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Brésil : vers un changement dans la continuité

Brésil : vers un changement dans la continuité
Marina Silva peut sourire et brandir le poing. En obtenant plus de 19 % des suffrages exprimés, la candidate écologiste a créé la surprise d'un scrutin présidentiel que de nombreux sondages prédisaient remporté dès le premier tour par Dilma Rousseff

De nombreux sondages la donnaient gagnante dès le premier tour mais la candidate travailliste à l’élection présidentielle Dilma Rousseff n’a au bout du compte obtenu « que » 46, 5 % des voix. Un score néanmoins très probablement suffisant pour succéder à Luiz Inacio Lula da Silva.

Tout indique que le charismatique chef de l’exécutif brésilien parviendra dans un peu moins d’un mois à imposer à son peuple la personnalité politique qu’il souhaitait voir lui succéder. Il y aura certes un deuxième tour, sa dauphine travailliste Mme Rousseff n’ayant in fine pas obtenu la majorité absolue, mais les jeux sont aujourd’hui quasiments faits. Car avec 46,5 % des suffrages exprimés obtenus au premier « round », on voit mal la dauphine ne pas succéder le 31 octobre prochain à celui que le très sérieux Time a désigné dirigeant le plus influent du monde.

La surprise Marina Silva

Le social-démocrate José Serra a fait mieux que se défendre en obtenant 32,6 % des voix mais il n’est pas exclu que la candidate du Parti Vert Marina Silva, qui a déjoué tous les pronostics en séduisant 19,3 % des électeurs, soit près de six points de plus que ce que prédisaient les derniers dondages, appellera à voter pour Mme Roussef. L’ancien ministre de la Justice et haut responsable du Parti des Travailleurs Tarso Genro, selon lequel Mme Silva a « plus d’affinités avec le projet présenté par le président Lula et Dilma », en est en tout cas convaincu.

En poste depuis 2002, le futur ex chef de l’État peut donc envisager sereinement l’avenir proche : sa poulaine, une économiste de soixante-deux ans qui a sans aucun doute bénéficié de son immense popularité, a de très fortes chances de devenir la première femme à diriger la patrie auriverde, laquelle pourrait être catapultée cinquième puissance économique mondiale en 2016 si elle parvient à maintenir sa spectaculaire croissance. Le remarquable score de Mme Silva, ministre de l’Environnement de 2003 à 2008, ancienne travailliste et ardente défenseur de la forêt amazonienne, a toutefois retardé l’échéance et propulsé la seringueira – elle a grandi dans une communauté de récoltants de caoutchouc – au délectable rang d’arbitre.

Il traduit aussi la méfiance croissante de la population à l’égard des agrocarburants, des cultures génétiquement modifiées et des projets hydroélectriques, « triptyque » auquel la candidate écologiste (et évangéliste) est vivement opposée. En votant pour elle, près d’un cinquième des électeurs Brésiliens ont donc manifesté leurs inquiétudes quant à l’avenir du poumon de la planète et leur désapprobation du très médiatisé projet de barrage de Belo Monte. Rappelons que ledit projet a officiellement été avalisé fin août par M. Lula après bien des rebondissements judiciaires – il a été validé par la justice fédérale après avoir été repoussé par un juge de l’état du Para et malgré l’hostilité de la plupart des communautés indigènes, soutenues entre autres par le réalisateur James Cameron. Le verdissement de l’électorat du pays pourrait néanmoins aboutir à une révision partielle sinon à une mise sous l’éteignoir, surtout si la mobilisation internationale se poursuit, ce qui devrait être le cas.

Quelles perspectives pour le Parti Vert ?

En tête dans la capitale Brasilia avec près de 42 % des voix, Mme Silva a « certainement pris beaucoup de voix à Mme Rousseff sur les classes moyennes, les classes moyennes élevés et les intellectuels », analyse Yves Saint-Geours, ambassadeur de France au Brésil. Son projet a quoi qu’il en soit fédéré plus de dix-neuf millions d’électeurs. Une performance qui a été saluée par les Verts et Europe Écologie, lesquels ont dans un communiqué commun exprimé leur « grande joie » devant cette percée aussi spectaculaire que surprenante et notamment rappelé, allusion à peine voilée au barrage précité, que « le Brésil connaît des problèmes environnementaux ».

La candidate écologiste a ménagé le suspense en déclarant ne pas avoir de « position a priori » et a annoncé que sa décision sera déterminée par le Parti vert lors d’une convention qui se réunira d’ici quinze jours. Celui-ci peut-il s’engager, a minima ou à plein, derrière la grande favorite, qui fait partie d’un camp auquel Mme Silva a tourné le dos pour cause de divergences environnementales profondes ? Choisira-t-il au contraire de rester neutre, ce qui lui ferait perdre ses hypothétiques chances d’intégrer la nouvelle administration ? On imagine le dilemme auquel les écologistes brésiliens sont désormais confrontés.

L’ancienne disciple, « politiquement progressiste et socialement conservatrice » dixit le correspondant régional du Monde Jean-Pierre Langellier, n’était en tout cas pas attendue à pareille fête, elle qui a longtemps plafonné à 10 % dans les intentions de vote. Son score s’explique à la fois par le brio de sa campagne, au cours de laquelle elle a su parfaitement incarner cette fameuse « troisième voie » qui émerge lors de chaque élection présidentielle libre, et donc par l’intérêt croissant des Brésiliens à l’égard des problématiques écologiques.

Promise à accéder au sommet de l’état, Mme Rousseff pourrait, si l’ancienne ministre de l’Environnement devait lui faire la courte échelle, renvoyer l’ascenseur et offrir aux Verts l’un ou l’autre poste haut placé. Les divergences de vues entre les deux femmes sont telles que nous n’en sommes pas encore là mais les Verts n’ont pas d’autre choix que de soutenir la protégée du président pour espérer s’imposer institutionnellement et durablement dans le paysage politique brésilien.

Il est des situations inattendues comme celle-ci où les convictions profondes peuvent passer au second plan pour assurer son avenir politique. À moins de croire en les vertus de la patience et de la cohérence idéologique, ce qui serait tout sauf condamnable.

Crédit photo : Wikimedia Commons – Carmen Abdo
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