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Chantal Jouanno va limiter la réintroduction des ours

Chantal Jouanno va limiter la réintroduction des ours
Hostile à une réintroduction massive mais déterminée à assurer la survie des ours des Pyrénées, Chantal Jouanno a donc opté pour une position de compromis. Elle pourrait lui valoir aussi bien les foudres des éleveurs que celles des écologistes

Attendue tout à l’heure à Toulouse (Haute-Garonne), la Secrétaire d’État à l’Écologie doit notamment y fixer le cap sur la réintroduction des ours. Un sujet ultra-sensible comme l’a montré, entre autres exemples, le déroulement de la manifestation anti-ours de Saint-Girons le 1er juillet dernier, au cours de laquelle plusieurs contestataires avaient déployé une banderole sur laquelle ils annonçaient implicitement qu’ils prendraient les armes s’ils ne devaient pas être entendus.

Le déplacement de Mme Jouanno dans la Ville Rose intervient dans un contexte particulièrement tendu, avec aussi bien chez les « pro » que chez les « anti » une détermination non dissimulée à faire triompher leurs vues. Il s’agira donc d’abord de déminer le terrain et de trouver une solution de compromis à même de ne déclencher  ni l’ire de ceux qui considèrent qu’il en va de la sauvegarde de l’ours pyrénéens ni celle des éleveurs inquiets pour la survie de leurs troupeaux et déjà en proie à de sérieuses difficultés financières. Une gageure.

Aux dires de ces derniers une réintroduction massive des ours dans les Pyrénées ne présente aucune justification environnementale, d’abord parce que les plantigrades sont importés de Slovénie et ne sont de fait pas authentiquement « du sérail », ensuite parce qu’un équilibre écologique s’est établi sans eux dans le massif. Et les éleveurs de rappeler tant la lourdeur des procédures administratives nécessaires pour obtenir des indemnisations en cas d’attaques sur leurs bêtes que l’impossibilité d’être dédommagé lorsque les ours ne laissent plus que des carcasses.

Les éleveurs dénoncent des conséquences néfastes sur l’élevage et le tourisme

Pour l’ADDIP (Association pour le développement durable de l’identité des Pyrénées), qui a prévu un comité d’accueil musclé, les exigences des écologistes n’ont cure des activités humaines. Elles vont en outre à l’encontre de la préservation d’autres animaux – en l’occurrence les brebis, très prisées des ours et auxquels ils imputent une large (et excessive puisque les ursidés ne seraient en fait à l’origine que d’une très faible part des prédations) part des décimations actuelles – et pourraient eu égard à la grande mobilité de ces spécimens être susceptible d’avoir des retombées touristiques négatives.

Son président Francis Ader ne disait pas autre chose en janvier dernier, lorsque de nouvelles réintroductions ont été officialisées : « Notre principal souci, c’est justement que l’animal risque de prendre le pas sur l’Homme [...] Pour éviter cela il faudrait un plan de prévision permettant de lier écologie et économie mais ça n’a jamais été fait ». Il avait aussi pointé le comportement de ces ours « qui, loin de disparaître, grandissent dans de véritables élevages destinés à la chasse ».

« Les Pyrénées ont des difficultés économiques [...] On pense que le massif pyrénéen doit être vivant et que l’on dit conduire en priorité des actions en direction des hommes », vient de renchérir Marc Carballido, vice-président du conseil régional Midi-Pyrénées et membre du Comité de massif pyrénéen, auquel la Secrétaire d’État se frottera dans la journée.

A contrario une quinzaine d’organisations de défense de l’environnement (dont France Nature Environnement) viennent de publier un communiqué commun dans lequel elles l’ont enjoint à « annoncer (aujourd’hui) [...] non seulement le principe mais aussi la mise en oeuvre concrète du plan de restauration de la population dans les Pyrénées, incluant des lâchers dès le printemps prochain ».

« Il y a eu trop de problèmes, de heurts, de crispations locales »

Vu la tournure et la passion des débats elles ne semblent néanmoins ne plus être en mesure de remporter sa souscription totale, Mme Jouanno ayant confié à nos confrères du Parisien dans un entretien paru ce matin ne pas vouloir « instaurer un dispositif de réintroductions systématiques d’ours » parce que « l’écologie doit se faire avec les populations locales ».

« Il y a eu trop de problèmes, de heurts, de crispations locales lorsqu’on a imposé aux Pyrénées un renforcement de la population d’ours en 2006 (NDLR : Cinq ours ont été importés de Slovénie cette année-là. Deux sont morts et quelques naissances ont été enregistrées, dont celles de Noisette et Nheu dans les Pyrénées centrales cette année) », a-t-elle par ailleurs rappelé.

Les gages accordés aux partisans des plantigrades devraient ainsi être limités même s’« il n’est pas question non plus de laisser la population s’éteindre ». Aussi chaque ours tué par l’Homme devrait être remplacé, histoire d’assurer la pérennité de l’espèce et que l’impact dénoncé par les éleveurs ne s’aggrave pas. Partisane de la réintroduction d’une femelle dans le noyau occidental du Béarn – qui ne compte que trois mâles – , la Secrétaire d’État à l’Écologie devrait enfin confirmer « un suivi annuel et individualisé de la population ». « Et si on constate qu’il y a trop peu de naissances pour maintenir l’espèce nous pourrons réintroduire des ours », a-t-elle ajouté, résolument prudente.

Véritable sujet de société la question des ours dans les Pyrénées continue de diviser et voit s’affronter des intérêts agricoles et écologistes que les deux camps estiment inconciliables. Pendant qu’ils campent sur leurs positions Chantal Jouanno marche sur des oeufs. Il est ainsi écrit que si ses dispositions strictement conservatrices sont entérinées de nombreuses voix discordantes se feront entendre. Les réajustements, eux, sont à moyen terme très probables.

Crédit photo : Flickr – Laurent Achedjian
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  • daniel d

    “Sauvez un ours, tuez un chasseur !” ;-)