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Alice de Brauer, le visage vert de Renault

Alice de Brauer, le visage vert de Renault
Directrice du Plan Environnement de Renault, Alice de Brauer pointe l'urgence climatique comme justification majeure de la politique écologique ambitieuse du constructeur

L’entretien devait durer une heure. Elle nous a consacré le double. Directrice du Plan Environnement de Renault, Alice de Brauer est intarissable. Et captivante.

Alice de Brauer a été élue Femme de l’année 2010 par un jury de journalistes réuni par l’association Les Elles de l’Auto. Une récompense méritée pour celle qui se définit elle-même comme une « environnementaliste » et se dit « fière » de travailler pour Renault, une entreprise qui – elle l’a répété à plusieurs reprises en agrémentant son propos de faits historiques – ne s’est pas contentée de surfer sur la vague verte.

« Ce n’est pas une arrivée en force. Nous avons un passé dans l’innovation, qui n’est pas forcément technologique, et une culture de la responsabilité, peut-être parce que nous n’avons jamais eu beaucoup de moyens. Quoi qu’il en soit, à la base, Renault est une bonne terre », confie-t-elle en arborant un large sourire. Et de préciser : « nous avons toujours été très innovants, par exemple dans le domaine du traitement de l’eau, sur lequel nous nous sommes penchés en interne dès les années 1970. De même nous avons été le premier groupe « ordinaire », c’est-à-dire non spécialisé, à nous intéresser aux conséquences de nos activités sur les sols et les sous-sols ».

Le rôle pionnier de la marque au losange est plutôt méconnu du grand public. Qu’importe Renault n’a pas vocation à rappeler à tout bout de champ les faits d’armes passés, stratégie qui ne ferait qu’attiser les soupçons de greenwashing.

Reste qu’en écoutant disserter cette femme charismatique, on se dit que le fleuron national de l’automobile a fait, continue de faire et fera encore bien plus que ce que le commun des mortels peut imaginer.

« Nous n’avons pas voulu faire de l’écologie une affaire de sorciers. Même si nous n’y arriverons pas seuls, notre objectif est de faire rentrer la question écologique dans tous les métiers. Dans le secteur de l’automobile, il n’y a qu’un seul produit mais celui-ci rassemble toutes les professions et c’est une caractéristique essentielle. Nous avons répondu à cette singularité en développant une organisation en réseau qui s’est révélée être une force considérable », décrypte la « madame écologie » du technocentre de Guyancourt (Yvelines), qui insiste aussi sur le fait que Renault a été précurseur en matière de downsizing des moteurs, cette (r)évolution qui « faisait peur à tout le monde mais qui suscite aujourd’hui l’adhésion de (toute la concurrence) ».


« Renault développe toujours ses véhicules en procédant à une analyse complète de son cycle de vie »

Incontournables, les questions sur le véhicule électrique n’ont pas été éludées. Quand on interroge Alice de Brauer sur le recyclage des batteries, elle ne se laisse pas démonter : « nous développons toujours nos véhicules en procédant à une analyse complète de leur cycle de vie, et comme nous avons été les premiers à utiliser des équipements recyclés dans la composition de nos voitures, nous avons aussi réfléchi à cette question, ce dès 2005 ». « Chaque modèle doit être meilleur que son aîné. En aucun cas l’impact ne doit être dégradé, et dès les premiers coups de crayon du véhicule électrique nous avons pris le cycle de vie en considération. La batterie, nous allons la fabriquer et la recycler », insiste-t-elle.

Quoi de plus normal finalement de la part d’une entreprise qui s’est penchée plus tôt que les autres sur les substances toxiques contenues dans ses matériaux et a été « la première à intégrer des données environnementales dans son rapport d’activité ». C’était en 1998, à une époque où elles étaient en effet peu nombreuses à se soucier de leur impact environnemental. Et d’ajouter, anticipant les yeux écarquillés des sceptiques : « Nous sommes critiquables mais pas opposables. Toutes les informations que nous communiquons sont vérifiables ».

« L’électrique offre des prestations incomparables dans les zones urbaines », rappelle-t-elle, mais pour que ça marche, comprenez pour que « l’écologie ait des résultats de masse, la production doit rester accessible ». D’où les tarifs raisonnables des Twizy, Fluence ZE, Kangoo ZE et Zoe, qui constitueront dans quelques mois l’ossature décarbonée de Renault.

« On sait concevoir, on sait penser, il y a eu des améliorations sensibles avec les fournisseurs mais nous n’en sommes encore qu’au B.A-BA. Tout est encore à faire », reconnaît toutefois Alice de Brauer, pour qui « il faut accepter le problème du changement climatique », qu’elle juge incontournable. Elle en est par ailleurs convaincue, la prochaine grande étape après l’électrique sera l’hydrogène. Une technologie que Renault ne maîtrise pas encore mais sur laquelle, c’est une certitude, le constructeur se penchera de très près.

Face à l’urgence écologique, « c’est le rythme et la rapidité qui importent », poursuit Alice de Brauer, selon laquelle « ce seront les pays émergents qui nous montreront le chemin ». « Nous aurons des surprises dans dix ou quinze ans, notamment sur les questions de la mobilité et du recyclage », prédit-elle.

« Le développement durable n’est pas une mode, c’est un grand passage qui va éduquer beaucoup de gens », résume notre interlocutrice, pour qui « la combinaison des énergies peut être une solution », dans tous les sens du terme.

« Quand nous avons repris l’usine de Pitesti (Roumanie) il y a huit ans, c’était Zola ! », se souvient-elle. « Les équipements les plus récents avaient un quart de siècle [...] En l’occurrence, nous avons travaillé avec les autorités. Il faut construire un plan avec le fournisseur et le suivre pour le faire progresser », plaide la responsable, pas mécontente que l’environnement fasse depuis quelques années l’objet d’un « Plan » au même titre que les départements de la Production et de la Technologie.

Partisane d’une stratégie d’étapes rapprochées dans le temps, Alice de Brauer est une femme pragmatique et déterminée. Le dialogue est plutôt spontané mais chaque mot est pesé. La directrice du Plan Environnement sait manifestement ce qu’elle veut et où elle va. Du coup Renault aussi.

Crédits photos : Renault Group / Wikimedia Commons - Langladure
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  • hyper ecolo

    Cette dame a l’air tout à fait compétente !

  • daniel d

    Et décidée !

  • fredred

    Un très bon discours en tout cas, elle a une vision précise de l’avenir, c’est encourageant de voir ça.