L’Igas et le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) ont évalué l’efficacité de deux programmes publics consacrés à l’alimentation : le troisième Programme national pour l’alimentation (PNA) et le quatrième Programme national nutrition santé (PNNS). Cette analyse survient alors que la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), attendue depuis plus de deux ans, a été suspendue par le gouvernement fin novembre.
Le rapport dresse un constat préoccupant. En 2024, près de 10 millions de personnes étaient en situation d’obésité en France, soit 18 % des adultes et 4 % des enfants. Le phénomène touche particulièrement les territoires ultramarins, où plus d’un habitant sur cinq est concerné, ainsi que les personnes en difficultés économiques. Au regard de ces chiffres, l’Igas estime que les politiques publiques actuelles restent insuffisantes et privilégient trop l’action sur les comportements individuels au détriment d’une intervention plus structurante sur l’environnement alimentaire.
L’organisme souligne que les leviers les plus efficaces se situent en amont, du côté de l’offre. Il recommande donc de renforcer les actions visant à améliorer la composition des produits et à réduire l’exposition du public aux aliments ultra-transformés, notamment via des accords collectifs avec les industriels. La promotion publicitaire de ces produits, en particulier auprès des enfants et des adolescents, devrait être davantage encadrée.
Le rapport insiste également sur la nécessité de prendre en compte le “risque chimique”. Il s’agit d’intégrer les effets cumulés des pesticides, des contaminants environnementaux ou encore des substances présentes dans certains emballages plastiques, potentiellement perturbateurs endocriniens.
Autre priorité identifiée : disposer de données chiffrées actualisées sur la consommation, l’offre alimentaire et l’état de santé, afin d’évaluer plus précisément l’impact des politiques publiques. L’Igas appelle aussi à réduire les inégalités nutritionnelles sociales et territoriales, avec une attention particulière pour les Outre-mer.
Le soutien au bio constitue l’un des volets majeurs du rapport. L’agriculture est à la fois un secteur clé pour la santé publique et un facteur de pression environnementale. Le rapport rappelle qu’elle mobilise plus de la moitié de la consommation d’eau en France et contribue à la pollution des milieux par les nitrates et les résidus phytosanitaires. Pour l’Igas, encourager massivement les pratiques biologiques permettrait de répondre simultanément à des enjeux sanitaires, sociaux et écologiques.