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Japon : les semaines se suivent et se ressemblent à Fukushima 1

Japon : les semaines se suivent et se ressemblent à Fukushima 1
Cent soixante ingénieurs à la retraite se sont portés volontaires pour prendre la relève de collègues plus jeunes à Fukushima. Comme toutes les grandes catastrophes, celle-ci aussi à son lot de héros

Outre l’amarrage d’une barge géante de stockage des eaux radioactives au large de la centrale nippone, ces derniers jours ont surtout été marqués par les déboires de TEPCO (Tokyo Electric Power Company), colosse électrique en perdition et qui  a reconnu – a priori très tardivement – la fusion du coeur des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale accidentée. On vient aussi d’apprendre que plus de cent-soixante ingénieurs ont décidé de reprendre du service pour venir remplacer quelques-uns leurs cadets épuisés.

Sachant que près de cinq mille « liquidateurs » ont été surexposés aux radiations et que l’ « arrêt à froid » des turbines de la centrale de Fukushima 1 (Japon) ne sera au mieux envisageable qu’en début d’année prochaine, c’est un défi herculéen que vont tenter de relever ces volontaires. Leur concours risque néanmoins ne pas suffire à permettre à l’exploitant de se conformer à ses objectifs, même s’il facilitera peut-être l’installation du dispositif de décontamination fourni par Areva, qui consiste à faire circuler et à filtrer en permanence l’eau présente sur le site pour assurer le refroidissement des réacteurs (NDLR : « Ce chantier suppose d’assembler des tuyaux et des pompes, de construire plusieurs échangeurs de chaleur, d’installer le dispositif de décontamination, de pomper les dizaines de milliers de tonnes d’eau contaminée des parties basses des bâtiments. Ce travail a commencé, et pourrait prendre deux mois », décrypte notre confrère de Libération Sylvestre Huet sur son blog).

Promis à une fin de vie sans histoire, ces techniciens qui ont tous plus de soixante ans font montre d’une incroyable bravoure et savent mieux que quiconque que leur héroïque sortie de retraite ne sera certainement pas sans conséquence sur leur propre santé. Patriotisme aigu ? Sens insensé de ce qu’ils estiment être leur devoir ? Chacun a ses raisons mais c’est une certitude : tous ont la culture du sacrifice et l’altruisme chevillé au corps et tous se préparent à rejoindre dans l’Histoire les « liquidateurs » de Tchernobyl (Ukraine), ces dizaines de milliers de pantins du régime soviétique qui, contrairement à eux, avaient préalablement été bercés dans l’ignorance la plus totale. Ces nettoyeurs-là ont sans doute une idée précise de la conjoncture à Fukushima 1, ce qui rend leur initiative encore plus admirable. Bien que n’ayant pas (encore ?) reçu l’approbation du gouvernement, celle-ci a été favorablement accueillie par plusieurs députés, aux yeux desquels il semblerait que chaque contribution ait son importance.

japon centrale nucléaire de fukushima

« Les Japonais ont le droit de savoir »

Et pour cause : le feuilleton Fukushima est interminable et maintient le Japon dans le chaos. Il subsistera notamment, pendant des mois ou plus probablement des années, une insupportable incertitude sur les produits de la mer et les conséquences de l’accident sur l’ensemble des écosystèmes alentours.

Deux mois et demi après le tremblement de terre et le tsunami, Greenpeace a effectué de nouveaux prélèvements dans le Pacifique, à plus de vingt kilomètres des côtes, qui ont fait état de taux de radioactivité cinquante fois supérieurs aux normes légales. Des algues, des poissons et des coquillages ont été collectés et les niveaux relevés attestent à la fois que « la contamination se propage sur de longues distances et que la radioactivité ne diminue pas par dilution ou dispersion ». Tancé depuis le début de la crise pour sa gestion et pour sa stratégie de communication, « le gouvernement a fait une grave erreur en supposant que l’absence de données signifiait qu’il n’y avait pas de problèmes », assène Sophia Majnoni, chargée de campagne Nucléaire pour l’ONG. Et d’enjoindre Tokyo de « prendre ses responsabilités », en mettant en place « un programme de surveillance global et continu de l’environnement marin » et en rendant l’information « accessible à tous ».

Les décideurs auraient-ils sciemment minimisé quelques-unes des répercussions de la catastrophe pour tenter d’éviter une panique généralisée, et tant qu’à faire atténuer ses dommages sur l’économie ? L’association sous-entend que oui : « les Japonais ont le droit de savoir comment la centrale nucléaire de Fukushima 1 affecte leur vie afin de pouvoir se protéger et protéger leurs familles. Les autorités japonaises doivent être complètement transparentes sur la contamination radioactive ».

Les analyses de Greenpeace sont par ailleurs venues corroborer celles de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), qui dans un rapport rendu public lundi – et rédigé sur la base d’informations diffusées par le gouvernement le 16 mai dernier – a confirmé des dépôts radioactifs substantiels au-delà du premier périmètre d’évacuation (dans un rayon de vingt kilomètres autour de la centrale). Les concentrations de becquerels peuvent ainsi atteindre jusqu’à trente millions de becquerels par mètre carré au-delà de la zone de mise à l’abri, située entre vingt et trente kilomètres autour du site.

Dans le Pacifique, l’impossibilité de reprendre le contrôle des réacteurs de Fukushima 1, la fusion avérée des coeurs des turbines 1, 2 et 3 et le rejet d’importantes quantités d’eaux contaminées n’ont pas permis au taux d’iode 131 de diminuer. Les césium 134 et 137, eux, peuvent être stockés « dans les sédiments ». « Dans ce cas là, ils ne seront pas dispersés par les masses d’eau. Des réservoirs locaux de pollution peuvent apparaître [...] Les sédiments vont relâcher petit à petit les éléments radioactifs et la pêche risque d’être interdite pendant longtemps », analysait en mars dernier, interrogé par nos confrères de 20 Minutes, le physicien président de l’ACRO (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest) David Boilley. Deux mois après, les faits semblent plus que jamais lui donner raison.

Le démantèlement complet des installations et l’assainissement du site, eux, « s’étaleront sur dix à vingt ans, eu égard à l’ampleur des actions à réaliser », rapporte l’IRSN sur son site Internet. L’Institut n’est hélas pas le seul à parler en décennies. Raison de plus pour le croire sur parole.

Crédits photos : Associated Press / Kyodo News Wally Santana / Associated Press
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