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Cancun : douze jours pour faire mieux qu’à Copenhague (1/2)

Cancun : douze jours pour faire mieux qu'à Copenhague (1/2)
Critiquées pour leur trop grande fermeté à Copenhague, les autorités indiennes paraissent désormais davantage disposées au dialogue

Le sommet de Cancún (Mexique) débute aujourd’hui. La perspective d’un dépassement du Protocole de Kyoto s’est peu à peu éloignée au fil de mois mais des avancées significatives demeurent envisageables. L’Inde et l’Union Européenne (UE) semblent en tout cas déterminées à faire triompher l’intérêt général.

Cette fois nous y sommes. Particulièrement attendu – et redouté étant donné les énormes désillusions qui ont fait suite aux derniers « États généraux » internationaux sur le climat – , à plus forte raison depuis qu’on a appris que les rejets mondiaux de dioxyde de carbone devraient de nouveau augmenté cette année, ce sommet sera, à la différence de son prédécesseur danois, privé de la présence des chefs d’État. Ce qui ne veut surtout pas dire que la lutte contre la hausse des températures n’est plus une priorité de la communauté internationale.

L’an passé à la même époque, le monde attendait un accord fort. Las ! La réunion de Copenhague (Danemark) a accouché dans la douleur d’un accord flou, sans assise juridique, signé à reculons par la plupart des pays – certains, dont l’Inde et la Chine, ne l’ayant approuvé que début 2010, essentiellement pour ne pas être accusés d’être les brebis galeuses du dérèglement climatique – et unanimement jugé décevant par les défenseurs de l’environnement. Ce catalogue de bonnes intentions si éloigné des attentes de l’opinion publique internationale peut-il néanmoins constituer une base pour les conférences à venir ou faut-il au contraire tout remettre à plat ?

L’UE parlera-t-elle d’une seule voix ?

Capitale, cette question est revenue tout au long de l’année, et malgré son absence de consistance les principes énoncés dans ledit accord vont tout de même orienter les tractations dans la station balnéaire mexicaine. Préciser ses « dogmes », et en particulier mieux définir l’aide financière allouée aux pays du Sud pour que ceux-ci, les plus exposés, supportent mieux la montée des températures, sont toutefois deux impératifs.

Réunis lors de la rencontre alternative de Cochabamba (Bolivie) en avril dernier, quelques-uns de ces « sans-grade » demandeurs de technologies « propres » ont à cette occasion exprimé leur ras-le-bol devant ce problématique paradoxe : les principaux émetteurs de gaz à effet de serre (GES), nonobstant leur responsabilité historique, notion qui complique singulièrement les négociations depuis trop longtemps, fixent le cap. Et de réclamer de concert une meilleure prise en considération de leurs intérêts, laquelle est pour ainsi dire indispensable sous peine d’aller dans le mur pour la deuxième fois en un an. Il serait cependant fort étonnant que les délégations s’accordent sur la création d’un tribunal international habilité à juger les crimes contre l’environnement, l’une des revendications les plus marquantes des nations sud-américaines.

L’hypothèse d’une UE faisant bloc, encline à satisfaire quelques-uns des desiderata des PED et affranchie des querelles internes, est en revanche très plausible, à plus forte raison depuis que le Parlement européen a adopté une position commune. Appelés au bon sens et à être ambitieux par l’institution, les négociateurs continentaux vont devoir s’employer à ne parler que d’une seule voix, d’aucuns diraient à montrer l’exemple, même si « l’Union ne pèse pas encore du même poids en termes politiques face aux États-Unis ou à la Chine », comme l’a reconnu l’ambassadeur français chargé des négociations sur le climat Brice Lalonde.

De fait il est clair que son implication ne peut suffire, seule, à faire du sommet de Cancún la réussite espérée en bas-lieu.

L’Inde change d’approche

Manifestement moins intransigeante qu’à Copenhague, où elle conditionnait sa bonne volonté en matière de réduction des rejets carbone aux efforts des pays occidentaux – en vertu de la responsabilité historique précitée – , plus consciente des bénéfices qu’elle pourrait tirer d’une croissance verte, l’Inde a de son côté d’ores et déjà fait des propositions.

« (Dans le passé) l’Inde a été perçue comme irascible et faisant de l’obstruction [...] J’aimerais penser que cette perception est différente à présent », a déclaré sans langue de bois son charismatique ministre de l’Environnement Jairam Ramesh, qui dans un entretien accordé à nos confrères du Guardian a récemment dénoncé l’impact écologique du modèle américain et a appelé son pays à ne pas marcher sur ses traces.

New Delhi, qui vient aussi de donner son agrément à la création d’instances juridiques nationales pour juger les délits écologiques, a proposé un nouveau cadre dans lequel les pays signifieraient eux-mêmes leurs émissions à la CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique), laquelle examinerait et évaluerait leurs informations (objectifs et prévisions) mais n’aurait pas la possibilité d’infliger de sanctions aux fortes têtes, ce qui laisse supposer que les engagements paraphés sur la côte caribéenne ne seraient toujours pas contraignants.

Le dénouement du sommet de Copenhague et celui de toutes les réunions qui se sont déroulées cette année ont toutefois donné du crédit à une stratégie globale par petites touches, par conséquent la « méthode indienne » pourrait faire florès, d’autant que celle-ci préconise également une libération des financements et des technologies pour les pays pauvres. Des projets ambitieux et bien précis ont été évoqués, ainsi la construction de nouveaux systèmes d’irrigation, le déplacement de récoltes menacées ou affectées par la sécheresse et l’édification de digues pour lutter contre la montée des eaux, sachant qu’il faudra là encore, en cas d’approbation de principe, quantifier la contribution de chacun.

Désormais volontaire, l’Inde n’a cependant pas plus que l’UE la puissance diplomatique suffisante pour emporter la décision. Au contraire de la Chine et des États-Unis, les deux plus gros pollueurs de la planète, dont l’opposition idéologique sur la question climatique est malheureusement incontournable.

Reste qu’en ce premier jour de discussions, on peut encore croire que l’urgence environnementale primera et les fera au bout du compte lâcher le lest nécessaire. Ce serait une divine surprise.

Crédits photos : Flickr – Rajkumar1220 / Christian Haugen / Marcelo Gonçalves
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