignant et laisse au bout du compte aux pollueurs le droit de polluer. Nombreux sont ceux qui militent donc pour que le principe du pollueur-payeur se superpose à celui du REDD.
Il ne s’agit cependant pas de faire de procès d’intentions à ce système qui mérite sans aucun doute d’être mis en place dans un maximum de pays. Le fait même que les autorités soient désormais capables de mesurer les risques est en tout cas encourageant dans l’optique d’une limitation significative des effets pervers de la déforestation. Le REDD, lui, peut et doit optimiser les avancées encourageantes observées cette année.

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