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TK Bremen : la Région Bretagne en colère

TK Bremen : la Région Bretagne en colère
L'échouage du cargo TK Bremen pourrait donner lieu à une pollution majeure des plages morbihannaises

Amoco Cadiz, Erika, Prestige et maintenant TK Bremen. Régulièrement confrontés à des marées noires évidemment dévastatrices pour les écosystèmes marins et côtiers depuis plus de trois décennies, sans parler du fléau des algues vertes, les Bretons en ont plus qu’assez.

L’échouage vendredi vers 2h30 du matin du cargo maltais TK Bremen, pris au piège de la tempête Joachim, non loin de la plage d’Edeven (Morbihan), est sans doute la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Alors qu’une enquête judiciaire a été ouverte, il a en tout cas suscité la colère des élus locaux et des associations de protection de l’environnement, lesquels se demandent légitimement comment l’équipage a pu être autorisé à quitter le port de Lorient (Morbihan) malgré l’annonce de conditions météorologies particulièrement hostiles.

Le président socialiste du Conseil régional de Bretagne Jean-Yves Le Drian a quant à lui officialisé hier le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile. Celle-ci doit être déposée aujourd’hui devant le tribunal de grande instance de Brest (Finistère) et vise à « connaître les conditions dans lesquelles ce naufrage s’est produit ». Elle a sur le papier de réelles chances d’aboutir à une condamnation, la notion de « préjudice écologique » étant inscrite dans le droit français depuis le jugement de la catastrophe de l’Erika.

Il faut « faire savoir que la Bretagne ne laissera plus rien passer concernant la pollution maritime », a souligné M. Le Drian, qui a ouvertement regretté qu’« une fois de plus, (elle) paie l’insouciance et l’irresponsabilité ». « J’ai un sentiment de colère renouvelé. On a eu un cumul d’expériences qui devrait permettre une prise de conscience plus grande des décideurs de la chose maritime. Je me réjouis qu’une enquête judiciaire ait été ouverte tout de suite. Il est clair qu’il y a des responsabilités à établir rapidement », a-t-il poursuivi. Et de conclure, résumant le désarroi de toute une population : « avec cet échouage, ce sont encore une fois les plages bretonnes qui sont souillées, le travail de centaines d’hommes et de femmes qui est menacé, le patrimoine naturel qui est en danger et, au-delà, l’image de toute une région qui est salie ».


Un « gâchis environnemental »

Non moins amère, la ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s’est rapidement rendue sur place et a indiqué réfléchir à une extension du pouvoir des capitaineries afin de leur permettre d’interdire la sortie d’un bateau en cas de météo défavorable (NDLR : en droit maritime, le commandant est seul maître à bord. Il ne peut actuellement être empêché d’appareiller si son navire est en bon état et ne fait pas l’objet d’une saisie), a quant à elle évoqué un « gâchis environnemental ». Le capitaine a-t-il décidé seul ou a-t-il obéi aux ordres de l’armateur turc, désireux d’économiser une nuit au port, comme le prétend Antidia Citores, membre de l’ONG Surfrider Foundation citée par nos confrères de Libération ? Bien que le maintien à quai ne soit pas toujours recommandé au regard des dégâts que peut provoquer un bateau de cette dimension, le commandant qui souhaitait mouiller au large et se mettre à l’abri gratuitement au nord de l’île de Groix (Morbihan) a-t-il ce faisant bafoué la législation ? En attendant que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cette tragédie, la situation demeure préoccupante.

S’ils ont pu être réparés, les réservoirs du tanker abritaient en effet encore cent-vingt mètres cube de fioul hier et trente-deux mètres cube de gasoil pompés dans le cadre du plan POLMAR (Pollution maritime), déclenché vendredi. Avant-hier, soixante-treize mètres cube de sable pollué avaient par ailleurs déjà été ramassés. Près de deux cent-cinquante sapeurs pompiers et des employés municipaux se sont mobilisés tout le week-end pour tenter de limiter la casse, tandis que des barrages étaient déployés pour protéger la quarantaine d’exploitations ostréicoles menacées par le déversement d’hydrocarbures.

Avec trois brèches dans sa coque, le TK Bremen n’est selon toute vraisemblance pas remorquable. Construit en 1982 et « appartenant à la génération amiante », dixit le président de l’association Robin des bois Jacky Bonnemains, selon lequel, « en s’appuyant sur l’article R 304-11 du code des ports maritimes, la capitainerie aurait pu ajourner le départ », le navire pourrait être découpé sur place, une fois vidé de son carburant. Triste sort mais beaucoup moins toutefois que celui qui pourrait attendre la biodiversité et les populations concernées par l’échouage. Douze ans presque jour pour jour après le naufrage de l’Erika, les fêtes de fin d’année s’annoncent une nouvelle fois des plus maussades pour la Bretagne.

Crédits photos : flickr – LGSCP / Julien Menichini
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