NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Japon : de six à neuf mois pour reprendre le contrôle de la centrale de Fukushima

Japon : de six à neuf mois pour reprendre le contrôle de la centrale de Fukushima

L’exploitant TEPCO (Tokyo Electric Power COmpany) a présenté ce week-end un calendrier de sortie de crise peu optimiste.

Le ton a définitivement changé. Critiqué de concert par le gouvernement, la population et certaines associations pour sa communication, parfois accusé de minimiser la situation voire de rétention d’informations, l’opérateur joue désormais la carte de la transparence.

« Nous estimons qu’il faudra environ trois mois pour faire en sorte que le niveau de radiations commence à baisser [...] Après avoir achevé cette première étape, il faudra encore trois à six mois avant que nous puissions réduire les fuites radioactives à un niveau très bas », a expliqué sans détour le président de son conseil d’administration Tsunehisa Katsumata, la finalité étant d’obtenir « l’arrêt à froid » des réacteurs, c’est-à-dire de ramener la pression et la température du liquide de refroidissement à des seuils proches de la normale. Une estimation qui fait d’autant plus froid dans le dos que les déversements d’azote pourraient ne pas suffire à écarter la menace de nouvelles fumées ou d’explosions d’hydrogène sur le site de la centrale, sans parler de celle de nouvelles secousses telluriques, étant entendu que plus de quatre cents répliques (!) ont déjà été enregistrées depuis le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars dernier.

La contamination chronique de nombreuses denrées alimentaires et de nouvelles fuites radioactives (volontaires ou non) dans l’océan Pacifique, elles, semblent inévitables. Les autorités nippones pourraient par ailleurs envisager un nouvel élargissement du périmètre de sécurité, une semaine après avoir ordonné l’évacuation de localités dans cinq préfectures situées à l’extérieur du premier rayon de vingt kilomètres qui avait été déterminé dans la foulée de l’accident.

« Nous espérons refroidir les réacteurs et les bassins de stockage du combustible usé de façon complète et stable », a également indiqué M. Katsumata, qui pour ce faire a évoqué soit la relance des circuits de refroidissements classiques – pour l’heure impossible compte-tenu de la présence sur le site de soixante mille tonnes d’eau hautement radioactive qui bloquent l’accès aux bâtiments – , soit la construction d’un circuit parallèle à l’extérieur des réacteurs. Rappelons que, pour l’heure, les ouvriers n’ont d’autre choix que d’injecter des quantités astronomiques d’eau douce dans les réacteurs pour les refroidir, ce qui provoque aussi des inondations dans les galeries souterraines et par extension dans l’océan voisin.

Des dédommagements colossaux

Les opérations de décontamination des eaux débuteront en juin et celles-ci seront stockées dans des cuves, des barges et une plate-forme maritime. Alors que le vice-président de TEPCO Sakae Muto a fait état hier de fuites autour de l’enceinte de confinement du réacteur 2, les structures des réacteurs 1, 3 et 4 pourraient enfin être consolidées, peut-être avec du béton, d’ici six à neuf mois.

Insuffisamment prévoyant, l’opérateur aura payé très cher – et des centaines de milliers de Japonais avec lui – le prix de son inconséquence. Qualifié de « première priorité » par l’impopulaire Premier ministre Naoto Kan, le retour à la normale ne sera donc pas pour tout de suite, de même que celui des résidents évacués, qui pourrait aux dires du ministre du Commerce Banri Kaïeda être effectif d’ici six à neuf mois (NDLR : M. Katsumata, lui, a concédé ne pas savoir avec certitude quand lesdits habitants recevront l’autorisation de revenir chez eux).

Entretemps, TEPCO aura peut-être mis la clef sous la porte. Une première indemnité d’un million de yens (environ huit mille trois cents euros) va être versée à chaque ménage contraint de plier bagage ou de rester terré chez lui en raison des émissions radioactives, a indiqué l’entreprise vendredi, qui a aussi évoqué une indemnité de sept cent cinquante mille yens (six mille trois cents euros) pour les personnes vivant seules. D’après les calculs de plusieurs de nos confrères japonais, quelque quarante-huit mille foyers seraient concernés par ces dédommagements dont le montant a été fixé par le gouvernement. Ils s’ajoutent aux coûts liés aux opérations de rétablissement de la situation sur la centrale et sont susceptibles de s’avérer trop lourds pour TEPCO.

De fait, sa responsabilité pourrait au bout du compte être plafonnée entre deux mille et trois mille huit cents milliards de yens (de dix-sept et trente-deux milliards d’euros) et la création d’un fonds d’aide mutuelle n’est pas à exclure, ce qui signifie que d’autres entreprises spécialisées dans le nucléaire mettraient la main à la pâte. Ni les dirigeants de TEPCO ni les pouvoirs publics, qui considèrent tout de même que l’opérateur doit être considéré comme le premier responsable face aux demandes de réparation, n’ont encore confirmé ces dispositions, pas plus que la nationalisation de l’exploitant ou son démantèlement partiel (NDLR : auquel cas il serait placé sous le contrôle de l’État, mis en faillite puis restructuré), pistes évoquées par plusieurs médias nippons ces derniers jours. Ça n’empêche qu’on voit mal comment TEPCO pourrait payer seul la facture.

Crédits photos : Kim Kyung-Hoon - Reuters / Koji Sasahara - Associated Press
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !