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De la graisse d’alligator dans les réservoirs d’essence ? Il fallait y penser. La trouvaille est l’œuvre de chercheurs de l’Université La Fayette de Louisiane (Etats-Unis) dont les travaux ont été publiés avant-hier dans la revue Industrial Engineering Chemistry Research.
Forts du constat selon lequel les essences alternatives élaborées à partir de soja ne peuvent suffire à assurer seules les gigantesques consommations d’essence de l’autre côté de l’Atlantique (près de 200 milliards de litres par an) – il aurait fallu utiliser 21 % de la récolte américaine pour produire 4,4 milliards de litres de biocarburant -, en plus de se traduire par un changement d’affectation des sols préjudiciable sur le plan alimentaire, ils ont mis au point un biocarburant singulier.
Quelque 7 500 tonnes de tissu adipeux de reptiles sont jetées chaque année aux Etats-Unis et ces scientifiques ont démontré qu’il était possible d’en faire quelque chose. Elevés pour leur viande et leur peau, les alligators ne sont pas, à la différence des crocodiles, considérés comme une espèce menacée, ce qui laisse des possibilités de recherches, d’autant que leur graisse, elle, n’est plus employée comme autrefois. « Quand je parle aux locaux, ils me disent « Grand-mère avait l’habitude de l’utiliser, elle faisait tout avec » », rapporte Rakesh Bajpai, professeur en génie chimique à l’Université La Fayette et co-auteur de l’étude, qui souligne également qu’« elle était souvent utilisée en tant que remède, comme l’huile de foie de morue. »
La graisse d’alligator pourrait donc revenir en grâce et d’après les travaux des chercheurs, 61% de la masse adipeuse entrerait dans la composition de ce nouveau biocarburant. Ainsi, avec 7 500 tonnes de déchets, 5,5 millions de litres de « gator power », comprenez « pouvoir d’alligator », pourraient être produits annuellement. Et ce n’est pas tout : d’après le Docteur Bajpai, le coût serait particulièrement faible. En considérant que la graisse est obtenue gratuitement, certes sans compter les frais de transport jusqu’à l’usine, un litre de cette essence « verte » pourrait en effet coûter 0,55 dollars, soit 0,38 euros. Mieux : la production d’un litre permet la récupération de plusieurs grammes de glycérine, une substance très recherchée qui pourrait ensuite être revendue.
Si tant est qu’il soit commercialisé, ce biocarburant serait évidemment bien loin de couvrir les besoins en essence des Etats-Unis. Son faible coût mérite toutefois d’être considéré. Tout comme son impact environnemental, quasiment nul.

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