Des flux logistiques éclatés et difficiles à tracer
Le e-commerce transfrontalier repose sur une multiplication des trajets. Un produit peut être fabriqué dans un pays, stocké dans un autre, expédié vers un centre de tri intermédiaire avant d’arriver chez le consommateur. À ces flux s’ajoutent les retours, particulièrement fréquents dans certains secteurs comme le textile ou l’électronique. Chaque retour enclenche un nouveau cycle de transport, de tri et parfois de destruction des produits.
Les surstocks constituent un autre angle mort. Pour garantir des délais courts, les plateformes répartissent leurs stocks dans plusieurs pays, augmentant les volumes immobilisés et les mouvements inutiles. Une partie de ces marchandises ne sera jamais vendue localement et devra être redirigée, reconditionnée ou éliminée. Ces flux invisibles échappent souvent aux indicateurs environnementaux communiqués au public.
Vers une responsabilisation progressive des plateformes et des consommateurs
Face à ces impacts, les régulateurs et les acteurs du secteur commencent à s’interroger sur la soutenabilité du modèle. La traçabilité des flux, l’intégration des émissions liées aux retours et la limitation des pratiques les plus énergivores deviennent des sujets de débat. Certaines plateformes expérimentent des incitations à réduire les retours, à allonger les délais de livraison ou à regrouper les commandes.
Le rôle du consommateur est également central. La banalisation de l’achat transfrontalier masque la réalité logistique sous-jacente. En rendant visibles les impacts environnementaux des choix de livraison, de retour et de fréquence d’achat, le e-commerce pourrait évoluer vers des pratiques plus responsables. La transition ne repose pas uniquement sur des ajustements techniques. Elle implique une remise en question des standards de rapidité et d’abondance qui structurent aujourd’hui le commerce en ligne à l’échelle mondiale.