ZeGreenWeb

La pollution indienne, fléau sanitaire et climatique

L’Inde fait face à une crise environnementale d’une ampleur inédite. En 2024, quarante des cinquante villes les plus polluées au monde se situaient sur son territoire. En tête du classement : Delhi. Depuis plus d’une décennie, la capitale indienne suffoque sous les particules fines, transformant la vie de ses habitants en véritable épreuve sanitaire, dans une indifférence politique qui alarme chercheurs et médecins.

Une capitale privée d’air respirable

À Delhi, respirer un air sain relève désormais du luxe. Les concentrations de particules fines y dépassent de dix à vingt fois les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé. Avec près de trente millions d’habitants, la mégapole est régulièrement couronnée du titre peu enviable de « ville la plus polluée du monde ».

L’hiver, la situation vire à la dystopie. Un épais nuage toxique blanchâtre ou ocre enveloppe l’agglomération, bloque les rayons du soleil et fait chuter la visibilité. Tandis que les foyers aisés investissent dans des purificateurs d’air, les populations modestes sont contraintes de vivre à ciel ouvert dans un air irrespirable.

Une bombe sanitaire à retardement

La pollution atmosphérique est devenue un enjeu de santé publique majeur. À Delhi, près de 15 000 personnes meurent chaque année de maladies imputées à la mauvaise qualité de l’air. Les spécialistes constatent une explosion des cancers du poumon chez les non-fumeurs, dont un tiers seraient liés aux polluants primaires. À l’échelle nationale, 1,5 million de décès annuels sont attribués à la pollution de l’air.

La situation n’est pas sans rappeler les épisodes de « smog » qui ont frappé Londres, Mexico ou Pékin. Dans ces villes, la pression citoyenne a conduit à des plans d’action drastiques, allant de la fermeture d’usines à la limitation de la circulation.

L’État indien dans le déni

En Inde, la riposte reste minimaliste. Le gouvernement national, au pouvoir depuis douze ans, minimise l’impact sanitaire du phénomène. Le ministre de l’Environnement a récemment contesté le lien entre pollution et maladies pulmonaires, malgré un consensus scientifique solide et des études indiennes concordantes.

Face à ce déni politique, les habitants oscillent entre colère et résignation. Si le pouvoir central prône des mesures graduelles, experts et ONG jugent la réponse largement insuffisante pour inverser la tendance, alors que la capitale dépasse régulièrement les seuils de danger critique.

Quitter la version mobile