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Le GIEC de la biodiversité reporté sine die

Le GIEC de la biodiversité reporté sine die
Le rhinocéros, qui a vu sa population diminuer de façon inquiétante ces dernières années, est un symbole parmi d'autres de la crise des espèces à laquelle l'humanité fait actuellement face. Les Nations Unies ont proposé la création d'un « GIEC de la biodiversité » pour mieux l'affronter. Contrairement à ce qu'on pouvait penser avant l'été la création d'un tel organisme n'est cependant pas pour tout de suite...

Des récalcitrants en développement et la Chine ont obtenu l’ajournement de la création d’une institution onusienne que la dégradation de la conjoncture environnementale rend pourtant indispensable.

Nous vous le disions fin juin, immobilisme coupable de la majorité des pays membres de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) et « nipponite » aiguë de la CBI (Commission baleinière internationale) à l’appui : n’en déplaise à l’ONU qui en a officiellement fait la priorité environnementale en ce début de décennie, 2010 n’est pas l’année de la biodiversité.

Quinze jours plus tôt, nous croyions aussi, eu égard à l’enthousiasme unanime des quatre-vingt pays qui prenaient part à la réunion de Pusan (Corée du Sud), que la mise en place du « GIEC de la biodiversité » allait être entérinée aujourd’hui lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New-York, laquelle va bientôt s’achever et aura quoi qu’il arrive d’ici à sa clôture été marquée par un couac retentissant. Jamais en effet ce projet souhaité de longue date par la communauté scientifique et que soutient la France depuis 2005 n’avait jusque là paru aussi proche de se concrétiser.

La Chine réticente

Cette fois, c’était sûr : après deux ans d’âpres négociations avec les pays du Sud, qui redoutaient un processus une nouvelle fois conduit sans partage par leurs homologues développés, une entrave à leur essor et pour certains – dont le Brésil – assimilaient l’initiation d’un tel organisme à une forme d’ingérence dans leur politique écologique, le serpent de mer IPBES (International Platform on biodiversity and ecosystems, « Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques ») allait voir le jour avant la fin de l’année.

Sauf que la préservation des écosystèmes, alors même que l’ONU estime que le rythme actuel de perte d’espèces imputable à l’homme est « plus de cent fois supérieur à celui de l’extinction naturelle » (!) et que pléthore de spécialistes juge que l’humanité est aux portes de la sixième grande vague d’extinction de son histoire, n’est pas encore – ou toujours pas – une urgence pour certains. Parmi eux, la Chine, décidément incapable de se situer entre responsabilisation environnementale, dogmatisme exacerbé et obscurantisme forcené, dont le représentant ainsi que celui du G77 (NDLR : une coalition de pays en développement, conçue pour promouvoir les intérêts économiques collectifs de ses membres et créer une capacité de négociation accrue aux Nations unies. Créée par 77 pays, l’organisation a grandi et comptait l’an passé 130 pays membres) ont écrit au président de l’Assemblée générale des Nations Unies le 7 septembre dernier que mettre à l’ordre du jour la question de la création d’un groupe d’experts pour optimiser les chances de maintien de la biodiversité était… « prématuré ».

Un mot qui fait l’effet d’une gifle pour n’importe quel défenseur de l’environnement normalement constitué. Neuf lettres qui suffisent à rappeler que beaucoup d’efforts restent à entreprendre pour espérer voir évoluer les mentalités les plus réactionnaires.

Les canards boîteux n’ont cependant pas fermé la porte à un examen de la proposition onusienne l’année prochaine, c’est-à-dire après la conférence sur la biodiversité de Nagoya (Japon), qui se tiendra du 18 au 29 octobre prochains. Du coup la pression est immense et ladite conférence ne semble pas trop mal partie pour être aux espèces animales et végétales ce que le Sommet de Copenhague a été au climat.

« Certains essaient de prendre l’IPBES en otage »

Chantal Jouanno, l’une de ses plus ferventes partisanes, a déploré que « certains essaient de prendre l’IPBES en otage » et souligné les divisions au sein de ce G77 qui pourrait tout faire capoter. La secrétaire d’État à l’Écologie a également rappelé que vingt-huit pays africains se sont récemment engagés à Libreville à soutenir le principe d’une plateforme de la biodiversité à New York.

Elle ne désespère cependant pas d’« inverser la tendance », moyennant multiplication des rencontres bilatérales en marge de la session de l’ONU, mais il est clair qu’il faudra faire très vite et très bien. Surtout son lobbying devra être appuyé par l’ensemble des autres promoteurs du projet qui n’assimileraient pas l’intransigeance des pays en développement (PED) à une fatalité et n’auraient encore pas cédé au découragement. Il n’existe en tout cas aucun élément concret qui laisserait à penser que les réfractaires sont éventuellement disposés à réexaminer leurs positions.

Pour l’heure ils subordonnent l’acte de naissance de l’IPBES à l’issue de la réunion de Nagoya, laquelle a pour objectif d’organiser l’accès des États du Nord aux abondantes richesses animales et végétales des Pays du Sud, et de trouver la juste rémunération pour ces derniers. La mission relève de la gageure mais doit à tout prix être remplie. « Pour le G77 c’est une question centrale. S’il n’y a pas d’accord sur le protocole et le financement il n’y aura pas d’accord sur le reste, sur tout ce qui compte pour les pays développés en matière d’efforts de conservation (de la biodiversité) à long terme », décrypte Claudio Chiarolla, chercheur à l’IDDRI (Institut de développement durable et de relations internationales).

Si on ne peut reprocher aux PED de vouloir défendre leurs intérêts – d’autant qu’ils accueillent les écosystèmes les plus riches de la planète – , leur incommensurable méfiance a toutefois quelque chose d’indécent par les temps qui courent, et le fait est que le « GIEC de la biodiversité » et la conférence de Nagoya sont deux choses bien différentes. Associer ce sommet effectivement capital à l’instauration d’une plateforme internationale qui a vocation à institutionnaliser la sauvegarde du patrimoine naturel mondial est sur le fond et la forme hautement contestable.

L’hypothèse d’un échec des négociations au Japon étant très plausible, ne serait-ce que parce que tout a montré que les noeuds environnementaux dans leur ensemble sont les plus difficiles à démêler, c’est prendre un bien gros risque pour l’avenir de toutes les ressources animales et végétales. Se pencher à leur chevet et songer en priorité à l’intérêt général eut été plus à propos.

Crédit photo : Flickr – Bob_rayner
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  • louis03

    Que de temps de perdu

  • daniel d

    Pitoyable !