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Les centrales atomiques européennes, chinoises et indiennes seront inspectées

Les centrales atomiques européennes, chinoises et indiennes seront inspectées
Le gouvernement français a confirmé hier et aujourd'hui que les dix-neuf centrales du pays seront examinées une à une d'ici la fin de l'année

L’accident de la centrale de Fukushima 1 revêt des accents tchernobyliens depuis que l’hélicoptère de l’armée japonaise qui devait déverser de l’eau dans la piscine de refroidissement du réacteur 4 a dû rebrousser chemin en raison de radiations trop élevées. Lancées dans une véritable course contre la montre, les autorités nippones envisagent désormais de recourir à un camion-citerne équipé de lances à eau pour alimenter le système de refroidissement, qui d’après l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) doit impérativement être approvisionné en eau d’ici vendredi au plus tard. La dégradation constante de la situation au Japon terrifie les gouvernants du monde entier, qui pour la plupart ont décidé de faire un point sur la sécurité de leurs propres installations.

« Il ne peut y avoir de développement de la filière qu’avec la confiance du public et des décideurs », affirmait ce matin non sans raison l’administrateur général du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) Bernard Bigot au micro de France Inter. Une réalité qui s’applique à tous les pays du monde et bien entendu à la France, deuxième puissance nucléaire mondiale avec ses dix-neuf centrales et ses cinquante-huit réacteurs et dont l’électricité provient à environ 80 % de l’énergie atomique – un chiffre exceptionnel à l’échelle planétaire.

Imputable au tsunami qui a fait suite au tremblement de terre de vendredi, et peut-être en partie à la vétusté de certaines de ses structures (NDLR : lesquelles n’étaient en tout cas pas conçues pour faire face à des vagues de dix-sept mètres de hauteur), la catastrophe de Fukushima 1 suscite un émoi international et appelle à la plus grande vigilance autour des quatre cents réacteurs que compte le globe. « C’est le moment de la plus grand transparence », a déclaré hier soir la ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet sur BFM TV, corroborant ainsi les dires de François Fillon et de la présidente d’Areva Anne Lauvergeon.

La transparence, véritable obsession pour un gouvernement qui, sans pour autant accéder au voeu de la gauche écologiste d’organiser un référendum sur la politique énergétique française, paraît avoir pris la mesure des craintes ô combien légitimes de ses concitoyens. « Il nous faut déterminer quels sont les risques naturels et les risques de toute nature », a ajouté « NKM », qui a confirmé une évaluation méthodique de chaque centrale française d’ici la fin de l’année.

« Nous ne partons pas d’une table rase »

Un passage en revue dont les cadres d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) ne se contentent pas, eux qui ont notamment émis des réserves sur la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), en service depuis 1977 et située sur une zone sismique. « Elle a été conçue pour résister aux séismes et dispose d’une marge de sécurité. Par ailleurs, la sûreté peut être perpétuellement améliorée », a indiqué Mme Kosciusko-Morizet, selon laquelle « de nouvelles mesures seront prises si ce sont les enseignements qu’il faudra tirer de la catastrophe de Fukushima 1 ».

Des propos qui doivent naturellement s’appliquer aussi à la centrale de Tricastin (Drôme), théâtre de plusieurs incidents en 2008 et à proximité de laquelle il existe « un risque de rupture de barrages », a souligné l’eurodéputée d’EELV Michèle Rivasi, qui a en outre insisté sur le fait que « les normes de sismicité en vigueur à Fessenheim ne sont pas les normes actuelles ». Le ministre de l’Énergie Éric Besson a de son côté défendu la vigueur de la doyenne du parc nucléaire français et a rappelé que la décision de fermer une centrale n’appartient plus au gouvernement mais à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), « qui statuera prochainement sur le cas de Fessenheim, après un examen méthodique, réacteur par réacteur ».

« Personne ne dit que nos centrales sont meilleures que les centrales japonaises mais notre exigence de sécurité est la plus élevée au monde, c’est pourquoi nous ne partons pas d’une table rase », a-t-il également déclaré à sa sortie du conseil des ministres. Et de conclure, définitif : « nous n’avons rien à cacher ».

Nicolas Sarkozy, lui, s’est encore dit pleinement convaincu de « la pertinence » de l’utilisation de l’énergie nucléaire sur le territoire national. Ce qui ne signifie cependant pas que l’Élysée est réfractaire au débat et à un état des lieux, quand bien même « il y a une analyse systématique de l’ensemble des risques en amont de la construction, réévaluée périodiquement, a minima tous les dix ans, pour tenir compte du vieillissement et de l’apparition des nouvelles exigences de sécurité », a rappelé le directeur des centrales nucléaires à l’ASN Thomas Houdré ce matin.

Auteur d’une tribune parue sur le site Internet de nos confrères de Terra Eco, le député de la majorité Bertrand Pancher milite lui aussi pour des discussions publiques. « À l’époque de la communication en temps réel et de l’information 2.0, il est essentiel que le gouvernement réponde aux interrogations des Français », a écrit le parlementaire, qui prône « une réelle participation des citoyens, comme le rappellent plusieurs conventions internationales et en premier lieu la convention d’Aarhus », citée il y a quelques jours par la présidente de Cap21 Corinne Lepage dans le cadre des tractations sur les gaz de schiste à la Commission européenne.

Des évaluations sur la base du volontariat en Europe

Celle-ci a retenu la proposition du ministère autrichien de l’Environnement d’effectuer des tests de résistance des centrales aux séismes, aux tsunamis et aux attaques terroristes. Lesdits tests seront organisés sur une base volontaire mais la totalité des réacteurs nucléaires conçus sur le même modèle que ceux du site de Fukushima 1 devraient être passés à la loupe. Une attention spécifique sera de surcroît portée aux systèmes d’alimentation électrique de secours, qui doivent permettre d’assurer le refroidissement des réacteurs en cas de coupure de courant prolongée.

On l’a évoqué hier, New Delhi a également ordonné des vérifications approfondies lundi et les autorités indiennes n’excluent pas une suspension du projet nucléaire de deux réacteurs EPR sur le site de Jaitapur, lequel est d’après un récent rapport de Greenpeace situé dans une région qui a été touchée par trois séismes durant la décennie 1990-2000. La zone est du reste classée 4 sur l’échelle indienne du risque sismique, qui compte cinq niveaux. « Tous les systèmes de sécurité de nos centrales seront révisés », a assuré le Premier ministre Manmohan Singh, qui n’a toutefois pas convaincu l’écologiste (et ancien bureaucrate) Emani Sarma, cité par L’Express et selon lequel il ne s’agit que d’« un effet d’annonce destiné à rassurer une population très préoccupée ». Les perspectives économiques considérables du marché nucléaire indien – qui pourrait représenter près de soixante-huit mille mégawatts (MW) à l’horizon 2032 et ainsi peser cent milliards d’euros – sèment en effet le doute, et si l’on en croit M. Sarma « l’autorité chargée de contrôler les activités du Département de l’énergie atomique est tout simplement subordonnée à ce dernier ».

L’annonce d’une évaluation complète par le Premier ministre russe Vladimir Poutine, qui a accordé un délai d’un mois à l’administration pour mener cette étude à bien, devrait elle aussi être rapidement suspectée, même si aucune centrale nucléaire du pays n’a été bâtie sur une zone sismique.

Les six centrales atomiques espagnoles seront contrôlées, tandis qu’Angela Merkel a opéré un 180 degrés en annonçant hier un moratoire de trois mois de l’activité des sept réacteurs allemands mis en service avant 1980 et en ayant suspendu la veille (également pour trois mois) l’accord de prolongation de la durée de vie des centrales du pays. Les autorités suisses avaient fait de même un peu plus tôt et leurs homologues chinoises ont annoncé il y a quelques heures des inspections généralisées ainsi que la suspension de toute approbation des projets de construction.

Le député socialiste du Doubs Pierre Moscovici n’en doute pas : « il y aura un avant et un après Fukushima », et « le fait que les pires scénarios prévus par les ingénieurs japonais aient été dépassés ne peut pas être sans conséquence ». À Fukushima 1 quatre réacteurs sont en ce moment en très grande difficulté, ce qu’aucun expert n’a effectivement pu prévoir, et la menace d’un cataclysme atomique sans précédent n’a jamais été aussi forte. Partant de là des discussions sur la sécurité nucléaire partout dans les pays concernés seraient tout sauf superflues.

Crédits photos : Wikimedia Commons – Remi Jouan / SeeSchloss / Kirill Fedchenko
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  • jf

    Cela reste la moindre des choses qu’il y ai des inspections dans toutes les centrales nucléaires !