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Un fonds d’urgence anti-marée noire

Un fonds d'urgence anti-marée noire
La sécurité sur et autour des plateformes pétrolières offshore est devenue une préoccupation majeure des autorités américaines mais aussi des gros du secteur. Quatre d'entre eux viennent d'officialiser la création d'un fonds d'urgence d'un milliard de dollars pour mieux affronter une pollution de grande ampleur

Pendant que BP continue d’attiser les convoitises, ses concurrents se sont entendus pour mettre en place un dispositif commun visant à mieux faire face à une pollution de grande ampleur.

D’un montant d’un milliard de dollars (environ sept cent quatre-vingt millions d’euros) ce fonds associe à financements égaux ces quatre gros du secteurs pétrolier que sont les Américains ExxonMobil (leader mondial), Chevron et ConocoPhilipps et le Néerlandais Shell. Il est rarissime que ces groupes participent à un même projet mais le caractère hors norme de la marée noire dans le Golfe du Mexique aura décidément entraîné bien des changements en amont.

Rassurer l’opinion publique internationale et les écologistes

D’après un communiqué commun, les sommes déboursées par le quatuor doivent permettre la création d’un système de réponse rapide en cas de catastrophe majeure, l’objectif final étant d’être en mesure d’intervenir par trois mille mètres de fond et d’absorber une fuite équivalant à cent mille barils de pétrole par jour (c’est-à-dire environ seize millions de litres et a minima quarante mille barils de plus que ce que laissait s’échapper le puits de Deep Water Horizon, d’après l’estimation la plus élevée des autorités américaines). Opérationnel sous vingt-quatre heures, ce dispositif à vocation standardisatrice est en outre censé fonctionner quelles que soient les conditions météorologiques et fera appel à des équipements sous-marins liés entre eux par des conduites et des collecteurs. Lesdits équipements rejoindront ensuite les navires en charge de la récupération du pétrole.

Si cette ambition traduit une volonté partagée de mieux se prémunir contre les mauvais concours de circonstances (NDLR : Volontée confirmée par la formation d’une organisation à but non-lucratif qui devra prendre en charge les éventuels coûts supplémentaires) on peut néanmoins regretter que BP ne soit pas dans la boucle, d’autant que l’état de l’oléoduc Trans-Alaska, dont l’opérateur Alyeska Pipeline Service est détenu à hauteur de 47 % par la multinationale britannique, a été jugé préoccupant par des experts mais aussi des employés. Bien que confronté à la passe la plus difficile de son histoire elle n’envisage par ailleurs pas de renoncer à son projet Liberty, dessein arctique jugé à hauts risques et qui ne serait pas frappé par le moratoire présidentiel si ce dernier venait à être avalisé par la justice américaine. La société brésilienne Petrobras, spécialiste mondiale des forages en eaux (très) profondes qui lorgne entre autres sur le gisement de Tupi, situé à… six mille mètres de profondeur, est l’autre grande absente de ce partenariat inédit.

Exxon Mobil et consorts, eux, estimaient sans doute nécessaire de rassurer une opinion publique internationale qui aura de toute façon bien du mal à oublier le « Tchernobyl pétrolier » qu’a déclenché l’explosion de la plateforme louée par son concurrent britannique. Il s’agissait aussi de renforcer le volet sécuritaire de leurs projets futurs, dont certains inquiètent les défenseurs de l’environnement au plus haut point, et en ce qui concerne Chevron, dont le vice-président Mark McLeod avait récemment déclaré qu’il était possible que tous les puits soient forés sans risque et que le groupe américain n’avait « pas besoin d’aide », d’apporter la démonstration officielle la plus éclatante possible de l’importance que la prévention revêt pour lui.

Le temps toujours contre BP

Sur le front de la marée noire, la terrible saison des ouragans prédite par le NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) a bel et bien lieu. Après le passage fin juin de l’ouragan Alex, qui avait déjà contraint la direction de BP à interrompre les opérations de pompage alors qu’il était resté à huit cents kilomètres des équipes de secours, une nouvelle tempête tropicale qui devrait toucher le Golfe du Mexique ce week-end risque en effet d’entraîner la suspension des manoeuvres sous-marines visant à sceller le puits. Quand bien même ladite tempête pourrait in fine se muer en dépression tropicale il est donc une nouvelle fois à craindre que les plans initiaux soient contrariés par une conjoncture météorologique défavorable. De fait la procédure « static kill », qui consiste à injecter des boues de forage dans le puits pour l’obstruer, a des chances d’être reportée. Censée débuter ce week-end après le coffrage du premier puits d’appoint et la fin des tests sur le dôme de confinement, elle aurait d’après la direction de BP plus de chances de réussite que son aînée « top kill », le brut ayant cessé de s’écouler. Les derniers travaux sur les puits d’appoint prendraient également fin plus tard que prévu. « Si nous devions évacuer la zone [...] nous pourrions connaître un retard de dix à quatorze jours dans l’avancement des opérations », a confirmé l’amiral Thad Allen, responsable des opérations de secours pour l’administration américaine.

Si un cauchemar plurimensuel pourrait néanmoins cesser d’ici une quinzaine de jours au plus tard – encore que ses répercussions sur l’environnement et l’emploi dans les États du littoral touchés par la pollution demeurent inquantifiables – le locataire de Deep Water Horizon n’a cependant pas fini d’en payer les conséquences.

D’après nos confrères du Times son directeur général Tony Hayward, coupable de bourdes à répétition et qui a déjà passé la main à Robert Dudley pour la gestion quotidienne de la crise, pourrait quitter le navire avant le 1er octobre prochain. Ce même M. Dudley tiendrait la corde pour lui succéder, et cette arrivée coïnciderait avec l’annonce d’une nouvelle stratégie baptisée « Future BP » destinée à protéger la multinationale britannique d’une OPA hostile et à réparer les rares dégâts sur son image qui peuvent encore l’être. Quelque soit le nom du nouveau directeur général il aura en tout cas d’immenses défis à relever.

Déjà cible de multiples enquêtes dont les conclusions ne devraient pas manquer de l’épingler BP a en effet de nouveau été « chargé » par un témoignage, cette fois de l’un de ses salariés, Ronald Sepulvado, qui travaillait sur le puits de la plateforme et a déclaré avoir averti son supérieur d’une fuite de fluide hydraulique sur un dispositif essentiel plusieurs semaines avant l’accident. Si la procédure prévoit que ce dernier informe les autorités fédérales de régulation l’employé a dit ne pas savoir s’il s’est exécuté.

Même si l’accusation doit encore être corroborée, les responsables du groupe pétrolier le plus détesté du monde – déjà indirectement chargés fin mai sur CBS par Mark Williams, technicien de Transocean Ltd, l’entreprise propriétaire de la plateforme, et frontalement accusés d’avoir pris des risques inconsidérés par la sous-commission d’enquête de la commission parlementaire de l’Énergie et du Commerce - se seraient bien passés de cette énième révélation. Étant donné la tournure des événements depuis le 20 avril et le caractère écoeurant du roman-feuilleton de la marée noire il serait bien étonnant qu’il n’y en ait plus d’autres.

Crédit photo : Wikimedia Commons – Edibobb
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  • alain b

    Il est grand temps que Tony Hayward s’en aille. Dans n’importe quelle autre boîte il aurait été viré sans ménagement !

  • vaness

    qu’il s’en aille oui!

  • perringw

    Le problème ne se situe pas en premier lieu chez les têtes dirigeantes mais dans les méthodes de ces groupes pétroliers… Hayward ou un autre, BP ou ses concurrents, tant que le but premier de ces entreprises sera d’extraire du pétrole à tout prix – référence aux forages ultra-profonds de Petrobras – le désastre actuel devrait en toute logique se reproduire dans l’avenir (après le Prestige, l’Amoco… la liste est longue).

  • alain b

    Il ne faut pas se voiler la face ils continueront de toute façon, ce qui se trame en Alaska et dans l’Arctique le montre. Cela étant conserver Tony Hayward serait un très mauvais signal, parce que précisément il incarne tout ce que BP ne doit plus être et ne plus faire