Longtemps réservé aux laboratoires, ce procédé devient aujourd’hui un outil de plus en plus utilisé par les gestionnaires d’espaces naturels, les agences de l’eau et les collectivités pour mieux connaître les écosystèmes et suivre leur évolution.
Une photographie inédite du vivant
Quelques litres d’eau prélevés dans une rivière suffisent parfois à révéler la présence de dizaines d’espèces de poissons, d’amphibiens ou de mammifères. Après filtration, les fragments d’ADN sont séquencés puis comparés à des bases de données génétiques afin d’identifier les espèces concernées.
Cette méthode permet notamment de détecter des animaux rares, discrets ou nocturnes qui échappent souvent aux inventaires classiques. En France, l’Office français de la biodiversité, INRAE et le Muséum national d’Histoire naturelle utilisent déjà l’ADN environnemental pour suivre certaines espèces protégées ou repérer l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes dans les cours d’eau. Au Royaume-Uni, cette technologie est employée pour surveiller le triton crêté avant des projets d’aménagement, limitant ainsi les interventions lourdes sur le terrain.
Une technologie prometteuse qui complète le travail des naturalistes
L’ADN environnemental ne remplace toutefois pas les observations de terrain. Il permet de savoir qu’une espèce est présente, mais ne renseigne pas toujours sur le nombre d’individus, leur état sanitaire ou leur comportement. Les résultats doivent également être interprétés avec prudence, car les courants ou les déplacements d’animaux peuvent transporter des fragments d’ADN sur plusieurs kilomètres.
Les perspectives restent néanmoins considérables. Des chercheurs expérimentent déjà l’analyse de l’ADN contenu dans l’air pour détecter oiseaux, insectes ou chauves-souris sans capture. À mesure que les coûts diminuent et que les bases de données s’enrichissent, cette technologie pourrait devenir un outil incontournable pour mesurer l’état de la biodiversité et évaluer plus rapidement les effets des politiques de restauration des milieux naturels.