Quand on observe la Terre depuis l’espace, une évidence saute aux yeux : notre planète est bleue. Les océans en sont responsables, couvrant environ 71 % de la surface terrestre. Un chiffre colossal qui dit beaucoup de leur rôle dans l’équilibre climatique, biologique et géopolitique du globe. Pourtant, malgré cette omniprésence, ces masses d’eau demeurent l’un des espaces les moins explorés par l’humanité.
Avec plus de 361 millions de km², les océans constituent bien plus qu’une simple étendue d’eau. Ils forment un système complexe, découpé en cinq grandes entités : Pacifique, Atlantique, Indien, Arctique et Austral. À eux cinq, ils abritent près de 97 % de l’eau présente sur Terre, faisant des océans le pilier de l’hydrosphère et le cœur du cycle de l’eau. Sans eux, ni vie, ni pluie, ni climat ne seraient possibles.
Car les océans ne sont pas qu’un décor. Ils agissent comme une usine climatique géante. Grâce aux courants, à l’évaporation et à l’absorption de CO₂, ils régulent la température de la planète. En stockant environ 90 % de la chaleur excédentaire due aux activités humaines depuis le début de l’ère industrielle, ils ont retardé de plusieurs décennies le réchauffement de l’air. Cette fonction de « tampon » leur confère un rôle vital, même si elle a un coût : acideification, désoxygénation et élévation de la température modifient rapidement la chimie et la biologie des milieux marins.
D’un point de vue biologique, les océans hébergent une biodiversité stupéfiante. Du plancton aux baleines, des récifs coralliens aux abysses, l’essentiel des formes de vie marine demeure encore méconnu. Les scientifiques estiment que près de 80 % des fonds océaniques restent inexplorés et qu’une majorité des espèces marines n’a pas encore été cataloguée. À l’inverse des continents, cartographiés, jalonnés et exploités depuis des siècles, les océans persistent comme un territoire de mystères.
Les océans sont également au cœur des équilibres économiques et stratégiques. Plus de 90 % du commerce mondial transite par voie maritime, tandis que la pêche nourrit des centaines de millions de personnes. Les ressources minérales et énergétiques attisent l’intérêt des États et des entreprises, allant des hydrocarbures offshore aux minerais stratégiques des grands fonds. Les zones économiques exclusives, définies par la Convention de Montego Bay, structurent une véritable géopolitique du bleu où se mêlent souveraineté, commerce et science.
Cette domination spatiale rend toutefois les océans vulnérables. La pollution plastique, la surpêche et le réchauffement climatique exercent une pression sans précédent sur un écosystème pourtant indispensable au maintien de la vie. Les récifs coralliens, qui ne couvrent que 0,1 % des surfaces marines mais abritent 25 % de la biodiversité océanique, illustrent cette fragilité : un tiers d’entre eux pourrait disparaître d’ici 2050.
La part des océans sur Terre oblige à renverser la perspective : nous vivons sur une planète océan, plus que sur une planète terre. Les continents, qui couvrent à peine 29 % de la surface du globe, ne sont que des îlots émergés au milieu d’un univers salé. Cette réalité soulève une question essentielle : comment protéger ce milieu si vaste, si vital et si peu connu ?
Les décennies à venir diront si l’humanité est capable de concilier exploration, exploitation et préservation. Une certitude demeure : comprendre les océans, c’est mieux comprendre la planète — et ce que nous en faisons.
