Il est et restera toujours un humoriste reconnu. Certains de ses sketches, ainsi « Digicode », sont passés à la postérité. Mais Marc Jolivet ne fait pas que rire : il est aussi un ardent défenseur de la cause écologique.
Le grand public le sait moins voire l’ignore, mais Marc Jolivet est un écocitoyen de premier plan. Pas l’un de ces milliers de convertis des dernières heures qui veulent satisfaire leur conscience, pas l’une de ces célébrités en quête de gloriole, pas l’un de ces « people » qui veulent endosser le costume du militant pour renforcer leur capital sympathie auprès du commun des mortels. Non, son engagement à lui est dénué d’arrière-pensées et ne remonte pas au sommet de Copenhague.
Le 14 décembre dernier, il était l’invité de Marie Drucker dans l’émission Hors série, cette fois consacrée à la construction « écolo ». Un comique digne de ce nom ne saurait se départir de son humour, mais celui-ci peut en plus se prévaloir d’une perception presque experte. Il a ainsi montré tout au long de l’interview qu’il était au fait de l’actualité environnementale et que la défense de la planète n’était pas chose vaine pour lui.
Sauf que derrière les (bons) mots, il doit aussi y avoir des actes. Et sur ce terrain-là aussi, Marc Jolivet n’est pas en reste.
Trente cinq ans d’engagement
À bientôt soixante ans – il les aura le 17 juin – , il a traversé cette dernière décennie comme les trois précédentes, un œil face à ses fans, l’autre face à des auditoires dont rien n’indique qu’ils étaient d’emblée entièrement acquis à sa cause. Pensez donc, un humoriste qui prend le micro pour réclamer que les dirigeants de la planète s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), sur le papier ça a l’air un peu facile.
Marc Jolivet n’a cependant rien d’un profane en matière environnementale. C’est même un pionnier, dans la mesure où son premier fait d’armes remonte à… 1975 et à l’écriture d’une chanson intitulée « Le Père Noël écologiste ».
Quand quatorze ans et une batterie d’actions plus tard – notamment « avec les Verts, avec Brice Lalonde et avec Daniel Cohn-Bendit », comme il l’a rappelé à nos confrères de NaturaVox en décembre 2007 – il se présente aux élections municipales à Paris (NDLR : sous l’étiquette écologiste. Il a obtenu 11,89 % des suffrages), il mesure bien l’importance des enjeux et avec eux les périls à venir. À cette époque où le réchauffement climatique apparaît encore bien dérisoire et où des espèces commencent à s’éteindre en n’émouvant guère plus que les admirateurs d’Alain Bougrain-Dubourg, et malgré un score plus qu’honorable, il n’est encore qu’une vedette isolée. Ses pairs notoriétaires l’ont, en effet, rejoint dans la bataille beaucoup plus tard.
« Le mot « militant » ne me correspond pas mais je suis, je me sens écologiste et donc amoureux de ma planète, en combat pour la défendre », décrypte l’humoriste. « Je n’ai jamais fait de politique, je fais des actes politiques ou des actes citoyens », a-t-il également nuancé.
Marc Jolivet n’en a pas moins soutenu, un temps, Génération Écologie et José Bové, « et plus du tout ces gens là parce (qu’il) trouve qu’ils ne sont pas à l’heure (sic) ». Plus récemment, il a été vu dans certaines réunions publiques d’Europe Écologie. Au fil des ans, toutefois, son action s’est largement « citoyennisée ».
Un incontournable du milieu associatif
Créée en 1998, Écologie sans frontière réunit « des citoyens convaincus que les dommages causés par l’homme à l’environnement et à la santé seront bientôt irréversibles » et recourt systématiquement à l’arme juridique. Le meilleur moyen, selon ses fondateurs, d’obtenir des résultats.
Il se trouve que Marc Jolivet est président d’honneur de cette ONG et qu’il est aussi le fondateur et le président de Rire pour la planète, une association qui a vocation à « promouvoir et à enseigner aux enfants et par extension à leurs parents une écologie joyeuse et positive, pratique et responsable ».
Cette mission qu’ils ont le mérite de ne pas croire impossible, l’humoriste, Franck Laval (NDLR : le président d’Écologie sans frontière et initiateur du Grenelle de l’Environnement) et Luc Besson, président d’honneur de l’association, entendent bien aider à l’accomplir en intervenant dans les écoles pour inciter les plus jeunes à des actes responsables dans la vie quotidienne. En l’occurrence, ils interviennent en général séparément mais sont toujours accompagnés d’un ou de plusieurs professionnels de l’environnement.
Rire pour la planète s’emploie aussi à « réunir de manière régulière ses membres éminents dans (des) spectacles grand public » dont les bénéfices sont ensuite intégralement consacrés à des « actions concrètes » pour la planète.
Parrain de l’association Les Bioventoux (NDLR : qui vise à promouvoir le vin « bio » par le biais du rire), ambassadeur de l’opération Défi pour la Terre, une campagne de mobilisation nationale lancée conjointement par la Fondation Nicolas Hulot et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et qui vise la généralisation des gestes écocitoyens au quotidien, Marc Jolivet continue par ailleurs à parcourir la France… traqué par la police avec un ours polaire à ses côtés.
Dans son dernier spectacle, Mon frère l’ours blanc, il donne la réplique au roi de la banquise, qui fait autant partie de la biodiversité que lui et lui a sauvé la vie. Auparavant, les trois « o », Jean-Louis Borloo, Nicolas Hulot et « Sarko » lui avaient demandé de rallier l’Arctique pour témoigner, avec une équipe qui a préféré l’abandonner sur place… Une manière originale d’afficher ses convictions d’inculquer des préceptes à des spectateurs souvent moins au fait que lui des questions environnementales.
Marc Jolivet en est persuadé : « L’écologie peut être joyeuse, lumineuse, déconneuse ». Ce qui ne veut surtout pas dire qu’il prend ses problèmes par dessus la jambe.