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Vins « bio » : appellation d’origine à contrôler

Vins « bio » : appellation d'origine à contrôler
Seul le raisin relèverait de l’agriculture biologique dans le vin bio

Du nouveau chez les viticulteurs. Les vins bios tentent de se faire une place parmi leurs  homologues moins exemplaires, tant bien que mal. Cependant, leur étiquette écolo leur a longtemps valu d’être marginalisés, catalogués comme petits derniers du « on ne sait plus quoi inventer! ». Les vins dits « natures » sont encore venus brouiller les pistes pour le consommateur. Il est temps d’essayer d’y voir plus clair.

La culture du vin bio représente près de 3% du vignoble français. Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes Côte d’Azur et Aquitaine concentrent les principaux espaces de viticulture bio. Le respect de la terre et de l’environnement préoccupent autant le producteur que le consommateur en droit de prétendre à un produit sain et de qualité. Mais dans le vin bio, seul le raisin relève de l’agriculture biologique. Un sujet à controverses.

Quelles réalités se cachent derrière le « bio »?

Comme pour toute culture biologique, les vins bio supposent que les engrais, produits phytosanitaires et autres commodités chimiques sont bannis de la culture du raisin. Mais répondre à ces exigences présente certaines contraintes pour le viticulteur : l’élaboration du légendaire breuvage l’oblige à mobiliser 20 à 30% de main d’œuvre supplémentaire. Bien sûr, pas de concession possible quand une maladie coriace comme le mildiou s’attaque à la vigne. Contre cette algue qui provoque le pourrissement des feuilles, la ”bouille bordelaise”, un traitement à base de cuivre, reste l’arme la plus efficace. Derrière ces petits parasites se cache une réalité importante et qui traduit des disparités locales : il est plus facile de cultiver bio dans le Roussillon qu’en Vallée de la Loire ou en Champagne.

Pour le processus de vinification en revanche, pas de changement par rapport aux méthodes conventionnelles. Le soufre n’est pas éliminé des phases de production : les levures exogènes qui facilitent la fermentation du vin ne sont pas interdites. Mais le rôle d’un viticulteur bio est de tenter de limiter leur utilisation. Sans aller jusqu’à dire que le consommateur est victime de publicité mensongère, il est en tout cas certain que dans ce vin d’un nouveau genre, tout n’est pas bio. Intentionnelle ou non, la désinformation a le mérite de laisser croire aux amateurs de vin que ce qu’ils consomment est bio de la vendange à la mise en bouteille. Pas très éthique tout ça… Michel Bettane, dégustateur et coauteur du Grand Guide des vins de France 2010, est formel. « Le vin bio n’existe pas », a-t-il confié à L’Express.fr. Et d’ajouter : « tout vin répondant aux normes légales de la législation européenne est forcément authentique ». Le spécialiste réfute donc l’expression vins « nature » pour lui préférer, mais toujours avec méfiance, celle de « vins sans soufre », plus acceptable parce qu’elle concerne en partie le processus de vinification.

Comment savoir à quoi on a affaire?

Les surfaces destinées à la production de vin bio ont progressé de 25% en 2008. Le vin bio représente un marché très porteur dans lequel la France occupe une place de premier choix. Mais avec les zones de flou qui persistent autour de ce qui peut ou non être considéré comme bio, il devient légitime de se concentrer sur les indices crédibles permettant d’identifier un produit bio. Dans ce domaine, le label AB fait figure de référence. Le nom de l’organisme de vérification, en l’occurrence Ecocert, doit figurer à côté du label, ce qui certifie la conformité du produit avec les exigences de la viticulture biologique. Le processus de certification prend trois longues années pendant lesquelles le producteur s’engage à transformer ses installations. Le vin commercialisé correspondra à la quatrième année d’exploitation.

D’autres organismes privés entendent redorer le blason du vin bio afin de faire progresser la consommation en France. Ainsi, la Fédération Nationale Interprofessionnelle des Vins de l’Agriculture Biologique (FNIVAB) a voulu remettre de l’ordre dans les idées des  producteurs comme des consommateurs. Elle répertorie et promeut les vins bios conformes à sa charte, éditée en 2003. La FNIVAB se désole de constater que seule une centaine de viticulteurs ont fait contrôler leur exploitation de A à Z par un organisme agréé. Une proportion bien maigre et qui incite à se montrer encore plus vigilant. En effet, rien n’empêche un viticulteur d’apposer une étiquette bio sur ses bouteilles, sans pour autant que son vin ne remplisse le cahier des charges. La charte FNIVAB offre des garanties en termes de traçabilité des opérations. L’indication « contents sulfites » relatif à la proportion de produits sulfurisés entrant dans la composition du vin, devrait permettre aux consommateurs de mieux s’y retrouver.

Une autre marque va encore plus loin. Demeter certifie les domaines en biodynamie, mode de culture qui prône une philosophie résolument écolo. Le viticulteur voue un culte à ses terres et s’engage à les traiter avec respect. Des préparations naturelles sont pulvérisées sur les vignes et les sols régulièrement labourés. Ce genre d’exploitation reste minoritaire représentant moins de 10% des surfaces de viticulture bio. Peut-être parce qu’elle n’est pas assez rentable : cela demande nettement plus de travail pour des rendements assez bas.

Qu’il soit bio ou pas, l’abus de vin reste dangereux pour la santé. Mais tant qu’à faire, autant consommer des vins respectueux de l’environnement et dont les méthodes de production, plus durables, pourraient permettre aux générations futures de profiter d’un formidable savoir-faire, joyau de la culture française, exporté dans le monde entier. Alors le célèbre adage « à consommer avec modération » aurait-il été trop bien appliqué? Les ventes de vin bio progressent mais la consommation reste occasionnelle, même pour les âmes déjà converties au tout bio. Le vin bio a tout de même un atout non négligeable : il éveille la curiosité des acheteurs potentiels. Et puis les acteurs de la filière travaillent à pouvoir trinquer bio à moindres frais. Avec davantage de transparence au niveau de sa traçabilité, le vin bio devrait pouvoir conquérir les marchés, sans retenue cette fois.

Flickr - Jean-Louis Zimmermann
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