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Nucléaire : vers un démantèlement progressif des centrales suisses à partir de 2019

Nucléaire : vers un démantèlement progressif des centrales suisses à partir de 2019

Berne a officiellement emboîté le pas de Berlin hier. « Les centrales nucléaires actuelles seront mises à l’arrêt à la fin de leur durée d’exploitation et ne seront pas remplacées », a fait savoir le conseil fédéral.

Mêmes motifs, même décision. Dans le sillage de l’accident de la centrale de Fukushima 1 (Japon), la Confédération helvétique avait devancé l’Allemagne de quelques heures en instaurant un moratoire sur les projets de renouvellement de ses centrales. Le 15 mars dernier, soit quatre jours après le tremblement de terre et le tsunami au Japon, Angela Merkel, elle, s’est prononcée pour une suspension de trois mois des activités des sept réacteurs nucléaires allemands mis en service avant 1980.

Et puis, alors que les Grünen s’envolaient dans les sondages et que des manifestations d’« anti-atom » rassemblaient plusieurs dizaines de milliers de personnes un peu partout de l’autre côté du Rhin, Berlin a pris une décision historique début avril en annonçant une sortie progressive du nucléaire à compter de 2020. Il est davantage question d’un abandon piano à partir de 2022 depuis ce week-end mais tout de même : il s’agit là d’un cas d’école de rétropédalage, la chancelière ayant décrété une prolongation de la durée de vie des centrales atomiques pas plus tard qu’en fin d’année dernière.

La catastrophe nippone et la contestation populaire l’ont fait plier comme elles ont fait plier les autorités suisses, vraisemblablement marquées par les manifestations de ces dernières semaines et qui ont à leur tour opté pour une refonte en profondeur de leur politique énergétique.

Après l’Allemagne et l’Italie, où le programme nucléaire, qui devait originellement être relancé cette année, est en coma artificiel depuis 1987, la Suisse est le troisième pays frontalier de la France à prendre ses distances voire à renoncer à l’atome. Il pourrait bientôt y en avoir un quatrième, l’Espagne, sur laquelle souffle actuellement un fort vent de révolte et où les adversaires du nucléaire commencent eux aussi à donner de la voix.

En attendant, il est désormais très probable que les cinq réacteurs atomiques suisses cesseront à terme de produire de l’électricité au profit notamment des énergies renouvelables. Une impulsion particulière devrait être donnée au photovoltaïque, objet d’une belle publicité via les exploits répétés du Solar Impulse. On sait par ailleurs depuis la semaine dernière que quarante-huit mille mètres carrés de panneaux solaires viendront surplomber le centre des congrès « Palexpo » de Genève pour une production annuelle de quatre mille deux cents mégawattheures (MWH) à partir de 2012, ce qui fera de cette structure, qui accueille notamment un salon automobile de renommée mondiale en mars, la plus puissante centrale photovoltaïque en toiture de Suisse. Les responsables économiques du pays, eux, ont dans le même temps été invités à réduire leur consommation énergétique.

la suisse met à l arrêt ses centrales nucléaires

« Un pas dans la bonne direction »

Ce changement de cap, « techniquement possible et supportable du point de vue économique » aux dires du gouvernement, a été jugé « peu sérieux » par la fédération des entreprises helvètes Economie.suisse, qui a enjoint le Parlement à « trouver une solution acceptable pour l’économie et à corriger cette décision irresponsable ». Le son de cloche est bien sûr tout différent du côté de l’Alliance contre les nouvelles centrales nucléaires, laquelle regroupe des associations de protection de l’environnement et des partis de gauche et a appelé les députés à la valider.

« Nous voulions donner un signal politique clair. Ce scénario est un pas dans la bonne direction », a commenté la ministre de l’Environnement Doris Leuthard, qui a également souligné que « l’énergie nucléaire est devenue plus chère ces dernières années » en raison entre autres des investissements liés à la sécurité et au rééquipement des centrales.

À moins que les parlementaires ne suivent pas les recommandations de Berne, qui a aussi plaidé pour un « développement de la force hydraulique » et n’a exclu ni les importations d’électricité ni « la production d’électricité à base de combustible fossile » (sans pour autant remettre en cause « les objectifs [...] fixés en matière de politique climatique »), la centrale de Beznau I sera découplée du réseau en 2019, celles de Beznau II et de Mühleberg en 2022, celle de Gösgen sept ans plus tard et celle de Leibstadt en 2034. Une décision finale est attendue pour mi-juin. D’ici là, les deux camps vont devoir lobbyiser à tout va pour obtenir gain de cause.

Le conseil fédéral a cependant le contexte et la tradition – le Parlement avalise généralement ses directives – avec lui et de solides arguments à faire valoir, en particulier le vieillissement du parc nucléaire européen, qui devra être remplacé, d’où selon lui une augmentation des prix de l’électricité sur tout le Vieux Continent qui « atténuera les conséquences d’une sortie ordonnée de l’énergie nucléaire en Suisse ». D’après les premières estimations, « les coûts liés à la restructuration du parc énergétique, à la construction de nouvelles installations et aux mesures visant à faire baisser la demande d’électricité représenteraient en outre entre 0,4 et 0,7 % du Produit intérieur brut (PIB) », rapportent nos confrères de l’AFP.

Un pourcentage raisonnable pour une décision qui, si les députés choisissent d’y souscrire, sera tout sauf neutre.

Crédits photos : Wikimedia Commons – Roland Zumbühl
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  • visiteur

    La Suisse en avant toute!!