Longtemps absente des préoccupations du secteur, cette question est aujourd’hui devenue incontournable. Sous l’impulsion des pouvoirs publics, des diffuseurs et des plateformes de streaming, les productions audiovisuelles sont désormais encouragées à mesurer et réduire leur impact environnemental. Cette évolution conduit à l’émergence de nouvelles pratiques qui transforment progressivement l’organisation des tournages.
Les transports et les décors au cœur de l’empreinte carbone
Selon plusieurs études menées en Europe, les déplacements représentent souvent le premier poste d’émissions d’un tournage. Entre les voyages des acteurs, les trajets quotidiens des techniciens, le transport du matériel et la logistique associée aux décors, les kilomètres parcourus peuvent rapidement s’accumuler.
Pour réduire cet impact, certaines productions privilégient désormais le recours à des équipes locales ou regroupent les séquences tournées dans une même région. L’utilisation du train est également encouragée pour les déplacements nationaux lorsque cela est possible. Plusieurs productions françaises ont ainsi intégré des objectifs de réduction des trajets aériens dans leurs cahiers des charges environnementaux.
La question des décors constitue un autre enjeu majeur. Pendant longtemps, de nombreux éléments étaient fabriqués spécifiquement pour une production avant d’être détruits à la fin du tournage. Aujourd’hui, les studios cherchent davantage à réemployer les matériaux existants. Certaines plateformes de mutualisation permettent même aux producteurs de revendre ou de louer des décors déjà utilisés sur d’autres projets.
Cette approche réduit non seulement les déchets mais limite également la consommation de matières premières nécessaires à la construction de nouveaux éléments scénographiques.
De nouveaux référentiels pour accompagner la transition
Afin d’accompagner cette évolution, plusieurs outils ont été développés pour mesurer l’impact environnemental des productions. En France, l’association Ecoprod propose depuis plusieurs années des méthodologies permettant de réaliser des bilans carbone adaptés au secteur audiovisuel.
Depuis 2024, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) demande également la réalisation d’un bilan carbone prévisionnel pour certaines productions bénéficiant d’aides publiques. Cette démarche vise à encourager les équipes à intégrer les enjeux environnementaux dès la phase de préparation.
L’énergie utilisée sur les plateaux fait également l’objet d’une attention croissante. Les groupes électrogènes diesel sont progressivement remplacés par des solutions moins émettrices, notamment des batteries mobiles ou des raccordements au réseau électrique. Certaines productions expérimentent également l’utilisation d’énergies renouvelables temporaires sur les lieux de tournage.
Au-delà des aspects techniques, cette transformation contribue à faire émerger une nouvelle culture professionnelle. Les équipes sont de plus en plus sensibilisées aux enjeux environnementaux et intègrent progressivement ces contraintes dans leurs pratiques quotidiennes.
La décarbonation des tournages ne constitue pas uniquement un défi environnemental. Elle devient également un levier d’innovation pour l’ensemble de la filière audiovisuelle, appelée à concilier ambition artistique et responsabilité écologique.