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Croissance verte vs. décroissance, quel modèle pour demain ?

Croissance verte vs. décroissance, quel modèle pour demain ?
Certains écologistes vont jusqu’à prôner la décroissance.

Dans les journaux télévisés, les émissions politiques ou les magazines, nous voyons souvent s’affronter deux personnalités souhaitant protéger l’environnement, mais pas de la même manière. Cela peut paraître étonnant, mais si le but est le même (réduire la pollution, protéger la biodiversité, etc.) les moyens semblent toutefois diverger selon les différents acteurs de la vie politique ou associative. Existe un affrontement entre les tenants de la croissance verte, et les partisans de la décroissance. Focus sur ces deux doctrines qui s’affrontent de plus en plus, pour s’y retrouver un peu.

L’Homme et la Nature : je t’aime moi non plus

Il faudrait remonter loin derrière nous pour étudier le rapport que l’Homme entretient avec son milieu, et à plus grande échelle, avec la Nature. Pendant des siècles et des siècles, l’Homme parcourait le monde et se déplaçait suivant les saisons et les dérèglements climatiques, avant de se fixer et de devenir sédentaire. Bien longtemps après, Descartes a réfléchi au dix-septième siècle sur le rapport que l’homme moderne devait entretenir avec le milieu naturel. Fort des avancées scientifiques de son temps, l’Homme doué de raison était désormais censé dominer la Nature grâce à la technique. En d’autres termes, l’être humain par sa connaissance des lois scientifiques, devait utiliser la Nature à son avantage, la soumettre à sa raison pour en tirer profit. Ce fût un énorme bouleversement dans le mode de pensée occidental, et on a tendance à oublier que les problèmes que nous connaissons aujourd’hui prennent racine loin derrière nous. Parce qu’en effet, à force d’avoir soumis la Nature à nos besoins, nous ne sommes pas loin d’avoir épuisé ses réserves, nous avons déréglé le climat et pollué l’atmosphère. Force est donc de constater l’épuisement d’un certain mode de pensée, voyant dans l’espace naturel un puits sans fond de ressources destinées au bien-être et à l’épanouissement de l’humain.

Questions après la crise

Un autre facteur déclencheur a provoqué une profonde remise en question : la crise économique qui a éclaté aux Etats-Unis en septembre 2008. L’économie effondrée, il a fallu prendre des mesures pour la relancer. De grands pays comme les Etats-Unis ont intégré des objectifs « verts » dans leur plan de relance, tout comme la France ou d’autres pays de l’Union Européenne. L’objectif est de soutenir le secteur du développement durable, afin de créer une économie « verte ».

Mais ce n’est pas l’avis de ceux que l’on appelle les « objecteurs de croissance », selon qui la crise économique et la crise écologique sont deux bouleversements intrinsèquement  liés. L’Homme, toujours selon eux, aurait cru pendant des décennies pouvoir tirer vers le haut sa croissance tout en puisant dans les réserves naturelles, par essence limitées. Leur objectif est donc la « décroissance », ou « décroissance soutenable », afin de préserver le milieu naturel voué à disparaître que l’homme continue de piller. Ainsi, pour mieux comprendre ces deux théories qui s’affrontent, il convient de les présenter, pour mieux saisir leurs nombreux points de discordes et pourquoi pas se faire son propre avis.

La croissance verte, un moteur pour la croissance ?

Le moteur de la croissance sera vert ou ne sera pas. Afin de préserver la planète et de redresser les indicateurs économiques, pouvoirs politiques et industriels semblent bel et bien engagés sur la voie de la « croissance verte », véritable moyen d’innovation et de créativité, et formidable tremplin à venir pour nos usines en perte de vitesse. En effet, la « croissance verte » peut concerner des secteurs qui existent déjà, en développer et en créer d’autres.  L’économie responsable de l’environnement peut concerner l’isolation des bâtiments, les voitures électriques, les biotechnologies, la santé, la filière du bois, les transports en commun, mais aussi les « éco-activités ». L’OCDE les définit ainsi : « les activités qui produisent des biens et services destinés à mesurer, prévenir, limiter ou corriger les dommages environnementaux à l’eau, l’air, et le sol et les problèmes relatifs aux déchets, aux bruits et aux écosystèmes ».

Ces nouvelles filières vertes regroupent l’assainissement de l’eau, le recyclage et la valorisation énergétique des déchets, la dépollution des sites, l’énergie solaire photovoltaïque, le traitement de l’air et du bruit, les biocarburants, la capture et le stockage de CO2, la conception écologique de produits de consommation, etc. Selon le Ministère français de l’écologie et du développement durable, la « croissance verte » pourrait créer 600 000 emplois sur douze années dans le secteur BTP en France, et près de 2.5 millions d’emplois potentiels dans le monde entier. De bon augure en ces temps de morosité économique.

Les entreprises se mettent au vert

Depuis quelques années, un tabou semble tombé. En effet, il était communément admis que les entreprises polluaient systématiquement et que les patrons ne voulaient surtout pas entendre parler d’écologie. Mais un sondage de mars 2009 mené par l’IFOP montre que 69 % des entreprises sont prêtes à investir dans le développement durable, et la statistique grimpe encore pour les firmes de plus de 5000 salariés : 88 %. Mais ces initiatives semblent encore tributaires des deniers publics. La « croissance verte » semble être soutenue pour le moment par les 2250 milliards de dollars injectés mondialement pour sauver l’économie, mais les plans de relance commencent à avoir des effets positifs sur l’environnement. Aux Etats-Unis, par exemple, l’industrie éolienne emploie désormais plus de travailleurs que l’ensemble du secteur du charbon, grâce au plan  du président Obama. En France, le constat est le même.

Le Grenelle de l’environnement a en effet pour objectif principal de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % d’ici à 2020 et d’utiliser 20 % d’énergies renouvelables d’ici la même échéance, et cela s’accompagne d’aides financières non négligeables. A cet égard, le BTP est le secteur qui se voit attribuer le plus de moyens. Ainsi, le ministère de l’écologie prévoit un chiffre d’affaires qui va s’élever jusqu’à 300 milliards entre 2009 et 2020 (dont 192 au titre de la rénovation énergétique), permettant de créer 300 000 emplois. Le domaine énergétique n’est pas en reste puisque l’Etat s’engage à lui distribuer 300 millions d’euros sur trois ans pour développer la biomasse – déchets forestiers, agricoles ou agro-alimentaires – pour produire de la chaleur. Cela permet donc à des entreprises comme Bouygues de sortir la tête de l’eau et de faire face à la crise qui frappe les différents secteurs d’activités.

Tout cela n’a évidemment pas de sens à la simple échelle nationale, il faut une coopération à dimension européenne. C’est tout le sens du « Paquet Climat », voté en décembre 2008. Celui-ci incite les états-membres à verser 0.5% de leur PIB jusqu’en 2020 afin d’atteindre 20 % de diminution des émissions de GES, d’utiliser 10 % de biocarburants pour l’ensemble des véhicules, ou d’arriver à 20 % d’utilisation d’énergies renouvelables.

Pour résumer, la « croissance verte » semble être un des remèdes face à la crise économique. Les entreprises sont prêtes à jouer le jeu, et les pouvoirs publics, conscients du danger qui guette la planète, mettent la main au portefeuille pour développer l’ensemble de ces secteurs. Il faut maintenant attendre le sommet de Copenhague pour en savoir plus sur les différentes mesures concrètes à venir.

Et si nous faisions fausse route ? Et si tout cela n’était que de la poudre aux yeux pour finalement continuer à s’enrichir sur le dos de la planète et des générations futures ? C’est en tout cas las position des « objecteurs de croissance », qui fustigent la « croissance verte » et le consumérisme qu’elle continue d’instituer.

Aux origines de la « décroissance »

La théorie de la « décroissance » n’est pas du tout, comme on pourrait le croire a priori, une théorie d’illuminés ou d’anciens hippys qui rejettent de fait tout ce qui vise à gagner de l’argent. Elle a été inspirée par les travaux de grands esprits tels que Jean Baudrillard, le philosophe Dominique Bourg ou l’économiste Serge Latouche. Avant de développer les théories de la décroissance et leurs rapports avec les enjeux actuels, revenons à leurs fondements.

En 1968, le Club de Rome (réunissant des scientifiques, des économistes et des dirigeants d’entreprises de 53 pays afin d’étudier les problématiques « planétaires » comme la finance, l’environnement, etc.) commande aux chercheurs du « Massachusetts Institute of Technology » un rapport pour trouver des solutions aux problèmes qui ébranlent le monde. Les résultats de ces travaux sont publiés en 1972 sous le titre Halte à la croissance ? et montrent pour la première fois de manière scientifique comment la croissance économique s’accompagne nécessairement de disfonctionnements à l’échelle mondiale : pollution, épuisement des matières premières, atteinte à la biodiversité.

Mais le théoricien de la décroissance, c’est Nicholas Georgescu-Roegen, qui publie en 1971 The Entropy Law and the Economic Process, traduit en 1979 sous le titre de Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie. A travers cet ouvrage assez pointu, il remet en cause notre modèle économique fondé selon lui sur la « mécanique newtonienne », parce qu’il ne prend pas en compte le « principe de la dégradation de l’énergie et de la matière ». Encore une fois, le progrès économique s’accompagne selon lui nécessairement de gaspillages d’énergie et de destructions environnementales irréversibles.

La décroissance, aujourd’hui, part du principe qu’il faut 3 à 8 planètes comme la terre si tous les êtres humaines se mettaient à vivre comme un européen. Son objectif est donc selon ses termes de ne pas consommer « plus » mais « mieux ». Il est préférable selon ses théoriciens de préparer le monde à vivre sans croissance économique plutôt que de se prendre de plein fouet la catastrophe que serait la disparition des réserves naturelles (épuisement du pétrole prévu entre 2008 et 2040, du gaz dans 70 ans, de l’uranium dans 50 ou 220 ans, du charbon dans 200 ans). La « croissance verte » est donc pour les tenants de cette théorie un oxymore, parce que la croissance conduit de toute façon à la catastrophe climatique.


La décroissance dans le monde politico-médiatique

Depuis un ou deux ans, nous voyons de plus en plus de personnalités médiatiques ou politiques parler de « décroissance », appeler à changer notre comportement. Les deux plus connues sont évidemment Nicolas Hulot avec son film Le Syndrome du Titanic et Yann Arthus-Bertrand remettant en cause notre système actuel dans Home.

En France, un Parti pour la Décroissance existe depuis 2005 (PPLD), mais son audience demeure limitée. L’idée semble gagner les partis écologistes, comme les Verts qui font référence depuis leur congrès de 2008 à la « décroissance », et Cécile Duflot, leur secrétaire nationale, n’hésite pas à en parler pour préparer sa campagne pour les régionales de mars 2010. Un député Vert, Yves Cochet, avait ainsi déclaré à la tribune de l’Assemblée Nationale en octobre 2008 : « la recherche de la croissance est désormais antiéconomique, antisociale et antiécologique ». Pour la première fois peut être entre les murs de l’Assemblée, un député prenait la parole pour appeler à la fin de la croissance ! Autant le dire tout de suite, Yves Cochet n’a pas convaincu son auditoire. Mais depuis, l’idée semble avoir fait son chemin dans l’espace public et politique, enflammant même les débats. Ainsi, en octobre 2009, Claude Allègre, ancien ministre de l’éducation nationale, avait traité Nicolas Hulot « d’imbécile », pour faire partie des tenants de la « décroissance ». Le phénomène « déclencheur », c’est bien évidemment la crise économique, mettant à mal l’idéologie ultra-capitaliste, visant à tirer la croissance vers le haut coûte que coûte. Ce n’est donc peut-être pas pour rien que les partisans de la « décroissance » se comptent aussi souvent dans les partis d’extrême-gauche comme le NPA, ou le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, qui a récemment loué ce nouveau paradigme.


Alors, pour demain, croissance ou décroissance ?

La décroissance est peut-être pour l’instant trop estampillée « extrême » pour que les pouvoirs publics la prennent en considération. De plus, même s’il y a un parti qui la représente, il a une trop faible audience, et ses tentatives d’alliances avec le NPA et le Front de Gauche avant les européennes ont échoué. Même si les Verts prononcent ce terme de plus en plus souvent, il y a peu de chance que les dirigeants du monde entier se réunissent bientôt et se décident à renoncer à la croissance économique. A cet égard, tous les sommets internationaux pour répondre au défi de la crise vont dans le sens inverse. Parce qu’avant de redistribuer les richesses, il faut peut-être en créer.

Par ailleurs, ce dont il faut se réjouir, c’est bien de l’émergence de cette « croissance verte » qui tente au lendemain de la crise économique de relancer la croissance par le biais des énergies renouvelables afin de protéger l’environnement et l’atmosphère.

Etant donné que les partisans de la « décroissance » et de la « croissance verte » s’affrontent de plus en plus souvent, il était utile de donner au citoyen les clefs pour comprendre et se situer dans ce débat qui ne risque pas de se clore bientôt… !

Crédit photo : wikipedia – Yann
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