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Algues vertes : Chantal Jouanno et Bruno Le Maire sur place

Algues vertes : Chantal Jouanno et Bruno Le Maire sur place
La Secrétaire d'État à l'Écologie et le ministre de l'Agriculture sont aujourd'hui dans les côtes-d'Armor pour faire le point sur le plan gouvernemental de lutte contre les algues vertes, véritable fléau écologique de la Bretagne depuis plusieurs décennies

Salué fin juin par la Commission européenne, qui a décidé de clore le dossier de la pollution aux nitrates et a longtemps menacé la France de sanctions, le combat que mène le gouvernement contre les algues vertes est cependant loin d’être terminé. Près de six mois après la mise en place d’un plan d’action par ailleurs loin de faire l’unanimité auprès des élus locaux et des organisations de défense de l’environnement, la Secrétaire d’État à l’Écologie et le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire sont cet après-midi en Bretagne pour faire le point sur son application.

Venu sur place à la fin de l’été écoulé, François Fillon avait promis un plan d’action contre cette gangrène verte dont on ignore encore avec certitude si elle a des conséquences sur la santé humaine (NDLR : même si de fortes présomptions pèsent sur le décès en juillet 2009 d’un chauffeur ayant préalablement transporté des algues) mais qui a sans doute été à l’origine de la mort de deux chiens et d’un cheval en juillet 2008 et en milieu d’année dernière. Présenté début février en conseil des ministres, ledit plan a été chiffré à cent trente quatre millions d’euros et consiste notamment en une limitation du taux de nitrate à 10 mg par litre – c’est-à-dire cinq fois moins que le seuil maximal autorisé pour la consommation humaine – , en la création d’une filière de ramassage et en l’obligation pour les agriculteurs de réhabiliter les zones contaminées. Il a toutefois été jugé vague sinon insuffisant par les associations et les élus locaux.

« La vraie solution passe par le changement des pratiques agricoles »

C’est aussi pour les rassurer que Mme Jouanno et M. Le Maire sont aujourd’hui dans les côtes-d’Armor. Parfois accusé de soutenir benoîtement la filière agricole, l’ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin a reconnu dans la matinée sur RMC que cette situation était d’abord le fait de pratiques agricoles aussi anciennes qu’éco-irresponsables, tout en soulignant les actions entreprises par les producteurs depuis une décennie, quand bien même les habitants seraient fondés à faire valoir qu’ils n’ont rien remarqué.

« Les agriculteurs, notamment les éleveurs, ont fait des efforts considérables au cours des dix dernières années pour réduire les taux de nitrate dans l’eau […] Il faut poursuivre dans ce sens là et c’est compliqué », a admis le ministre, alors que l’incendie provoqué par l’amendement du député UMP Marc Le Fur, finalement rejeté en l’état par la majorité des députés, vient tout juste d’être éteint.

« La vraie solution passe par le changement des pratiques agricoles », a-t-il ajouté. Non sans raison dans la mesure où, rappelons-le, toutes les expertises scientifiques ont imputé la prolifération des algues vertes à l’élevage intensif.

L’ANSES en renfort

Mme Jouanno y est elle aussi allée de sa petite analyse, estimant qu’il s’agit d’un « phénomène très spécifique » à la Bretagne et qu’ « il faut aller beaucoup plus loin que les normes européennes, et réduire encore de plus de la moitié, voire diviser par trois, ces nitrates dans les eaux pour essayer de régler ce problème ». Et d’épingler l’amendement Le Fur, accusé à mots à peine voilés d’être inapproprié eu égard aux soixante-dix mille tonnes d’algues vertes ramassées chaque année en Bretagne, en grande partie dans les côtes-d’Armor mais aussi dans le Finistère, plusieurs plages de Douarnenez s’étant vues provisoirement interdites au public au début du mois : « On peut comprendre qu’il y ait une volonté d’avoir des règles moins compliquées, en tout cas plus claires, mais un assouplissement il en est hors de question ».

En attendant le dépassement des standards continentaux espéré par la Secrétaire d’État à l’Écologie la toute nouvelle ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a émis jeudi une liste de recommandations préventives pour le grand public et les travailleurs qui manipulent les algues. Elle avait été saisie en février par les ministères de l’Écologie, de la Santé et du Travail dans le cadre du lancement du plan gouvernemental et renforce donc son volet préventif. Cette liste n’est cependant qu’une « première étape », a déclaré le directeur adjoint de l’ANSES Gérard Lasfargues, qui a précisé qu’« une campagne de mesures prévue cet été doit déterminer les niveaux exacts d’émanation auxquels les personnes sont exposées ».

L’Agence a pour l’heure mis l’accent sur la non-dangerosité des algues « fraîches » mais a insisté sur le fait qu’elles doivent être ramassées tôt et très vite – « en moins de quarante-huit heures, afin d’éviter l’entrée en décomposition », éclaire son directeur santé-environnement-travail Dominique Gombert – et sur la nécessité d’éviter le stockage intermédiaire sans contrôle. Les travailleurs au contact des algues doivent par ailleurs être équipés de détecteurs d’hydrogène sulfuré et procéder dans des cabines fermées.

Des questions restent en suspens

Si l’heure est déjà la « professionnalisation » du traitement et que le ramassage est maintenant quotidien dans de nombreuses zones infestées, si les dépenses liées aux algues vertes ont crû de trois cent quarante-cinq mille euros en 2007 à environ huit cent mille l’an passé, il subsiste néanmoins de sérieuses interrogations financières. Les élus de la baie de Saint-Michel-en-Grève ont en effet évalué à un million quatre cent mille euros les dépenses liées au ramassage, c’est-à-dire deux fois plus que l’enveloppe prévue par l’État pour toute la Bretagne.

En dépit de l’ouverture de nouvelles structures et de la modernisation d’anciens sites les capacités de traitement sont en outre largement saturées. Pour l’heure un tiers des quantités collectées est traité par compostage dans des centres spécialisés. Le gouvernement a beau avoir fait de ce point une priorité de son arsenal anti-ulves (NDLR : L’autre nom des algues vertes) c’est donc une large majorité des volumes qui sont stockés, exportés dans d’autres régions voire épandus dans les champs, avec tous les risques que cette dernière pratique au demeurant insuffisamment encadrée suscite en matière de régénération de la pollution.

Certaines collectivités sont également réticentes à l’idée d’accueillir de nouvelles installations dans la mesure où, indépendamment des subventions étatiques, les coûts de fonctionnement sont à leur charge. À croire que le plan gouvernemental intervient après trop d’années de passivité des pouvoirs publics pour que le problème chronique et coûteux des algues vertes puisse être réglé sans  supposer d’efforts drastiques de leur part. Et des agriculteurs.

Crédit photo : Wikimedia Commons – The Supermat
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  • vaness

    Il faut clairement trouver une solution pour éliminer ces algues, et aussi éviter que le phénomène ne se propage

  • david

    Déjà qu’il pleut tout le temps en Bretagne ;)