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Tempête de 1999 : le jour où la France a été soufflée

Tempête de 1999 : le jour où la France a été soufflée
Des centaines de milliers d'arbres, certains chargés d'histoire, ont été déracinés après le passage de Lothar

C’était un soulèvement de la nature comme la France métropolitaine n’en avait encore jamais connu. Une de ces tempêtes qu’on étiquetait « tropicale » et qui, de fait, ne devait pas nous concerner. Mais le 26 décembre 1999, les vents ont soufflé particulièrement fort sur tout le territoire.

C’est un souvenir impérissable, une date impossible à oublier. Tout le monde se rappelle ce qu’il faisait l’après-midi du 11 septembre 2001 et dans quelles conditions il a appris qu’une déferlante aérienne islamiste s’était abattue sur les tours jumelles du World Trade Center. Nous sommes nombreux aussi, dans toute l’Europe, à nous souvenir où nous étions et ce que nous faisions lors d’une autre journée maudite propice à tous les superlatifs, celle du 26 décembre 1999, qu’il valait mieux passer enfermé dans nos quatre murs. Et encore, pas partout.

Des conséquences imprévisibles

À la différence de leurs homologues allemands, critiqués a posteriori pour ne pas avoir averti la population, et même si on ne s’en souvient pas forcément, les spécialistes de Météo France avaient appelé à la plus grande vigilance. Un bulletin d’alerte a ainsi été émis vingt-quatre heures avant le passage épique de Lothar, le prénom que les météorologues ont donné à ce que les journalistes ont ensuite baptisé, non sans raison, « la tempête du siècle ». Sauf qu’en cette matinée de Noël, la majorité d’entre nous avaient plus la tête à la bûche et aux cadeaux qu’aux nouvelles de ce jour d’ordinaire exclusivement consacrées aux festivités. Nous étions donc des millions à respecter les traditions et rituels chrétiens sans être au courant de ce qui était en train de se tramer dans le ciel de Terre-Neuve (Canada).

Les experts n’en avaient pas moins annoncé que des vents très violents traverseraient tout le Vieux continent, sans toutefois utiliser de terme générique pour qualifier une situation qu’ils savaient tout à fait inhabituelle. Eux aussi ont été surpris par cette indéfinissable colère d’une ampleur inédite et qu’une partie de l’opinion publique a par la suite associé à tort aux évolutions climatiques. Du point de vue scientifique, contrairement à une autre idée reçue non moins tenace, Lothar n’était ni un ouragan ni même une tempête mais une dépression des latitudes moyennes d’une intensité exceptionnelle.

En matière de pertes humaines et de conséquences matérielles, elle a cependant fait mieux que soutenir la comparaison avec ses parentes dévastatrices régulières et attitrées des paradis exotiques. En France, elle a provoqué la mort d’au moins cinquante-trois personnes. Près de trois millions de foyers ont en outre été privés d’électricité pendant plusieurs jours, des centaines de milliers d’arbres ont été déracinés, et 80 % des routes secondaires ont été coupées au nord de la Loire. Surtout il a fallu reconstruire, replanter, raser parfois, bref déployer des effectifs considérables pour redonner vie à des centaines de paysages désormais de désolation.

Abasourdis et très inquiets pour la suite des événements, les Français ont cherché et parfois désigné des coupables. El nino ? Il ne s’agit « que » d’un courant climatique saisonnier qui, malgré les dérèglements constatés par tous les scientifiques et auxquels il contribue largement, n’y était en l’occurrence pour rien. Météo France ? Encore une fois l’organisme ne s’attendait pas à des répercussions aussi spectaculaires, et il a pu imparfaitement interpréter les images satellites dont il disposait. Pour autant, dans un pays au climat tempéré – donc censé être à l’abri de catastrophes naturelles à l’échelle nationale – et compte-tenu de l’absence de précédent historique, personne, pas même les mieux informés, ne pouvait préjuger de tels dégâts.

Ainsi, aussi froide et décevante que puisse être cette réalité, Lothar - tout comme sa « réplique » Martin, qui a sévi sur l’Hexagone avec un peu moins de sévérité les 27 et 28 décembre – n’était-il rien d’autre qu’un phénomène naturel certes extraordinaire mais qui aurait pu se produire plus tôt, lorsque le sujet du réchauffement climatique  revenait avec moins d’insistance dans les chaumières.

Ce qui a changé

La donne n’est plus tout à fait la même depuis cette fin de millénaire aux accents apocalyptiques et dont il subsiste encore des stigmates dans certaines contrées. L’accroissement général des températures est à présent une réalité connue de presque tous. Une certaine canicule a défrayé la chronique, des glaciers ont commencé à fondre, la calotte glaciaire du Groënland a diminué)… Les motifs d’inquiétude ne manquent pas et peuvent légitimement faire craindre un dérèglement plus accentué qui pourrait déboucher, entre autres désastres, sur une succession de « Lothars ».

Depuis le 26 décembre 1999, nous sommes tous conscients qu’une tempête d’une extrême violence peut balayer la France métropolitaine, c’est-à-dire frapper n’importe quelle région indépendamment de ses spécificités et de ses antécédents, et une récurrence des tempêtes sur notre sol n’est pas à exclure. Cette perspective a de quoi faire peur, d’autant qu’en déplaçant les zones de précipitations, El Nino brouille les cartes, mais le fait est que, une décennie plus tard, le « Lothar bis » tant redouté se fait toujours attendre.

Météo France a par ailleurs tiré les enseignements de la « tempête du siècle », un système de cartes de vigilance ayant été instauré sur son site Internet et à la télévision en octobre 2001, ce qui d’emblée l’exonère de volées de bois vert semblables à celle essuyée à la fin du siècle dernier. Des prévisions fiables sont établies sur soixante-douze heures pour la totalité des départements français (DOM-TOM compris). La tendance pour les jours suivants est aussi esquissée avec, compte-tenu des progrès technologiques enregistrés ces dernières années, une marge d’erreur autrement plus petite qu’il y a dix ans.

Désormais préparé au pire, l’organisme a pu aviser suffisamment tôt les populations concernées par le passage de la tempête Klaus en début d’année dernière. Celle-ci, d’abord annoncée comme un cyclone extratropical de type « bombe », a principalement touché le Sud-ouest, en particulier les régions Aquitaine et Midi-Pyrénées. En France, les vents ont soufflé jusqu’à 193 km/h, douze morts lui ont été imputés et 1,7 million de foyers ont été privés d’électricité. Des conséquences certes désastreuses, mais moins dramatiques que celles de Lothar, peut-être aussi parce que, cette fois, chacun a pu prendre ses dispositions, les départements affectés ayant été placés en alerte rouge à mesure que la menace se faisait plus précise.

Il est maintenant impossible que Météo France sous-estime la portée d’intempéries, quelles qu’elles soient. De plus, on peut penser que les autorités, dont la gestion de l’après-Klaus a été plutôt appréciée, sauront la marche à suivre et quels moyens dépêcher si d’aventure le pays dans son ensemble devait être touché par une autre dépression de très grande intensité.

Un risque qui, eu égard à ce qui s’est déjà produit, ne saurait être davantage écarté que celui de catastrophes naturelles plus localisées, mais dont rien ne dit aujourd’hui qu’il se soit accru avec la hausse des températures. Pour l’heure, les scientifiques n’ont en effet établi aucune corrélation entre ce phénomène et des changements dans la formation des cyclones, des ouragans, des tempêtes, des tornades et des tsunamis. De quoi rassurer, au moins provisoirement, ceux qui redouteraient d’avoir à revivre des 26 décembre 1999 en série. De ce jour marqué d’une pierre noire demeure cependant une peur que même les études scientifiques les plus catégoriques ne dissiperont jamais totalement. Sans doute parce qu’il est des rébellions qui marquent plus que d’autres.

Crédit photo : Flickr - JcTricky
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