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Fessenheim : L’ASN se prononce pour une prolongation de dix ans de la durée de vie du réacteur 1

Fessenheim : L'ASN se prononce pour une prolongation de dix ans de la durée de vie du réacteur 1
Le réacteur 1 de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) a été jugé « apte à être exploité » par l'ASN, laquelle a formulé des prescriptions qui ne contentent cependant pas les écologistes

Officialisée tout à l’heure, la décision de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) est un revers majeur pour les anti-nucléaires français, suisses et allemands.

Nos confrères du Figaro étaient bien informés, eux qui avaient annoncé il y a une dizaine de jours, alors que le collège de l’ASN était encore officiellement en train d’examiner le dossier, que la turbine en question allait voir ses activités reconduites pour une décennie.

Le réacteur « est apte à être exploité [...] à condition de respecter un certain nombre de prescriptions », a corroboré le président de l’Autorité André-Claude Lacoste. Parmi ces recommandations, qui ne consoleront assurément pas les défenseurs de l’environnement et dont il n’est pas certain qu’EDF les juge assez rentables pour en tenir compte,  le renforcement d’ici au 30 juin 2013 de la dalle de béton sur laquelle il a été construit. Un réaménagement plus que nécessaire dans la mesure où elle est, de l’aveu même de l’électricien, la plus fine de tout le parc nucléaire français.

L’accident de Fukushima 1 (Japon), avec ses innombrables et incommensurables conséquences, la fronde des écologistes, la multiplication des manifestations ces dernières semaines (la dernière le 26 juin dernier) mais aussi les injonctions d’élus alsaciens, allemands et suisses n’y ont donc rien changé : doyenne du parc nucléaire français, construite en 1977 sur une zone sismique et en fait objet de polémiques avant même son entrée en service, la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) résiste décidément à toutes les controverses. Et si le verdict de l’ASN équivaut à un « avis » donné à un gouvernement et qu’elle n’est à ce titre pas la seule à statuer, on voit mal ce dernier aller à l’encontre de ses conclusions. À plus forte raison vu les signaux envoyés depuis le drame nippon. En cours d’évaluation, le réacteur 2 a par ailleurs lui aussi de fortes chances de donner satisfaction.

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« Comme si Fukushima n’avait pas eu lieu »

« Comme si Fukushima n’avait pas eu lieu, l’ASN ne tient pas compte de la décision collégiale de la Commission européenne de mettre en place des critères européens de « stress tests », ont estimé Eva Joly et l’eurodéputé Yannick Jadot (EELV) dans un communiqué commun. « Nous critiquions déjà la rigueur des tests de résistance européns, ne prenant pas en compte les risques liés aux attaques terroristes, et les chutes jutes d’avion… mais l’ASN n’a de toute façon pas attendu leur mise en place pour tirer ses propres conclusions », ont-ils ajouté.

« Ayant travaillé dans le détail sur le dossier de la centrale de Fessenheim en qualité d’avocate, je suis scandalisée des risques qui ont été pris l’exploitant avec la bénédiction de l’ASN. Interrogé sur le risque sismique pour lequel l’Autorité a tranché en faveur d’EDF contre l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), son président M. Lacoste a répondu : « on va tout revisiter. En matière sismique, il y a des chapelles de spécialistes qui se battent avec furie. En l’occurrence, en 2003, j’ai tranché de façon que l’on arrive à une évaluation raisonnable du risque. Je n’ai strictement aucune regret [...] » Le refus d’investir les sommes qui auraient été nécessaires pour répondre aux normes édictées en 2000 témoigne de la prise de risques de manière délibérée, tant par le ministre que par l’exploitant et par l’ASN », a pour sa part asséné Corinne Lepage, présidente de Cap21, dans son dernier ouvrage intitulé La vérité sur le nucléaire, le choix interdit. Son témoignage est révélateur du caractère trouble des expertises conduites par les autorités habilitées à trancher sur l’avenir de l’unité haut-rhinoise, déjà théâtre de plusieurs incidents ces dernières années et qui, vu le contexte actuel, apparaît aux yeux des adversaires de l’atome comme une menace plus que sérieuse.

Ouvertement soutenu par l’Élysée, le lobby du nucléaire a pris depuis longtemps la mesure du camp adverse, arguant pèle-mêle de la sûreté globale des centrales françaises, de la rigueur des évaluations dont elles font l’objet, des faibles quantités de dioxyde de carbone émises en comparaison des centrales au charbon et des difficultés techniques et logistiques à compenser la perte de production électrique que génèrerait la fermeture de la centrale de Fessenheim.

Promise à déclencher une volée de bois vert également chez nos voisins, bien qu’elle ne soit au mieux qu’une demi-surprise et que les détracteurs de l’atome aient eu le temps de s’y préparer, la décision de l’ASN intervient alors qu’un incendie s’est déclaré ce week-end sur la centrale du Tricastin (Drôme/Vaucluse) à la suite de l’explosion d’un transformateur et alors que la celle de Paluel (Seine-Maritime) connaît une série de ratés.

Des incidents qui montrent que le mythe de l’invulnérabilité des centrales nucléaires françaises est définitivement écorné. À défaut de mettre à mal la pratique de l’auto-évaluation et de donner le sentiment que la catastrophe de Fukushima 1 a généré en amont des bouleversements majeurs dans nos frontières.

Crédits photos : Wikimedia Commons – Florival fr / flickr - sortirdunucleaire
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  • daniel d

    Les décisions sont déjà prises et on sait lesquelles, tout le reste est de la poudre aux yeux.

  • marieb

    il faudra attendre la première catastrophe en France avant que les choses changent réellement

  • visiteur

    Vertigo

    Ces nuages… ces merveilleux nuages
    Qui passent… au dessus de moi
    Savez-vous d’où ils proviennent ?
    De Fukushima…ou de Fessenheim ?

    A y regarder de près, il y a un problème de matière grise.
    Et la bêtise me dis-je, est-elle vraiment inoffensive ? Dans quelle mesure ? Il n’y a pas de mesure.
    Grâce à la bêtise nous avons enfin accès à la vraie démesure.

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/07/vertigo/