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Macron relance la consigne sur les bouteilles plastiques et rallume la guerre avec les collectivités

Face aux mauvais résultats du recyclage plastique en France, Emmanuel Macron remet sur la table un vieux serpent de mer écologique : la consigne des bouteilles en plastique. Une idée défendue depuis plusieurs années par l’exécutif, mais qui continue de susciter une forte opposition des collectivités locales, inquiètes des conséquences financières pour leurs systèmes de tri.

Lors d’un conseil de planification écologique organisé mardi à Paris, le chef de l’État a demandé au gouvernement d’ouvrir une nouvelle phase de concertation sur le sujet. « Il faut maintenant bouger », a-t-il affirmé, estimant que la consigne pourrait devenir l’un des outils nécessaires pour atteindre les objectifs européens de recyclage d’ici 2030.

Le dispositif envisagé repose sur un principe simple : les consommateurs paieraient quelques centimes supplémentaires lors de l’achat d’une bouteille plastique ou d’une canette, somme récupérée lorsqu’ils rapporteraient l’emballage vide dans des bornes installées notamment dans les supermarchés. Ce système existe déjà de manière limitée en France, souvent sous forme de bons d’achat distribués aux consommateurs.

Pour l’exécutif, l’enjeu est avant tout environnemental. La France reste en retard sur ses voisins européens en matière de recyclage des déchets plastiques. Selon les chiffres de Plastics Europe, seuls 23,1 % des déchets plastiques collectés ont été recyclés en France en 2024. Près de la moitié ont été incinérés et plus d’un quart envoyés en décharge. Des performances qui placent le pays loin derrière des États comme l’Espagne ou la Belgique, où les taux de recyclage dépassent les 40 %.

Le président de la République a également insisté sur le coût financier du retard français. Selon lui, le non-respect des objectifs européens représenterait près de 1,5 milliard d’euros de pénalités. Une affirmation contestée par certains observateurs, notamment après la publication d’un rapport du Sénat rappelant que les contributions versées par la France à l’Union européenne sont calculées sur les déchets plastiques non recyclés, et non directement sur l’existence ou non d’un système de consigne.

Au gouvernement, plusieurs ministres tentent désormais de calmer les inquiétudes. Mathieu Lefèvre a assuré que l’heure était à la discussion et non à une mise en œuvre immédiate. Industriels, élus locaux et parlementaires doivent être réunis prochainement afin d’évaluer les modalités possibles du dispositif.

Mais du côté des collectivités territoriales, la colère reste vive. Les associations d’élus dénoncent un projet qui risquerait de priver les centres de tri d’une ressource financière importante. Les bouteilles plastiques représentent aujourd’hui une partie des déchets les plus valorisables économiquement grâce à leur revente aux filières de recyclage.

L’Association des maires de France, accompagnée de France urbaine et d’Intercommunalités de France, a dénoncé une « fausse consigne » centrée sur le recyclage plutôt que sur le réemploi des emballages. Les élus jugent le projet coûteux, inefficace et même contre-productif sur le plan environnemental.

Pour les collectivités, le problème est aussi politique. Plusieurs maires redoutent de perdre leur autonomie dans la gestion des déchets. Jean-François Vigier, vice-président de l’AMF et maire de Bures-sur-Yvette, a promis de combattre le projet tout en participant aux concertations annoncées par le gouvernement.

Même au Sénat, les réserves sont nombreuses. La commission de l’aménagement du territoire estime que la consigne ne constituerait qu’une réponse partielle au problème des déchets plastiques. Les sénateurs rappellent que les bouteilles pour boissons figurent déjà parmi les emballages les mieux collectés en France et considèrent que l’amélioration du tri sélectif pourrait produire des résultats plus efficaces.

L’exemple espagnol est régulièrement cité dans le débat. Selon Plastics Europe, les progrès du recyclage dans le pays reposent davantage sur une meilleure orientation des déchets vers les bonnes filières de tri que sur la généralisation de la consigne.

Malgré ces résistances, l’exécutif semble déterminé à rouvrir le dossier. À Bruxelles, les nouvelles règles européennes prévoient en effet un renforcement des obligations de collecte et de recyclage des emballages plastiques dans les prochaines années. Pour le gouvernement français, la question n’est donc plus de savoir si le système doit évoluer, mais comment y parvenir sans provoquer une fronde des élus locaux.

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