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Sûreté nucléaire : l’ASN remet ses conclusions au gouvernement

Sûreté nucléaire : l'ASN remet ses conclusions au gouvernement
L'ASN n'a réclamé la fermeture d'aucune installation nucléaire sur le territoire français, pas même celle de Fessenheim (Haut-Rhin), mais préconise d'importantes (et coûteuses) mesures en amont

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a procédé à un audit complet des cinquante-huit réacteurs nucléaires français. Lancé dans la foulée de l’accident de Fukushima 1 (Japon) il y a neuf mois, il devrait en partie soulager EDF…

L’ASN considère en effet « que les installations examinées présentent un niveau de sûreté suffisant pour qu’elle ne demande l’arrêt immédiat d’aucune d’entre elles ». Aucune, pas même la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus vieille de France et  dont la gauche, tout comme de nombreux élus locaux et une proportion importante de la population concernée dans l’Hexagone mais aussi – surtout – en Allemagne et en Suisse, préconise la fermeture (NDLR : la ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a elle aussi récemment évoqué cette hypothèse). Si elle n’a pas été pointée en particulier, l’unité alsacienne n’est cependant pas moins ciblée que les soixante-dix-huit autres installations évaluées par les recommandations qu’ont émis les experts de l’Autorité.

Même si elles seront probablement jugées insuffisantes par les associations de protection de l’environnement et EELV (Europe Écologie-Les Verts) – qui ne jurent que par des investigations complètes menées par des experts indépendants et prônent une sortie du nucléaire que l’ASN n’a pas vocation à défendre -, ces derniers, emboîtant le pas de leurs homologues de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), préconisent tout de même d’importants changements en amont. Parmi eux, le déploiement d’une « force d’action rapide nucléaire », qui devra être effectif d’ici la fin de l’année et qu’avait déjà proposé l’électricien. Celle-ci consistera en des équipes spécialisées, constituées de plusieurs centaines d’hommes et capables d’intervenir n’importe où sur le territoire français en moins de vingt-quatre heures. Véritable « commando atomique », cette force sera aussi capable d’intervenir simultanément sur tous les réacteurs d’un site d’ici fin 2014.

L’ASN a par ailleurs demandé à tous les exploitants – c’est-à-dire Areva, EDF et l’Institut Laue-Langevin – de définir et de mettre en oeuvre un ensemble de dispositions matérielles et organisationnelles sur chaque site. Ces « noyaux durs » devront permettre d’asseoir la pérennité des fonctions vitales desdits sites en cas de situation extrême, de limiter la propagation massive de rejets radioactifs dans l’environnement et d’une manière générale d’offrir à l’exploitant la possibilité de mener une gestion de crise aussi efficace que possible. Les opérateurs ont jusqu’au 30 juin prochain pour formuler leurs propositions. Les spécialistes de l’Autorité leur ont donné la marche à suivre en évoquant les nécessités de « bunkériser » les centres de crise, construits selon des normes de résistance plus strictes que celles en vigueur sur le reste du site, et d’installer un groupe électrogène ainsi qu’une alimentation en eau « d’ultime secours ».

« Ce que nous imposons aux exploitants est massif »

Les exploitants devront également faire des propositions en vue de « réduire le risque de dénoyage » du combustible, menace face à laquelle l’ASN – partant du constat selon lequel l’impossibilité de refroidir les combustibles usés hors des turbines de la centrale de Fukushima-Daiichi a été un facteur aggravant – a demandé des dispositions renforcées. Elle a en outre manifesté sa volonté d’étudier avant fin 2012 la faisabilité de nouveaux dispositifs pour mieux protéger les nappes phréatiques voisines des centrales et du site de La Hague (Manche) en cas d’accident. À cette fin, la création d’une sorte d’enceinte géotechnique permettant d’assurer un confinement accru des radioéléments est envisagée.

Considérant à juste titre que « la sûreté ne peut être réduite à la multiplication de dispositifs techniques », l’Autorité préconise dans le même temps un arrêté précisant entre autres le rôle des exploitants dans le contrôle de la sous-traitance au sein de la filière nucléaire. Un groupe de travail sera constitué pour réfléchir à ce dossier ainsi qu’au « renouvellement des effectifs et des compétences des exploitants ». Quant aux référentiels de sûreté des sites atomiques, ils pourraient être renforcés, notamment en ce qui concerne les risques naturels (séismes, inondations etc.) et ceux liés aux activités industrielles proches des centrales. En l’occurrence, ce que les médias ont appelé « l’accident de Marcoule » (Gard) est sans doute passé par là et la méthodologie suivie jusqu’à présent pour les évaluer sera révisée, tandis que les travaux de protection contre les inondations sur les installations du Blayais (Gironde), Cruas (Ardèche), Gravelines (Nord), Saint-Alban (Isère) et Tricastin (Drôme et Vaucluse) seront supervisés.

Interrogé par nos confrères du Monde, le président de l’ASN André-Claude Lacoste a précisé que les exploitants feront l’objet de sanctions s’ils n’appliquent pas les dispositions précitées. « Ce que nous (leur) imposons est massif. C’est aussi un investissement considérable en moyens humains et en compétences. Un seul exemple : un diesel d’ultime secours (DUS) coûte entre trente et cinquante millions d’euros. Il en faudra un pour chaque réacteur, soit un coût total de l’ordre de deux milliards d’euros. C’est un équipement qu’il faudra commander et on ne peut pas imaginer que les DUS soient partout en place avant 2018 », a-t-il ajouté.

Et de rappeler que, « malgré les précautions prises, un accident nucléaire ne peut jamais être exclu […] De plus, le retour d’expérience complet peut prendre jusqu’à dix ans […] Il peut donc encore y avoir une évolution de nos connaissances sur (la catastrophe de Fukushima) »… et des frais supplémentaires pour les exploitants, que le ministre de l’Énergie Éric Besson réunira lundi prochain en vue de « définir le calendrier de mise en oeuvre des demandes » de l’Autorité, lesquelles seront toutes exaucées aux dires du gouvernement. Le contraire aurait il est vrai sans doute été très mal perçu par l’opinion.

Crédits photos : Wikimedia Commons – Florival fr / Sancio83
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