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La pêche en eau douce mérite un plan d’action international

La pêche en eau douce mérite un plan d'action international
Treize millions de tonnes de poisson sont officiellement pêchées chaque année dans les rivières et les fleuves et alimentent une grande partie de la population mondiale. Préserver les réserves d'eau douce est désormais aussi vital pour l'Homme que pour l'environnement

Une conférence capitale sur la biodiversité se tient actuellement et jusqu’à vendredi à Nagoya (Japon). Ce sommet est aussi l’occasion d’alerter les Etats sur les répercussions que pourrait avoir une exploitation non maîtrisée des réserves d’eau douce. Les auteurs d’un rapport publié vendredi dernier par les Nations Unies estiment en tout cas qu’elles méritent au moins autant d’attention que les ressources maritimes.

Base de l’alimentation d’une partie de la population mondiale, la pêche continentale emploie actuellement près de 60 millions de personnes à travers le monde. Tout en étant le pivot de l’économie d’un grand nombre de pays, l’exploitation des ressources des lacs, rivières, fleuves et autres réserves naturelles d’eau douce met cependant en danger les écosystèmes concernés. Pour endiguer les menaces, le rapport publié par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) préconise de réguler au plus vite la pêche en eau douce, sachant que l’Homme et l’environnement pourraient bientôt – d’ici une quarantaine d’années si l’on en croit les auteurs de l’étude – pâtir d’une exploitation non maîtrisée des ressources aquatiques.

« Des études poussées, notamment au Bangladesh, ont montré que la consommation quotidienne de petits poissons constitue 40% des apports journaliers de vitamine A et 31% de calcium des ménages », rapporte le PNUE. Son directeur Achim Steiner a de son côté souligné la nécessité d’accorder à la pêche continentale une surveillance aussi accrue que celle dont bénéficie la pêche maritime, « parce qu’environ cent millions de personnes en Afrique trouvent une importante part des apports quotidiens en protéines et minéraux nécessaires à leur survie dans ces sources intérieures ». « Dans le même temps, des estimations non officielles prétendent que ces pêches représentent 30 millions de tonnes par an, ce qui est comparable au chiffre officiel des pêches en mer », a-t-il ajouté. Ces données chiffrées justifient en effet que la pêche en eau douce ne soit pas la grande laissée-pour-compte des mesures internationales visant à protéger les ressources halieutiques.

Les pays en développement (PED), où elle est essentielle à l’alimentation et à l’économie, sont une fois de plus les premiers touchés. La région du bassin inférieure du Mékong procure par exemple l’essentiel de l’apport en protéines et en vitamines de 22 millions de personnes au Cambodge et au Laos, les récoltes de poissons y étant de l’ordre de deux millions de tonnes par an.

Des écosystèmes en danger

Changement climatique et variations des périodes de crues saisonnières, assèchement des réserves, implantation de barrages, pratiques agricoles non respectueuses de l’environnement… : tous ces facteurs constituent des menaces pour la pêche et sont susceptibles de provoquer la disparition des habitats naturels des poissons. L’urbanisation, la construction de routes, la pollution ou encore le rejet des eaux usées dans les fleuves sont aussi de nature à favoriser la diminution voire l’extinction des stocks. Or les poissons qui peuplent les eaux douces sont des maillons essentiels de l’écosystème des milieux dont ils sont extraits dans la mesure où ils consomment du plancton, des plantes aquatiques et d’autres petits poissons. Les nutriments et la matière organique qui émanent des oeufs, des excrétions ou des carcasses de poisson participent en outre – entre autres – à la croissance de nombreux organismes comme les algues et les larves d’insectes.

Dans le lac Mendota (Etats-Unis), la mortalité accrue du poisson Cisco (ou « hareng de lac ») aurait déjà entraîné une modification de la composition du plancton, une diminution de la présence de nutriments dans l’eau ainsi qu’un déclin de la biomasse des algues. Dans le lac Malawi et dans le fleuve Niger, les filets sont par ailleurs de moins en moins fournis, la faute à la surpêche et à la dégradation de l’environnement dans le premier cas, à la construction d’un barrage et à la sécheresse dans le second, ce qui montre que la combinaison des facteurs aggrave encore la détérioration des conditions de pêche.

A noter également que dans le Yang-tsé-Kiang, la pollution liée aux 25 milliards de tonnes d’eaux usées rejetées dans la rivière menace d’extinction plusieurs espèces de poisson, dont l’esturgeon.

La préservation des stocks de poissons passe donc par une prise en compte de tous ces risques dans les politiques de développement des Etats. Le rapport mentionne à ce titre les initiatives responsables prises par certains pays comme le Vietnam, qui a lancé la construction d’un barrage respectueux de l’environnement dans le bassin de la rivière Vu Gia-Thu Ban. C’est d’une façon générale une approche « écosystémique » qui est préconisée. La création de ce mot-valise témoigne de l’importance d’abandonner pour de bon le laisser-faire. Les poissons, qu’ils soient de mer ou d’eau douce, sont beaucoup trop importants pour rester les bras ballants.

Crédit photo : Flickr – notsogoodphotography / AnnieGreenSprings
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