Pendant des décennies, les entreprises ont principalement évalué leur impact sur l’environnement : émissions de gaz à effet de serre, consommation d’eau ou production de déchets. Une nouvelle approche s’impose désormais dans les stratégies RSE. Elle consiste à analyser la dépendance de l’activité économique aux services rendus gratuitement par la nature. Pollinisation, qualité des sols, disponibilité de l’eau, régulation du climat ou protection contre l’érosion : ces fonctions écologiques sont devenues des ressources économiques à part entière.
Cette évolution marque un changement de perspective. Il ne s’agit plus seulement de réduire son empreinte environnementale, mais aussi d’identifier les risques que ferait peser la dégradation des écosystèmes sur la continuité de l’activité.
La biodiversité devient un enjeu économique
L’agriculture est l’exemple le plus évident. Sans pollinisateurs, sans sols fertiles ou sans ressources en eau suffisantes, de nombreuses productions seraient directement menacées. Mais cette dépendance concerne aussi des secteurs moins attendus. L’industrie agroalimentaire dépend de matières premières agricoles, les entreprises du bâtiment de ressources minérales, le tourisme de la qualité des paysages, tandis que les assureurs voient augmenter le coût des catastrophes naturelles lorsque les milieux ne jouent plus leur rôle de protection.
Pour aider les entreprises à mieux évaluer ces risques, de nouveaux référentiels émergent. Le cadre international TNFD(Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) propose une méthode pour identifier les interactions entre les activités économiques et les écosystèmes. Plusieurs grands groupes, notamment dans les secteurs du luxe, de l’agroalimentaire ou de l’énergie, commencent déjà à intégrer ces analyses dans leur stratégie.
Une nouvelle étape pour la RSE
Mesurer sa dépendance à la nature permet d’anticiper des vulnérabilités parfois invisibles. Une entreprise peut ainsi découvrir qu’une partie de son activité repose sur une ressource en eau fragilisée, sur un écosystème forestier en déclin ou sur des chaînes d’approvisionnement exposées à la perte de biodiversité.
Cette approche conduit progressivement les entreprises à investir dans la restauration des milieux naturels, la préservation des bassins versants ou encore des pratiques agricoles plus durables afin de sécuriser leurs approvisionnements.
À mesure que les attentes des investisseurs et des régulateurs évoluent, la biodiversité s’impose comme un nouveau volet de la performance extra-financière. Après le climat, elle pourrait devenir l’un des principaux critères d’évaluation de la résilience des entreprises.
