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Vers un renforcement des renouvellements forestiers

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Lancées en octobre 2021, les Assises nationales de la forêt et du bois se sont clôturées le mercredi 16 mars dernier. Ces mois de réflexions, qui ont réuni près de 500 acteurs (élus, amont forestier, aval industriel, ONG…), ont fait émerger une feuille de route destinée à asseoir une vision multifonctionnelle de la forêt. Le développement des plantations, à des fins de forêts renouvelées, plus résilientes et riches de biodiversité, est un pilier de cette ambition.

Les conclusions des Assises sont claires. La gestion durable des forêts est indissociable de l’« équilibre » entre leurs fonctions écologiques, économiques et socioculturelles. Les forêts françaises, à la condition d’être soigneusement entretenues, sont un réservoir de biodiversité, elles atténuent certains effets du changement climatique, créent de l’emploi, et offrent un espace de loisirs aux Français. Alors que la sécheresse et les maladies ravagent parfois en un éclair des parcelles entières d’arbres, le renforcement de la résilience des écosystèmes forestiers et la reconstitution des peuplements sinistrés par les crises sont une priorité nationale. 

Priorité qui se traduit notamment par une stratégie ambitieuse de renouvellement forestier. Les Assises nationales de la forêt et du bois, qui viennent de s’achever, préconisent d’y consacrer une « politique publique de long terme ». Dans le cadre du plan France 2030, des fonds consacrés à ces renouvellements sur une décennie sont débloqués. Pour la période 2021-2030, le gouvernement prévoit une enveloppe de 1,1 à 1,4 milliard d’euros pour des projets de plantations. Ces travaux sylvicoles d’ampleur, qui nécessitent des financements adaptés, ont déjà bénéficié d’un coup de pouce de 78,5 millions d’euros avec France Relance (2020-2022). Plus de 2 840 opérations ont ainsi pu être lancées, ce qui représente 19,6 millions d’arbres plantés (16 370 ha). Dès septembre 2022, une première tranche de 200 millions d’euros pérennisera cette dynamique par le financement de nouveaux projets, avec l’introduction de critères environnementaux renforcés.

Les forêts de plantations : des forêts comme les autres ?

Le nouveau dispositif de financement des opérations de renouvellement s’efforcera d’entériner des pratiques de sylviculture plus résilientes et adaptées aux défis climatiques. Celles-ci poursuivront trois objectifs. D’abord, favoriser la séquestration de carbone. À cet égard, les espèces privilégiées pour leur résistance, comme le pin maritime et le chêne sessile, arrivent respectivement à maturité à 50 et 60 ans. Durant leur croissance, les arbres capteront du carbone et contribueront à atténuer le changement climatique. Le deuxième objectif fixé par les Assises consiste à intégrer plus de biodiversité dans la « gestion forestière » des plantations. Enfin, le dernier objectif porte sur la diversification des essences. Les forêts composées d’espèces d’arbres variées sont en effet mieux armées pour faire face aux défis environnementaux actuels et futurs (sécheresses, incendies, tempêtes…) et aux risques biotiques grandissants (attaques d’insectes et maladies). 

Cette diversité génétique est un atout alors que la crise de scolytes a provoqué des dégâts systémiques sur les monocultures d’épicéas, comme dans les Vosges. De la même manière, le caractère inflammable de l’eucalyptus a favorisé des incendies à la chaîne de milliers d’hectares monospécifiques au Portugal, dans les années 1970.

Si certains acteurs remettent en cause l’intérêt de ces plantations, d’autres voix soulignent au contraire leur intérêt. A l’image d’Hervé Jactel, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRA), selon qui les forêts de plantations « possèdent la plupart des attributs des forêts dites naturelles ».Loin d’être des déserts biologiques, les arbres plantés « resteront toujours plus propices au maintien des espèces sauvages qu’un champ cultivé de maïs ou de betteraves » estime le chercheur. Et de prendre pour preuve les Landes, où les pins maritimes renouvelés abriteraient plus de trois cents espèces de coléoptères, soit « environ 10 % de la faune française ».

D’ici à 2030, les centaines de milliers, voire les millions d’hectares qui auront été renouvelés, adaptés ou reconstitués contribueront à la transition bas-carbone de l’économie française ainsi qu’à la création et la préservation d’emplois sur toute la chaîne de valeur de la filière bois-forêt, de l’amont forestier (propriétaires et gestionnaires forestiers, exploitants, etc.) jusqu’à l’aval industriel (scieurs, construction, bois énergie, etc.).

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