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Un an après l’accident de Fukushima, les anti-nucléaire ne désarment pas

Un an après l'accident de Fukushima, les anti-nucléaire ne désarment pas
Quatre-vingt mille « réfugiés » de Fukushima attendent toujours de pouvoir rentrer chez eux

Ils étaient plusieurs dizaines de milliers partout dans le monde à commémorer à leur manière le triste anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima (Japon).

11 mars 2011, 14h46 heure locale. Le destin de dizaines de milliers de Japonais, et dans quelques heures d’un pays tout entier, est en train de basculer. Un tremblement de terre de magnitude 9,0 sur l’échelle de Richter, dont l’épicentre se situe à cent-trente kilomètres à l’est de Sendai, va bientôt engendrer un tsunami. L’Asie du Sud-Est avait été ravagée par un autre raz-de-marée monstrueux le 26 décembre 2004. Le Japon, lui, avait été épargné. Cette fois, le pays du soleil levant va vivre la plus grave crise de son histoire depuis 1945 et les bombes atomiques lâchées coup sur coup sur Hiroshima et Nagasaki pour le forcer à capituler. Car à ces deux événements dramatiques qui feront près de seize mille morts va succéder un accident nucléaire sans précédent depuis celui de Tchernobyl (Ukraine), en 1986.

On saura beaucoup plus tard que TEPCO (Tokyo Electric Power COmpany), l’exploitant de la centrale de Fukushima, que cet enchaînement de drames naturels a rendue incontrôlable, a voulu évacuer ses employés, estimant qu’il n’y avait plus rien à faire ni à espérer. On apprendra aussi que le Premier ministre Naoto Kan se verra remettre fin mars un plan secret d’évacuation de la mégapole de Tokyo, soit trente-cinq millions de personnes.

Pour l’heure, les images choc se succèdent sur les télévisions du monde entier. La puissance des vagues dépasse l’entendement. Les infrastructures les plus solides sont autant de châteaux de sable. Le monde incrédule observe, impuissant, des paysages entièrement détruits en l’espace de poignées de secondes. Bientôt, les caméras vont se tourner vers Fukushima, où une explosion fait craindre le pire. Le chaos est désormais total. Les pouvoirs publics ne savent plus où donner la tête, comment (ré)agir, ni comment communiquer. Afin d’éviter une panique générale, les messages se veulent globalement rassurants, mais nul besoin d’être expert pour comprendre que ce scénario digne d’un mauvais film de science-fiction va ébranler durablement l’un des pays les plus riches du monde.

À situation désespérée, initiatives désespérées. Pour lutter contre la fonte des combustibles, des hélicoptères décollent. À leur bord, des litres d’eau de mer. Exposés à des radiations intenses, leurs pilotes, véritables kamikaze du XXIe siècle, sont confrontés à un défi impossible à relever. Ils le savent, comme les employés toujours présents dans l’enceinte de la centrale savent que celle-ci ne répond plus de rien. Ils vont travailler plusieurs jours de rang, se relayant à intervalles réguliers, officiant dans des conditions dantesques, dormant parfois à même le sol. Un quart de siècle plus tard, les médias réutiliseront le terme de « nettoyeurs », appellation générique pour désigner ces martyrs de l’atome dépêchés pour faire le sale boulot dans des zones interdites d’accès aux populations.

Dans la confusion et l’incertitude les plus totales, le gouvernement de M. Kan détermine un périmètre d’évacuation. Jusqu’à vingt kilomètres autour de la centrale accidentée, les habitants sont priés de plier bagage. Quatre-vingt mille personnes lèvent le camp, mais très vite, les autorités américaines accusent : étant donné la volatilité de la radioactivité, leurs homologues nippones font dans la sous-estimation et dérogent à leurs responsabilités sanitaires. Des mesures effectuées a posteriori dans et au-delà de la « zone de confinement » (celle située dans un rayon de vingt à trente kilomètres autour de l’unité de Fukushima-Daiichi) donneront raison à l’Oncle Sam. L’exécutif japonais s’en prend aussi à TEPCO, dont le PDG va rester quelque temps introuvable, et qui attendra mai pour reconnaître la fusion partielle dans trois réacteurs de la centrale. L’électricien n’a il est vrai pas pris les mesures appropriées pour préserver les installations dont il a la charge. Tout juste avait-il prévenu les pouvoirs publics, sans succès… En ce 11 mars 2011, il est lui aussi dépassé, abasourdi, surpris de devoir payer au centuple le prix de ses atermoiements. Sa responsabilité dans ce drame est indiscutable, et il doit se préparer à dédommager les victimes directes ou collatérales. Tokyo ne rate pas une occasion d’abattre l’entreprise en flammes, mais tous deux doivent collaborer. Dans l’intérêt du pays.

La portée du cataclysme japonais est mondiale. Les anti-nucléaire haussent rapidement le ton, notamment en Allemagne, pays où l’atome déchaîne les passions depuis toujours. Berlin ne tarde pas à mettre en standby l’ensemble des réacteurs du pays mis en service avant 1980. Plus tard, sous la pression des écologistes et d’une opinion publique de plus en plus hostile, la chancelière Angela Merkel prendra une décision historique en proclamant le démantèlement de l’ensemble des centrales nucléaires allemandes à l’horizon 2022. La Suisse lui emboîtera le pas, fixant un calendrier de sortie s’étalant jusqu’en 2034. En Italie, la reprise du programme nucléaire, voulue par Silvio Berlusconi, président du Conseil en fin de règne, sera abandonnée par référendum. La Chine, l’Inde et la Russie, elles, n’ont pas traîné pour annoncer des examens approfondis de l’ensemble de leurs installations atomiques.

L’atome touché mais pas coulé

Un an après, force est néanmoins d’admettre que si la filière nucléaire a été chahutée, elle n’a pas coulé. Si l’atome ne représente plus que 2% de la production japonaise d’électricité (contre environ 25 avant la catastrophe de Fukushima), il demeure ainsi chéri par Paris, qui l’a soutenu contre vents et marées, Londres et Washington. Trois décennies après l’accident de Three Mile Island, Barack Obama a en effet débloqué des sommes importantes pour que le nucléaire revienne en grâce outre-Atlantique. La construction de deux réacteurs de troisième génération débutera prochainement en Georgie. Le Bangladesh, la Biélorussie, les Émirats Arabes Unis, la Turquie et le Vietnam, eux, vont se lancer dans le grand bain atomique d’ici la fin de l’année.

Un après, trois cent vingt-six mille personnes demeurent sans habitation, les évacués ne savent toujours pas s’ils pourront revenir, et le Japon a encore un genou à terre. Un an après, l’ampleur exacte de la contamination n’est toujours pas connue et les conséquences alimentaires de l’accident de Fukushima restent inquantifiables. Un an après, la police et les gardes-côtes recherchent toujours les corps de trois mille trois cents disparus à la demande expresse de familles qui tentent désespérément de faire leur deuil. Un an après, il ne fait pas de doute que la confiance entre les élites et le peuple ne sera pas rétablie de sitôt. À M. Kan a succédé un Yoshihiko Noda lui aussi attendu au tournant. Un an après, si l’« arrêt à froid » des réacteurs a été officialisé en décembre, la centrale n’est toujours pas sûre. Les riverains et l’opinion publique internationale ont le sentiment d’une cocotte-minute qui ne survivrait pas à un autre tremblement de terre, hypothèse jugée plausible à moyen terme par plusieurs spécialistes.

Les opérations de décontamination menées par Tokyo sont-elles adaptées aux enjeux ? Les malheureux de Fukushima-Daiichi et de ses alentours sont-ils financièrement soutenus par le gouvernement à hauteur de leurs attentes, alors que l’économie du Japon peine à redémarrer et que les coûts alloués à la reconstruction se chiffrent en centaines de milliards de yens ? « Il n’y a pas de gouvernement […] Il n’y a pas d’hommes politiques auxquels nous pouvons confier les choses », estime Hiroaki Oikawa, qui a perdu deux pêcheries et sa maison à la suite des événements du 11 mars 2011, cité par nos confrères de Reuters. Un point de vue partagé par des milliers de sinistrés qui ne font à présent plus guère de cas des communications gouvernementales et ont appris à d’abord compter sur eux-mêmes.

Alors que l’État préconise un désengagement progressif, et que seuls deux des cinquante-quatre réacteurs du pays sont actuellement en service, la majorité des Japonais plaide pour une sortie rapide. Les économies d’énergie font désormais partie de leur quotidien, et ils ont fait montre d’impressionnantes capacités d’adaptation. Douze mille d’entre eux ont en outre formé une chaîne humaine contre le nucléaire autour du Parlement hier.

D’autres manifestations ont rassemblé un total de cinquante mille personnes (selon les organisateurs) en Allemagne. « Sur près de quatre-vingt kilomètres, environ vingt-quatre mille manifestants ont formé dans la soirée une chaîne humaine, brandissant des flambeaux, dans la région de Braunschweig », rapporte l’AFP, qui souligne que « des actions de protestation ont également eu lieu près des réacteurs de Gundremmingen, Neckarwestheim et Grohnde ». Ils étaient par ailleurs soixante mille – environ la moitié selon la police – dans nos frontières à dire « non » à l’atome. « Venus d’Allemagne, de Suisse, de Belgique et de toute la France, les manifestants se sont déployés sur les deux cent-trente kilomètres séparant Lyon (Rhône) d’Avignon (Vaucluse), le long de la vallée du Rhône, région la plus nucléarisée d’Europe avec ses quatorze réacteurs », relate l’Agence. Cinq mille personnes (là encore, selon les organisateurs) ont également donné de la voix à Taïwan, coutumière des séismes, pour réclamer la fermeture « dès que possible » des trois centrales nucléaires du pays. Autant qu’en Suisse et dix fois plus qu’en Espagne, où les protestataires se sont rassemblés autour de la centrale de Garona, véritable « Fessenheim ibérique » et dont la durée d’exploitation vient d’être prolongée de cinq ans.

Un an après, le souvenir de Fukushima reste donc particulièrement douloureux, au Japon et ailleurs. Un an après, le torrent de larmes atomiques n’a toujours pas cessé. Un an après, il semble bel et bien que l’oubli soit impossible. Trop d’images, trop de violence. Trop de morts, trop de conséquences.

Crédits photos : Phyllis B. Dooney / Koji Sasahara - AP
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  • Diane

    Il faut continuer à protester contre le nucléaire !

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