La hausse spectaculaire du nombre de climatiseurs dans les logements et les voitures est sans doute intrinsèquement liée au réchauffement climatique. Elle fait craindre des perspectives énergétiques calamiteuses.
Le gouvernement japonais a invité ses concitoyens à ne pas en abuser afin de s’épargner un blackout plus que probable en période estivale, sachant que seuls deux des cinquante-quatre réacteurs nucléaires nippons sont actuellement opérationnels. Ayant déjà consenti des efforts impressionnants en termes d’économie d’énergie pour des dizaines de millions d’entre eux, « atomophobie » aigue oblige, la vœu de Tokyo a été exaucé.
A l’échelle mondiale, l’air conditionné semble cependant avoir un bel avenir devant lui, les ventes de climatiseurs ayant par exemple augmenté de 13 % l’an passé par rapport à 2010. Y’a-t-il un lien de cause à effet avec le réchauffement climatique ? La communauté scientifique ne s’est pas encore penchée sur la question, mais l’hypothèse est (très) crédible et le secteur peut de toute façon se frotter les mains, les étés étant promis à devenir de plus en plus chauds et secs au fil des années.
Le caractère énergivore des climatiseurs n’en a pas moins de quoi inquiéter vivement les environnementalistes, qui pour la grande majorité d’entre eux ne savent sans doute pas que, rien qu’aux Etats-Unis, pays certes particulièrement glouton en la matière – à lui seul, il consomme plus que la totalité du continent africain –, ces appareils engloutissent entre 25 et 38 milliards de litres d’essence par an ! Les funestes prophéties des climatologues, l’accroissement démographique et le peu d’entrain général à raisonner au-delà des énergies fossiles augurent d’une situation explosive. La consommation mondiale d’énergie pour le refroidissement pourrait ainsi être multipliée par dix à l’horizon 2050.
L’énergie durable risque de ne pas suffire…
Sauf grosse surprise, la Chine aura alors délogé l’Oncle Sam – c’est prévu pour 2020 -, qui est actuellement le plus grand utilisateur mondial d’électricité pour l’air conditionné et qui comptait environ cent millions de foyers équipés d’un climatiseur en 2009 (soixante-quatre en 1993). L’impact climatique global des bâtiments et des véhicules, aujourd’hui de l’ordre d’un demi-milliard de tonnes métriques de dioxyde de carbone (CO2) par an, devrait quant à lui grimper en flèche. Autre chiffre ahurissant… et effrayant au regard des avertissements répétés des scientifiques à l’endroit des décideurs pour réduire les émissions de gaz à effet de serre : la consommation mondiale pour le refroidissement pourrait croître de dix milliards de kilowattheures (KWh) chaque année. Last but not least, en Arabie Saoudite, la popularité des climatiseurs est telle qu’il n’est pas exclu qu’à cause d’eux, le pays consomme plus de pétrole qu’il n’en importe d’ici quinze ans.
Un demi-siècle de construction sur le modèle du refroidissement réfrigéré ont laissé les pays industrialisés avec des maisons et des bureaux dans lesquels la ventilation naturelle est souvent impossible ou inefficace. Pour autant, l’ère de la climatisation est de toute évidence loin d’être terminée. Les énergies renouvelables, elles, gagneront du terrain à mesure que les ressources fossiles s’épuiseront. L’Agence internationale de l’Energie (AIE) évoque même une production internationale d’électricité « propre » multipliée par six à l’horizon 2050. Mais si d’aventure sa prédiction devait se réaliser, les technologies vertes ne seraient en mesure d’honorer « que » les trois quarts de la demande planétaire. Une demande promise, on l’a vu, à exploser. Du pain béni probable pour l’énergie nucléaire.
L’amélioration de l’efficacité énergétique des équipements de climatisation n’y changerait finalement pas grand-chose : seule une « révolution naturelle » – et donc culturelle – dans le bâtiment pourrait permettre d’éviter un crash énergétique dont nous sommes peu nombreux à avoir conscience…
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