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The cove : l’horreur dès le début, le sang a la fin

The cove : l'horreur dès le début, le sang a la fin
Récompensé aux Oscars, le documentaire « The Cove » est consacré à un massacre méconnu, celui des dauphins de la baie de Taji

Il y a des réalités qui claquent et mettent particulièrement mal à l’aise. La barbarie dont l’homme ne sait que trop bien faire preuve vis-à-vis de certains animaux en est une. L’ONG Sea Shepherd a dédié son documentaire Sharkwater à la pêche aux requins . The Cove, La baie de la honte éclaire avec pudeur et panache sur des exactions moins connues, celles dont sont victimes les dauphins dans le sud-ouest du Japon.

Sorti au cinéma en septembre dernier, cet opus d’investigation et d’émotions a été récompensé de l’Oscar du meilleur documentaire, dure une heure et trente-quatre minutes et se regarde d’un oeil attentif. Sans rien montrer de rouge vif jusqu’à une dizaine de minutes de son terme il donne la nausée et induit la révolte. C’était ce que voulait Louie Psyihoyos, pas cinéaste ni scénariste, juste militant d’Ocean Preservation Society avide de dénoncer avec le moins de trash possible la réalité sans fard de la baie de Taji (Japon) dans laquelle des milliers de dauphins sont pris au piège chaque année. Les plus beaux sont capturés et finissent saltimbanques, les autres ne sont pas rejetés en mer mais déplacés dans un baie voisine à l’abri des regards pour être abattus puis vendus. Triste réalité donc mais hélas efficacement bâillonnée et de fait fort peu médiatisée.

Dresseur en rédemption

Louie Psyihoyos a toutefois réussi son coup, bien aidé par un commando d’élite constitué d’anciens militaires, de cadreurs et de preneurs de son sous-marins, d’océanographes, de plongeurs en apnée et de spécialistes d’effets spéciaux. Suréquipée, la dream team du camouflage a affronté l’hostilité des pêcheurs et de la police locale et est parvenue à voler quelques séquences d’un bain de sang sur lequel ses auteurs ne veulent surtout pas s’appesantir. On peut maintenant s’en faire une idée plus précise, et le fait est qu’il faut tout de même le voir pour le croire.

Des extraits de la mythique série Flipper, dont le touchant Ric O’Barry a été le dresseur et le soigneur et est le mentor du projet The Cove, ajoutent à la colère. Cela aussi, c’était voulu. « Je suis un peu responsable de tout cela. J’ai passé dix ans à construire cette industrie et trente-cinq à essayer de la détruire », confesse-t-il. C’est que depuis les années 1960 les parcs aquatiques se sont multipliés, entraînant une chasse aux meilleurs éléments qui est allée de pair avec le dépeçage des proclamés moins bons.

Les dauphins sont des animaux magnifiques et intelligents, majestueux dans l’océan et virevoltants dans les parcs d’attraction. Cela aussi il fallait le rappeler, pour que ne soit pas minimisée l’inique cruauté nippone, fil d’Ariane déroulé grâce à des témoignages déroutants d’indifférence et de méconnaissance, laquelle débouche sur la distribution dans les supermarchés de Tokyo et d’ailleurs d’une viande qui n’a rien d’indispensable au bien-être de l’homme, bien au contraire…

« Où avez-vous eu ça ? »

Pour les défenseurs de l’environnement c’est une aberration, pour les acteurs de cette entreprise sordide ça semble un boulot comme un autre. Aucune trace d’émotion sur les visages filmés de loin par les tueurs, des gestes assurés et éprouvés en revanche, une forme de méticulosité dans la sauvagerie et un homme qui fume tranquillement une cigarette sans un regard pour cette mare de sang dont on ne jurerait pas que son odeur le révulse. Et puis la musique devient grave, et aux vexations bâtonnées cèdent de nouveau la place à des images de dauphins qui sortent de l’eau dans un mélange singulier d’élégance et de puissance. Et puis le visage d’un officiel japonais se durcit à la vue de l’horreur. « Où avez-vous eu ça ? », demande-t-il, apparemment surpris que l’expédition US, elle, ait pu passer entre les mailles du filet.

Parce qu’il ne suffit pas de crier M. O’Barry confirme qu’il est aujourd’hui un septuagénaire repenti en déboulant dans une réunion officielle de ces décideurs qui décident mal, un écran sanglé sur le ventre pour leur jeter l’implacable réalité à la face.

Compte tenu des intérêts en jeu on voit mal comment ce massacre pourrait être arrêté mais désormais le monde sait et les choses commencent à bouger au Japon. Après des annulations de projection une vingtaine de cinémas ont accepté de diffuser le film qui dérange et les groupes nationalistes commencent à se casser les dents sur la liberté d’expression. Ils sont à peu près les seuls à penser que cette vérité-là n’est pas bonne à dire.

Crédit photo : OPS
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