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Le lac Baïkal face à la pire crise écologique de son histoire

Situé en plein coeur de la Sibérie, le lac Baïkal est considéré comme le plus ancien et le plus profond lac du monde. Les scientifiques estiment qu’il contient à lui tout seul près de 20% des eaux douces non gelées de notre planète et qu’il présente à ce titre « une valeur exceptionnelle pour la science de l’évolution ». Toutes ces caractéristiques ont poussé l’UNESCO à l’inclure en 1996 au Patrimoine Mondial de l’Humanité.

Ce joyau de la nature et sa biodiversité unique sont malheureusement menacés par la pollution. Les espèces de poissons qui jadis y prospéraient sont aujourd’hui en voie de disparition, ses eaux sont polluées par le phosphate et les algues détériorent ses rives. Le lac Baïkal fait face à une des pires crises écologiques de son histoire (longue de 25 millions d’années).

Avec ses 3.600 espèces végétales et animales, la biodiversité du lac Baïkal est remarquable à plus d’un titre. Le réchauffement climatique et la pêche braconnière menacent dangereusement l’équilibre de ce fragile écosystème. Face à la disparition de plusieurs espèces d’éponges et les menaces qui pèsent sur certaines espèces endémiques, le gouvernement russe a décidé de passer à l’offensive.

La Russie a par exemple décidé d’interdire la pêche commerciale de l’omoul (de la famille des salmonidés). « La masse biologique de l’omoul a été plus que divisée par deux au cours des 15 dernières années », a indiqué l’Agence russe de la pêche aux journalistes de l’AFP. « A cause de la sécheresse, la profondeur des rivières qui alimentent le lac diminue. La surface du Baïkal se réchauffe et l’omoul n’aime pas l’eau chaude ».

En septembre dernier, l’UNESCO s’inquiétait de la propagation de la Spirogyra, une algue verte filamenteuse qui se propage anormalement sur les plages du lac. Pour Oleg Timochkine, biologiste de l’Institut limnologique à Irkoutsk, l’explication est simple : cette algue prolifère en raison de la contamination par les eaux usées des villes et villages environnants.

Selon ce scientifique, le système de purification des eaux usées n’a pas réussi à s’adapter aux retombés du tourisme et de la croissance économique de la région. Si les villageois n’avaient pas accès à l’électricité il y a 15 ans, la situation a bien changé : « aujourd’hui, chaque babouchka [noms données aux grand-mères russes, ndlr] loue des chambres aux touristes et a une machine à laver ».

Pour remédier à cette situation, M. Timochkine appelle le gouvernement à construire de meilleures stations d’épuration et à interdire l’utilisation de produits contenant des phosphates.

Malgré la dénonciation de « la pollution extrêmement forte du lac Baïkal » par le président russe Vladimir Poutine en août dernier, le financement des recherches scientifiques a diminué. Pourtant, ces recherches sont primordiales pour sauver le lac et son écosystème. « C’est comme si on limogeait les épidémiologistes pendant une épidémie de variole », ironise Oleg Timochkine.

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