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Les métiers de la forêt, au cœur des enjeux de transition écologique

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De la sylviculture aux transports des grumes en passant par le reboisement, les nombreux métiers de la forêt s’attachent à préserver l’équilibre entre les fonctions environnementales, sociales et économiques des massifs forestiers. Une tâche d’autant plus délicate que les forestiers doivent désormais y intégrer une nouvelle variable : l’impact du réchauffement climatique.

Oubliez l’image du barbu bourru, casquette vissée sur la tête et hache sur l’épaule, qui abat des arbres à tour de bras. Cette représentation un éculée du forestier est bien loin de la réalité. Assez méconnue et bien plus complexe qu’il n’y paraît, cette profession est plus que jamais ancrée dans le présent, car au cœur de la transition énergétique et de la préservation des forêts.

Une multitude de métiers

Derrière le terme « forestier » se cachent plusieurs métiers, qui vont bien au-delà de ceux de gardes ou bûcherons. En amont, on trouve ceux propres à la sylviculture et au reboisement (travail du sol, plantation, entretien, élagage…), mais aussi, ceux en lien avec l’exploitation forestière (débardeurs, scieurs, gestionnaires forestiers, etc.).

En aval, tous les métiers du transport, de la transformation du bois, de la distribution des produits à base de bois. « Les activités liées à la forêt sont donc assez variées et représentent une économie importante de 400 000 emplois sur le territoire français », explique Tancrède Neveu, directeur délégué du fonds de dotation Plantons pour l’Avenir.

Tous revêtent un point commun, selon l’Office national des forêts (ONF), et c’est la passion de la forêt. L’Office en veut pour preuve les propos des principaux concernés, comme Fabrice, animateur à l’école des bûcherons : « L’arbre que je coupe, je le respecte. Je participe au renouvellement de la forêt, en apportant de la lumière aux jeunes pousses. Pour moi, c’est quelque chose de noble. » Ou encore Jean-Baptiste Schwebel, responsable commercial bois : « Mon métier, c’est de valoriser le bois, ce patrimoine unique qui nous est confié par d’autres générations de forestiers. »

Des métiers au cœur de la transition

Renouvellement de la forêt, patrimoine unique… Ces mots sont, depuis quelque temps déjà, devenus une antienne dans la communication des professionnels du bois. Leur mission ? Rappeler que les forestiers sont au cœur de la transition énergétique, et que, plus largement, leur rôle est primordial pour la préservation de la forêt.

Exploiter la forêt pour mieux nous protéger ? Voilà qui, dans un premier temps, pourrait prêter à sourire. Pourtant l’ONF, à travers les différents métiers ci-avant, présente la mission du forestier comme suit : respecter l’équilibre entre les fonctions environnementales, sociales et économiques des massifs forestiers. Oui, les forêts servent à produire du bois d’œuvre, du bois industrie et du bois énergie, mais « dans le respect de l’accroissement naturel des forêts », assure l’Office. Et c’est ce qui permet de maintenir l’économie locale, rouage indispensable de la transition énergétique. Et l’Office de rappeler que « le bois s’impose aujourd’hui comme le matériau (renouvelable, ndlr) du 21e siècle et propose une alternative aux énergies fossiles. »

Sur la question du respect des fonctions environnementales de la forêt, ces métiers consistent aussi à préserver la biodiversité de ces espaces, tout « en conciliant enjeux économiques et écologiques ». Les forestiers privés, qui gèrent 75% de la forêt française, sont aux premières loges du maintien et du développement de cette biodiversité. La grande diversité des profils de ces professionnels constitue en ce sens un atout précieux, souligne Antoine d’Amécourt, Président de Fransylva : « [Les forestiers] font des choix de sylviculture variés, autant de chances pour la forêt de façonner des abris différenciés accueillant une faune et une flore très variées. En effet, la biodiversité, c’est aussi par essence la diversité. Elle n’est pas gelée à un endroit donné ni à un moment donné. Elle évolue en fonction des aléas (climatiques, sanitaires, incendies). Mais aussi en fonction des choix sylvicoles pratiqués, toujours guidés par la pérennisation du massif pour les générations suivantes ». Les propriétaires veillent dans cette optique à ce que l’exploitation du bois ne soit pas source de pollution ou de dégradation.

L’ONF, qui gère 25 % des forêts publiques françaises, explique de son côté travailler à l’entretien des zones humides, à la conservation d’arbres morts, à la création de réserves biologiques et à la gestion des zones Natura 2000… Ces missions, qu’elle mène en collaboration avec l’Etat, les collectivités et les associations sont indispensables pour assurer la pérennité des services écosystémiques rendus par les massifs. « Le renouvellement des forêts est essentiel pour le développement des territoires : les forêts protègent les sols, filtrent l’eau, augmentent la biodiversité, tout en limitant les effets du réchauffement climatique », souligne Bertrand Chapelant, directeur sylviculture de la coopérative forestière Bourgogne Limousin,

Quid de la fonction sociale des écosystèmes forestiers ? Elle regroupe le tourisme, les activités récréatives, et donc convoque tout un panel de métiers pour l’accueil du public, l’entretien du site – tels la création de sentiers, le balisage. Soit un aspect tout aussi essentiel puisque près de 30 millions de Français se rendent chaque année en forêt pour se promener, observer la nature ou faire du sport.

Les forestiers face au changement climatique

 Avec un cahier des charges déjà bien rempli, les forestiers doivent dorénavant considérer une nouvelle problématique qui s’invite en forêt : le réchauffement climatique et son corollaire que sont les attaques parasitaires (scolytes, chalarose du frêne), les déficits hydriques… Les forêts sont directement menacées, et par ricochet, l’équilibre précédemment cité. Et les forestiers de préparer l’avenir. En analysant les impacts bien visibles du dérèglement climatique, ils tentent de mettre sur pied des plans d’actions concrets afin de préserver les écosystèmes et les rendre plus résilients.

Comment ? Il peut par exemple s’agir de programmes de recherche et développement, d’essais expérimentaux ou encore de plantations d’essences d’arbres mieux adaptées aux climats actuels et futurs. « Les dérèglements et le réchauffement climatique sont violents et très rapides. Il est primordial d’intervenir dans les forêts pour les maintenir en bonne santé, stocker davantage de carbone et valoriser leur rôle dans la diminution des gaz à effet de serre » explique Bertrand Servois, Président de l’UCFF – Les Coopératives Forestières. Les chercheurs de l’ON, alliés au Centre national de la propriété forestière, ont par exemple créé la plateforme ClimEssences, mise en ligne en juillet 2021, qui propose deux outils : une base de données essences qui répertorie 150 espèces forestières de France et d’ailleurs, associées à leurs exigences climatiques, écosystémiques, géographiques, sylvicoles, pédologiques ; un outil de modélisation cartographique de la compatibilité climatique des essences, pour simuler l’évolution de l’aire de répartition de l’espèce au cours du temps, sur la base de deux scénarios de futur climatique établis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

L’autre stratégie consiste à privilégier les forêts mosaïques en diversifiant les essences sur les parcelles pour anticiper les effets du changement climatiques et ainsi augmenter la résilience des parcelles. Les forestiers s’attèlent aussi à la tâche dans les îlots d’avenir où sont plantées des essences plus robustes. « Les techniques de gestion forestière et les matériels forestiers ont considérablement évolué et évolueront encore, pour mieux prendre en compte les enjeux écologiques » prédit Tancrède Neveu.

Pour soutenir cet effort, l’Etat consacre 150 millions d’euros aux fonds forêt de renouvellement et d’adaptation au changement climatique dans le cadre du Plan de relance. L’enjeu est immense. Au-delà de ses fonctions environnementales, économiques et sociales, la forêt assure le stockage d’environ 20% des émissions de CO2 de l’Hexagone.

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