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TDF 2010 : Alain Juppé veut faire de Bordeaux une « métropole durable »

TDF 2010 : Alain Juppé veut faire de Bordeaux une « métropole durable »
« Réélu maire de Bordeaux à une écrasante majorité en mars 2008, Alain Juppé souhaite que la capitale aquitaine prenne le train en marche du développement durable. Ses ambitions à cet égard sont élevées »

Les coureurs du Tour de France repartent tout à l’heure de Bordeaux, fief d’Alain Juppé. L’ancien chef du gouvernement entend transformer « sa » ville en citadelle verte. À croire que son bref passage au ministère de l’Écologie a laissé des traces.

Impopulaire Premier ministre, homme politique brillant mais qui ne s’est jamais distingué par son sens de la communication et a pâti d’une apparence jugée hautaine, en tout cas à l’échelle nationale, Alain Juppé n’en est pas moins un maire aussi charismatique que respecté.

Élu pour la première fois en mai 1995, dans le sillage de l’accession à l’Élysée de son mentor Jacques Chirac – qui voulait en faire son successeur et disait de lui qu’il était « le meilleur d’entre nous » - , il n’a depuis pris ses distances avec la vie politique bordelaise que parce qu’il a été frappé d’inéligibilité. Entre décembre 2004 et octobre 2006, l’ancien ministre des Affaires étrangères a ainsi été contraint d’abandonner le poste qui lui tient assurément le plus à coeur.

Il est ensuite revenu aux affaires et a été confirmé dès le premier tour des élections municipales en mars 2008. Dix mois plus tôt, il avait été nommé ministre de l’Écologie dans la foulée de l’élection de Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait néanmoins prévenu : il ne voulait pas de ministres battus aux élections législatives. Question de crédibilité, estime encore aujourd’hui le chef de l’État. Devancé d’extrême justesse (et à la surprise générale) par la socialiste Michèle Delaunay M. Juppé n’a donc exercé cette charge qu’un mois, le temps pour lui de lancer officiellement le Grenelle de l’environnement.

Éco-quartiers

Sa désignation avait surpris les observateurs, qui pour nombre d’entre eux ignoraient tout de sa fibre écologique. Elle est pourtant bien réelle, comme le montre son projet de « Grand Bordeaux ». À soixante-cinq ans, son maire a encore soif de réformes et ne se contente pas d’avoir fait de la capitale aquitaine l’une des métropoles les plus dynamiques et les plus agréables à vivre de France.

Sa priorité aujourd’hui est qu’elle devienne « durable, européenne et à taille humaine », ainsi qu’il l’a confié à nos confrères du JDD en mai 2009.

Il voit loin, à l’horizon 2030. L’ex sherpa de Jacques Chirac aura alors très probablement passé la main. Qu’importe : il compte sur ses successeurs pour reprendre le flambeau qu’il a lui même allumé, en fait dès 1995, année où il a lancé un premier vaste chantier comprenant à la fois le tramway, la rénovation de la rive droite et celle des quais.

C’est le long de ces derniers que M. Juppé a par la suite éprouvé « le besoin » de lancer « un arc de développement durable ». Comment ? En construisant le long des rives de la Garonne des éco-quartiers obéissant au credo de rapprochement de l’habitat et de l’emploi et régis par cinq critères : « présence d’un système de desserte moderne, performant et propre ; mixité sociale et fonctionnelle ; haute qualité environnementale des bâtiments ; osmose avec le quartier naturel et dimension conviviale ». En clair les voitures ne seront pas les bienvenues et la consommation énergétique par mètre carré et par an chutera à cinquante kilowattheures (KWh) dans la zone d’aménagement concertée (ZAC) Berge-du-Lac, au nord de la ville. Cinq mille habitants répartis sur une surface de trente hectares devraient s’y établir à la fin des travaux d’aménagements, prévue pour 2012.

À travers un projet joliment baptisé « Darwin » la ZAC Bastide fera elle aussi l’objet d’un relooking vert grâce aux conseils avisés d’ « architectes renommés », tout en respectant « l’ancienne trame des bâtiments de cet ancien quartier militaire ».

Hostile à la création d’un métro, qui ne remplit pas selon lui « ce rôle de cordon ombilical qu’un système de site propre peut avoir », M. Juppé entend jouer la carte de la proximité et dépolluer Bordeaux. L’hypothèse d’un développement du tramway, lequel a déjà permis de réduire la circulation de 20 %, n’est ainsi pas à exclure.

Sus aux gaspillages

Très attaché aux économies d’énergie, l’ancien chef du gouvernement a également signé au milieu de la décennie écoulée une charte de l’économie durable. Sa mise en oeuvre a entre autres permis de faire chuter la quantité d’eau utilisée pour arroser les parcs et jardins de la capitale girondine d’un million cent mille mètres cubes d’eau du robinet en 2003 à environ cent cinquante mille mètres cube aujourd’hui.

« Simplement en luttant contre le gaspillage, en mettant moins de pelouses, en ajoutant des copeaux de bois autour des grands arbres et en plantant des fleurs plus sobres, avec pour objectif d’éliminer complètement les pesticides », a précisé M. Juppé, bien décidé à ce que tous les secteurs de l’activité fassent à leur tour l’objet d’un verdissement en profondeur. En dépassant les frontières dogmatiques, dans le dialogue, dans la concertation. Parce qu’il faut « mûrir les choses » et parce que l’adaptation de toute la ville aux nouvelles exigences environnementales ne pourra se faire sans le concours des concitoyens.

En attendant des panneaux solaires ont déjà investi le coeur du vieux Bordeaux. Une preuve selon le maire que les mentalités évoluent. Fervent partisan de l’éolien – il a notamment écrit sur son blog « (ne pas comprendre) l’hostilité française à (son sujet) » - M. Juppé réfléchit aussi, on l’a évoqué hier, à l’installation de dix hydroliennes sous le pont de Pierre, le manque de vent ayant rendu caduque la suggestion de  construire une gigantesque turbine de deux cents mètres de haut pour se défaire du joug des énergies fossiles. La faisabilité du projet reste certes à démontrer mais vu ses dispositions actuelles il serait bien étonnant que le maire ne creuse pas toutes les pistes pour que Bordeaux atteigne l’objectif gouvernemental de 23 % d’énergies « propres » à l’horizon 2020.

Désormais entièrement dédié à sa ville – il a pris la décision de se retirer de la vie politique nationale il y a deux ans – , M. Juppé croit fermement en la « croissance verte », comme il l’a écrit dans son dernier livre, ode au développement durable énigmatiquement intitulée Je ne mangerai plus de cerises en hiver. L’homme sait d’expérience qu’il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne mais continue pour l’heure de bénéficier du soutien de la population. Sans doute parce que ses ambitions pour Bordeaux méritent d’être encouragées.

Crédit photo : Flickr – MEDEF
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  • alain b

    Très bon maire, que je sais très apprécié à Bordeaux et qui a déjà fait beaucoup pour sa ville. Si en plus il adjoint une dimension “verte” à sa politique je pense qu’il fera un malheur aux prochaines municipales.