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TDF 2010 : René Dumont, le visionnaire de l’écologie

TDF 2010 : René Dumont, le visionnaire de l'écologie
Ingénieur agronome de formation, René Dumont est au fil du temps devenu un écologiste convaincu et pointait dès 1974 les dérives que tentent aujourd'hui de combattre les décideurs politiques

Les coureurs du Tour de France repartent aujourd’hui de Cambrai (Pas-de-Calais), ville natale de la première grande figure française de l’écologie.

On voyait rarement Jacques-Yves Cousteau sans son bonnet. René Dumont lui, était connu pour son pull-over rouge. Cintré, près du corps. Ce sont toutefois les préoccupations environnementales qui collaient à la peau de l’agronome le plus célèbre de France (NDLR : Il était diplômé de l’Institut National d’Agronomie (INA) où il est entré en 1922), lequel a dénoncé très tôt, alors que l’Hexagone se portait comme un chef mais dilapidait déjà son assurance-survie, « une société de gaspillage des ressources de la planète, d’oppression, de pollution invraisemblable ». « Il nous faut en sortir vite et donc élaborer de nouvelles orientations », réclamait ce fils d’agriculteur viscéralement anticolonialiste, internationaliste mais altermondialiste avant l’heure, lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 1974. Il avait alors soixante-dix ans, une solide expérience de tous les terrains à son actif et était le trublion, l’adversaire résolu de l’establishment, l’idéaliste pessimiste dans un paysage politique régenté par le dogmatisme et la flagornerie électorale.

Prédicateur de malheurs

À l’époque seuls les jeunes auraient pu massivement adhérer à ce discours « vert » volontiers alarmiste. Le temps était toutefois à la majorité à vingt-et-un ans, à la recherche de cette modernité contrôlée made in 70’s que prétendait incarner le compassé VGE, à la quête d’un juste milieu entre mai 68 et conservatisme, à une France encore très compétitive sur le plan économique malgré la première crise du pétrole, bref à une forme d’insouciance qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui.

Qui sait ce qui serait advenu si les préoccupations environnementales avaient eu l’importance qu’elles ont aujourd’hui. Peut-être René Dumont aurait-il été en mesure malgré son âge déjà avancé de donner l’impulsion à une révolte ô combien recevable, parce que motivée par les seuls respects de la planète et de tous ceux qui la peuple. Peut-être aurait-il pu acquérir la légitimité suffisante pour faire pénétrer les idéaux qu’il défendait dans les couloirs élyséens.

Avec sa longue crinière blanche et ses propos empreints de sagesse, de gravité et d’humanité, il aurait été un remarquable grand-père dans un film de Claude Sautet. Celui qui parle des choses de la vie ou l’homme capable d’entraîner Vincent, François, Paul et les autres dans son sillage. Son destin était cependant tout autre : pour cet amoureux de la terre et de la nature toute entière, il fallait bousculer des consciences anesthésiées par les Trente Glorieuses et leur regretté plein emploi.

Les années ont donné du poids à son message et fait de lui LE pionnier de l’écologie politique en France. C’est que trente-six ans et une batterie d’opportunités manquées de prendre ce virage plus tard, force est d’admettre que le prédicateur de malheurs a eu raison avant les autres.

« L’eau sera chère et il y aura des guerres à cause d’elle »

Décédé en 2001, René Dumont a vu le XXe siècle avec le même regard que celui de l’agriculteur qui parcourt son champ et pressent les périls à venir sur ses récoltes.

À l’annonce de sa disparition, l’ancienne Secrétaire nationale des Verts et ministre de l’Environnement Dominique Voynet s’est souvenue d’une de ses prophéties à la télévision, là encore pendant la campagne de 1974 : « Il tenait un verre d’eau à la main et il avait déclaré : « Dans trente ans, cette eau sera chère et il y aura des guerres à cause d’elle » ». Huit ans plus tôt, dans un pays à la prospérité qu’il devait croire trop polie pour être honnête, il avait annoncé que « nous (allions) tous à la famine ».

Son catastrophisme forcené lui a valu de se mettre à dos de nombreux dirigeants de ce qu’on n’appelait pas encore les Pays du Sud mais René Dumont savait de quoi il parlait : spécialiste des problèmes du monde agricole dans le Tiers-Monde, il a été expert à l’ONU et à la FAO (Food and Agriculture Organization) et est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés, dont le troublant L’Afrique Noire est mal partie (publié en 1962).

Un an avant d’être plébiscité par plus de cent associations de défense de l’environnement (dont les Amis de la Terre) pour les représenter au scrutin présidentiel parait un autre opus de haut vol, L’Utopie ou la Mort, tournant scriptural d’une pensée qui à la suite de sa rencontre avec les marginaux écologistes devient « verte ». Définitivement.

Objectif promouvoir les problématiques écologiquees dans les médias

Preuve qu’il n’est jamais trop tard pour changer d’avis il s’en prend désormais au productivisme après avoir longtemps défendu les engrais chimiques, le machinisme agricole et la culture intensive. Il prône aussi le renforcement des rapports sociaux pour une agriculture et un développement industriel de qualité, promet de ne pas submerger les électeurs de tracts et de ne pas inonder les murs d’affiches pour économiser le papier, pronostique l’essence à cinq francs, dénonce l’effrayante diminution des stocks de baleines bleues et plus largement la disparition d’un nombre croissante d’espèces animales et végétales, parle d’économies d’énergie et utilise l’expression de « développement durable » bien avant qu’elle devienne l’alpha et l’oméga des éco-citoyens de tous bords.

Plus qu’un programme, René Dumont défend devant les caméras de l’ORTF une philosophie novatrice qui fait aussi la part belle à la défense des pays du Tiers-Monde et se pose en pacifiste radical. L’affiche en noir et blanc propose deux voies, l’une vers une ville polluée, l’autre vers un horizon éclairci, et son message est plus que jamais d’actualité. Quant au directeur de campagne il s’agit d’un certain Brice Lalonde. Le tandem n’a d’autre ambition que de faire parler d’environnement à la télévision et à l’arrivée le premier candidat écologiste de l’histoire des élections présidentielles recueille 1,32 % des suffrages. Un score qui avec le recul, et même si le passé ne saurait être jugé à l’aune du présent, traduit le peu d’importance qu’accordaient les Français de l’époque aux problématiques « vertes ». L’essentiel est cependant ailleurs car désormais « on » parlera de gaspillage, de pollution et de la préciosité de toutes les vies dans les médias. Dès le mois de juin 1974 les Assises de Montargis (Loiret), où se réunissent les associations qui avaient soutenu la candidature de René Dumont, aboutissent en outre à la création du Mouvement écologique, lequel restera dans l’histoire comme la toute première organisation de l’écologie politique à l’envergure nationale.

René Dumont est décédé un 18 juin. Il a lui aussi lancé un appel criant de vérité. On mesure aujourd’hui sa dimension avant-gardiste et on se dit qu’il aurait vraiment gagné à être entendu.

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