Une chaîne de valeur fragmentée et inégalement documentée
L’analyse du cycle de vie s’impose progressivement dans les projets de construction, notamment avec l’intégration des données environnementales dans les évaluations carbone. Pourtant, la traçabilité dépend encore largement de déclarations sectorielles ou de moyennes industrielles.
L’origine des matières premières, le mix énergétique des sites de production, les distances de transport ou encore les conditions d’extraction ne sont pas toujours documentés de manière fine. Cette absence de granularité limite la comparaison réelle entre matériaux et complique les arbitrages environnementaux.
Dans certaines filières, la certification progresse. Le bois bénéficie par exemple de systèmes de traçabilité forestière structurés. D’autres chaînes, notamment pour les métaux ou certains matériaux composites, restent plus opaques.
Entre obligations réglementaires et risques de greenwashing
Les exigences européennes en matière de reporting extra-financier et de performance environnementale renforcent la pression sur les industriels. Toutefois, l’absence d’harmonisation complète des méthodologies et la dépendance à des bases de données génériques peuvent créer un décalage entre affichage environnemental et réalité industrielle.
La traçabilité devient alors un enjeu stratégique. Elle conditionne non seulement la crédibilité des engagements climatiques, mais aussi le développement du réemploi et de la circularité dans le secteur.
La transition du bâtiment vers des matériaux bas carbone ne pourra réellement s’accélérer que si la transparence devient systémique, intégrant des données primaires fiables et interopérables à l’échelle de toute la chaîne de valeur.