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La Grande-Bretagne veut en savoir plus sur les raisons de la surmortalité des abeilles

La survie des abeilles est devenue une préoccupation majeure des gouvernements anglais et écossais, qui ont décidé de collaborer pour mettre en place un programme d'une envergure inédite destiné à élucider les causes de leur disparition massive

Les autorités anglaises et écossaises viennent de lancer une série de programmes sur les causes de la disparition massive des apidés.

La biodiversité va mal et la Grande-Bretagne, où près de deux cents espèces de faune et de flore ont disparu en l’espace de deux mille ans, n’échappe pas à ce constat aussi amer qu’implacable. Publié en mars, le dernier rapport du Natural England est venu rappeler à Londres la nécessité d’agir promptement et ce nouveau gouvernement de coalition qui s’est autoproclamé le plus « vert » de l’histoire du pays se doit de faire de la sauvegarde des espèces l’une des sinon sa priorité environnementale.

Un quart des espèces seraient désormais menacées d’extinction outre-Manche. Les tourterelles en sont une, de même que les abeilles, dont on sait l’importance cruciale pour l’équilibre des écosystèmes et pour la sécurité alimentaire. La survie de ces dernières est une préoccupation majeure en Grande-Bretagne, comme l’ont notamment montré les initiatives de la marque Innocent - qui adjoint depuis avril dernier un sac de graines de coquelicots et de pivoine à son nouveau smoothie miel-citron-gingembre et ambitionne à terme la réintroduction de deux millions d’apidés via ce coup de pouce à la pollinisation en ville – et de la chaîne de supermarchés Sainsbury – laquelle a officialisé mi-mars un projet d’installation de huit ruches autour de son eco-store de Dursley (Gloucestershire).

On attendait toutefois que les décideurs prennent à leur tour des mesures pour endiguer la saignée. Encore faut-il en connaître les raisons exactes et être à même de quantifier chacune de ses causes, de sorte à établir une hiérarchie.

Douze millions d’euros de financement

C’est dans cette optique préventive et pour se prémunir du risque de poser des plâtres sur une jambe de bois que les autorités anglaises et écossaises, sur demande de parlementaires qui avaient préalablement été alertés de la gravité de la situation par les apiculteurs, se sont entendues pour lancer neuf projets de recherche. Bénéficiant d’un financement de douze millions d’euros étalé sur trois ans qui sera assuré par des fonds publics et par la fondation privée Welcome Trust, ils ratisseront large et ont vocation à donner naissance à un arsenal législatif afin d’arrêter l’hécatombe.

« Les programmes lancés en Grande-Bretagne exploreront diverses pistes : rôle du parasite Varoa destructor – surnommé le « vampire des abeilles » – dans la propagation des virus, impact des modifications du paysage et des changements dans l’environnement, fonctionnement des abeilles en ville… », rapportent nos confrères du Monde.

Car si les experts savent que les pesticides, les maladies, les parasites ou encore la raréfaction de la nourriture des insectes née de l’uniformisation des cultures contribuent tous à une diminution mondiale des stocks devenue alarmante ils ne sont cependant pas encore parvenus à trouver les remèdes.

« L’enjeu est à la fois de protéger la biodiversité [...] et les cultures alimentaires, en particulier les fruits et les légumes », rappelle Andrew Watkinson, directeur du partenariat Living with Environmental Change, qui pilotera les travaux d’investigation.

Expérimentations

L’un des neuf programmes sera dédié à l’impact des pesticides, certes systématiquement montrés du doigt [NDLR : Responsable dudit programme, le neurologue Christopher Connolly a précisé à leur sujet qu'« ils affectent les connexions neuronales des insectes [...] À haute dose, ils entraînent la mort mais l’exposition chronique à de faibles doses peut aussi provoquer [...] la perte du sens de l’orientation et la diminution de la capacité d’apprendre et de communiquer »] mais dont les effets dévastateurs sur les populations apicoles n’ont été attestés qu’en laboratoire. Aussi, en parallèle de recherches scientifiques approfondies, en particulier sur l’évolution des capacités neurologiques des abeilles régulièrement exposées, des expérimentations seront-elles également conduites en plein champ, c’est-à-dire en conditions réelles.

Les conséquences néfastes de plusieurs pesticides, qu’ils visent à éliminer les parasites présents dans les ruches ou à traiter les cultures, vont être passées au crible. « Nous nous focaliserons sur l’impact combiné de plusieurs pesticides [...] Ils ne peuvent avoir d’effets isolément, mais être délétères lorsqu’ils agissent en synergie », éclaire M. Connolly.

La pose sur quelque seize mille spécimens de puces de radio-identification (RFID) est une autre grande première. Celle-ci est destinée à assurer le suivi des insectes, étant entendu que nombre d’entre eux disparaissent au lieu de mourir près de la ruche. Des pesées seront par ailleurs régulièrement effectuées pour déterminer si les abeilles ramènent la même quantité de nourriture que dans des ruches témoins.

Dans le cadre de la première loi du Grenelle, le ministère de l’Écologie français a décidé d’appuyer le plan d’urgence qui leur est consacré, de planter des fleurs sur les bords de certaines routes françaises (NDLR : La totalité du réseau routier français non concédé, soit environ douze mille kilomètres, pourrait être concerné par cette mesure d’ici à 2013) et d’intensifier le fauchage écologique (ou tardif). Les inquiétudes restent néanmoins vives dans l’Hexagone après la décision controversée d’autoriser de nouveau le Cruiser et le Proteus, deux insecticides connus pour leur caractère « apicide », et dans nos frontières la prolifération du frelon asiatique est une autre menace sérieuse avec laquelle il faut désormais composer.

Vu que le Royaume-Uni n’y est pas confronté – du moins pour le moment -  les premières conclusions des spécialistes britanniques ne devraient pas dans ce cas précis être d’une grande utilité aux autorités françaises. Dans tous les autres il faudra très probablement s’appuyer sur elles. À moins que Jean-Louis Borloo ait la bonne idée et trouve les fonds pour décider à son tour de lancer un Grenelle des abeilles. Si cette perspective ne semble pas à l’ordre du jour il est clair que personne en dehors du puissant lobby des pesticides ne s’en offusquerait.

Crédit photo : Flickr – ComputerHotline
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