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Les débuts européens de l’histoire du gaz de schiste sont pour le moins difficiles. La France et la Grande-Bretagne, qui en recèleraient pourtant de grandes quantités, voient se développer d’importants fronts d’opposition à son exploitation.
Cela fait maintenant quelques semaines que l’Hexagone commence à être informé de la délivrance, en toute discrétion, de plusieurs permis d’exploration pour trouver du gaz de schiste. Cet hydrocarbure, dit non conventionnel, est devenu économiquement intéressant à exploiter depuis le renchérissement des prix du pétrole « conventionnel » ; surtout, il est possible d’en trouver jusque dans nos Etats occidentaux. Les Etats-Unis développent cette filière depuis une vingtaine d’années (NDLR : laps de temps durant lequel la part de la production de gaz de schiste dans l’assiette énergétique nationale est passée de 1,4 à 14,3%) et sont récemment devenus grâce à elle les premiers producteurs mondiaux de gaz, devant la Russie (!) Mais la technique utilisée pour l’extraire, dite de la « fracturation hydraulique », provoque l’ire des écologistes.
C’est au tour de la fédération associative France Nature Environnement (FNE) d’alerter sur la multiplication des permis de recherche délivrés par l’ancien ministre de l’environnement Jean-Louis Borloo. Le plus important d’entre eux concerne une zone de 15 000 km² s’étendant de Montélimar (Drôme) à Montpellier (Hérault). FNE se demande, par la voix de son président Bruno Genty, si ce n’est pas « avant de commencer les recherches qu’il faut se poser la question de l’éventuelle exploitation en évaluant les conséquences possibles ». La fédération demande d’ailleurs aux ministres actuellement en charge de l’environnement et de l’énergie la saisie de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) avant toute nouvelle décision d’exploitation, ainsi que de mettre en place un moratoire pour celles déjà effectuées…

La Grande-Bretagne à son tour dans le débat
Car les risques rattachés à cette exploitation, déjà mis en avant par les associations écologistes, ne manquent pas. Déjà , outre-Atlantique, on constate une recrudescence des plaintes émises par des citoyens et associations nord-américains pour protester contre la pollution des nappes phréatiques, en raison de la proximité de ce type d’exploitation. Et c’est justement un des nombreux risques mis plus particulièrement en avant par une étude que vient de publier le Tyndall Centre for Climate Change Research de l’université britannique de Manchester.
Ce rapport distille quatre principales conclusions vis-à -vis de cet hydrocarbure d’un nouveau genre. A la lumière de ce qui s’est passé aux Etats-Unis, le Tyndall Centre note que « le gaz de schiste apporte un risque significatif de contamination des sols et des eaux à la surface ». De même, « sans un cap clair quant aux émissions globales de gaz à effet de serre (GES), l’exploitation du gaz de schiste est à même d’augmenter les émissions nettes de carbone ». Paradoxalement, le développement rapide de ce secteur pourrait aussi avoir l’effet inverse, en tant qu’énergie de transition voire de substitution au charbon – même si cet effet reste aléatoire, car le charbon pourrait tout à fait être encore très utilisé en plus du gaz de schiste pour répondre à la demande croissante mondiale en énergie. Dans un dernier temps, l’étude note que les investissements nécessaires pour mettre en œuvre les exploitations de gaz de schiste constituent autant de fonds en moins pour financer des technologies sans émissions de carbone, et in extenso le secteur des énergies propres.
L’industrie du gaz de schiste n’en est qu’à ses balbutiements outre-manche, et seules trois entreprises se sont pour l’instant investies dans ce secteur. La plus avancée d’entre elles, Cuadrilla Resources, a toutefois déjà procédé à des forages exploratoires dans le Lancashire, au nord-ouest de l’Angleterre (NDLR : elle est aussi investie dans le même genre d’activités aux Pays-Bas et en Hongrie). A ce sujet, l’étude rapporte qu’aucun contrôle environnemental n’avait été réclamé pour lancer cette exploration auprès du Department of Energy and Climate Change (DECC). Le DECC, qui semble bien peu concerné par la question, a même été avisé par l’entreprise en question que ses activités ne comportaient « aucun risque de dommage environnemental »… Une preuve supplémentaire de la création d’un fossé entre les politiques et les écologistes ? Les mois prochains seront riches d’enseignements pour en juger…

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