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Marée noire : Obama déçoit encore

Marée noire : Obama déçoit encore
Ici en déplacement à Venice (Louisiane), Barack Obama n'a pas su convaincre les observateurs lors d'un discours pourtant très attendu prononcé mardi depuis le Bureau Ovale. Toujours évasif sur son plan d'action, le chef de l'exécutif américain a toutefois réussi à faire plier le groupe BP le lendemain en obtenant de lui une contribution de vingt milliards de dollars (a minima) pour un fonds d'indemnisation réservé aux victimes de la marée noire. Une bouffée d'oxygène pour l'homme le plus puissant de la planète, chahuté depuis plusieurs semaines sur sa gestion de la crise.

Signe de temps particulièrement durs, le chef de l’exécutif américain s’est adressé à ses compatriotes mardi depuis le Bureau Ovale.

Il était à peu près intouchable jusqu’à ce que la réforme du système de santé soit soumise au Congrès. A l’époque sa popularité n’était toutefois que partiellement érodée. La donne a changé depuis l’explosion et le naufrage de Deep Water Horizon, à l’origine de la plus grave catastrophe écologique de l’histoire de son pays. L’homme le plus puissant du monde serait-il devenu le plus démuni ?

D’une ampleur inédite, toujours ballottée par ces vents, ces courants et bientôt ces ouragans qui devraient la rendre définitivement insaisissable, source de dégâts économiques considérables et bien sûr d’un génocide environnemental insupportable, la marée noire a quoi qu’il en soit mis un terme violent à sa lune de miel avec l’opinion publique américaine. Élu dans un fauteuil fin 2007, l’ancien sénateur de l’Illinois est aujourd’hui confronté à la plus grave crise d’un mandat qui pourrait bien porter les stigmates de ce désastre jusqu’à son terme.

Les médias très critiques

Désormais son flegme légendaire ne séduit plus. Perçu comme une forme d’indolence, il donne l’impression à l’essentiel de cette population qui cette fois encore se croyait invulnérable que le Président, attendu comme le messie après les graves revers qui ont émaillé l’octennat bushien, ne prend pas la mesure de la situation. Ses propos pour le moins vindicatifs à l’encontre de BP, multinationale plus embourbée encore à qui il ne cesse de rappeler qu’elle devra payer son imprudence jusqu’au dernier penny, n’y changent rien, pas plus que la prolongation du moratoire sur les permis d’exploitation des gisements pétroliers offshore et que ses déplacements désormais réguliers dans les régions concernées : la gestion de la crise par Barack Obama ne convainc pas les Américains.

La comparaison avec les attentats du 11 septembre a pu choquer mais la tragédie qui se déroule actuellement dans le Golfe du Mexique lui ressemble bel et bien en ce qu’elle a d’extraordinaire au sens premier du terme. L’impuissance des autorités et la colère des neveux de l’Oncle Sam face aux images « Mad Max » repassées en boucle sur toutes les chaînes de télévision sont également les mêmes.

Mais quand George W. Bush a d’abord bénéficié de l’assentiment d’une écrasante majorité d’Américains dans sa volonté de partir en « croisade » contre le terrorisme, Barack Obama, lui, n’a jusqu’ici pas eu droit à (ou su faire naître ?) l’union sacrée. Sans doute parce qu’il ne s’agit pas d’une guerre, si ce n’est contre les dirigeants d’une entreprise britannique, c’est-à-dire qu’il faut tout de même ménager un minimum sous peine de s’encombrer de désagréments diplomatiques. Sans doute aussi parce les concitoyens ne voient ici aucune solution, les moyens humains, logistiques et matériels étant de toute façon insuffisants pour mettre un terme au sordide spectacle d’oiseau et de tortues mazoutés (NDLR : Les forces armées, elles, ne disposent pas des équipements nécessaires pour plonger à mille cinq cents mètres de profondeur).

Attendu au tournant mardi, Barack Obama a laissé les commentateurs sur leur faim. « Vous attendiez peut-être un plan d’action complet et détaillé pour contenir le pétrole et nettoyer la côte ? [...] Ou peut-être une feuille de route ou un calendrier pour mettre les États-Unis sur la voie des énergies propres ? Ce discours ne proposa rien de tout cela », a-t-on ainsi pu lire dans les colonnes de l’Huffington Post. La rhétorique très offensive du locataire de la Maison Blanche n’a échappé à personne, mais « vouloir vraiment stopper la marée noire ne fait pas un programme », ont asséné nos confrères.

Même ironie glacée de la part du New York Times, déçu du fait que cette allocution soit intervenue « cinquante-six jours, des millions de litres de pétrole et un nombre incalculable d’heures de spéculation à la télévision » après le début du Tchernobyl pétrolier. « Dommage que ses troupes attendent encore un plan de bataille clair », a enfin déploré le site Internet spécialisé Politico.

Les experts et certainement des millions d’Américains avec eux attendaient des mesures fortes, de nouvelles orientations en matière de politique écologique voire un programme détaillé pour se conformer aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) énoncés en janvier dernier. Ils n’ont eu droit qu’à des déclarations belliqueuses qui certes traduisent la détermination présidentielle mais continuent d’entretenir le flou sur les intentions du successeur de « W », lequel a toutefois obtenu hier la création d’un compte bloqué sur lequel BP s’est engagé à verser vingt milliards de dollars (environ seize milliards d’euros) pour les victimes (entreprises, particuliers mais aussi salariés de plateforme au chômage technique en raison de la prolongation du moratoire) de la marée noire.

Crédit photo : United States Coast Guard

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  • guidu

    Les Américains en veulent bien sûr beaucoup à BP mais n’épargnent pas Barack Obama. C’est en quelque sorte le “Katrina” de son mandat mais il faut reconnaître qu’à l’époque “W” avait mis beaucoup plus de temps à réagir. Je crois qu’ils ont besoin de coupables et que sa baisse de popularité traduit plus leur colère que leur sentiment d’une mauvaise gestion de la crise. Le fait est qu’il n’y peut rien… et que les Etats-Unis, pas plus qu’un autre pays je pense, n’étaient pas préparés à une telle situation.